Le discours sur le «cancer» des assistés va prendre du plomb dans l'aile : Non, les pauvres ne pompent pas les finances de l'Etat jusqu'à la moelle. C'est le très officiel rapport du Comité national d'évaluation sur le RSA, remis ce 15 décembre à Roselyne Bachelot, qui le démontre. Plus de 1 million de foyers qui vivotent avec quelques heures de boulot et pourraient donc toucher un complément de salaire via le RSA "activité" ne le réclament pas. Un million ! Soit les deux tiers des ayants-droit qui regardent passer les plats.
Idem pour les chômeurs en fin de droit. Ils sont 1,8 million qui ne bossent pas du tout et pourraient bénéficier d'un RSA complet. Mais plus d'un tiers - 650.000 - ne le demandent pas. Et ils y perdent : pas vraiment gloutons, ces pauvres laissent ainsi filer 249 euros par mois en moyenne. «On est loin du discours selon lequel les gens grappillent un maximum d'aides», ironise Nicole Maestracci, représentante des associations au sein du Comité national d'évaluation.
Bande d'ingrats
Principale raison de ce manque d'entrain : le RSA est une sacrée usine à gaz, pas bien connue et beaucoup plus compliquée que le RMI, qu'il a remplacé en 2009. La moitié des travailleurs précaires ne savent pas qu'ils peuvent cumuler boulot et RSA, révèle le rapport. L'étude est carrée : 3.500 personnes ont été interrogées individuellement. Et les résultats sont plutôt décoiffants.
Parmi les nombreux foyers qui ne réclament rien, beaucoup ne le font pas par ignorance mais par choix. Quatre sur dix préfèrent «se débrouiller autrement». Et près de 30% d'entre eux y renoncent «par principe», parce qu'ils n'ont «pas envie de dépendre de l'aide sociale ou de devoir quelque chose à l'Etat». Un chiffre pas franchement claironné par nos politiques.
Avec tout ça, l'État fait de jolies économies : 5,3 milliards d'aides non distribuées en 2010 ! «C'est une économie sur le dos des pauvres», râle Martin Hirsch, l'inventeur du dispositif. Il réclame «une vaste campagne d'information», mais l'État n'est pas pressé. Le RSA a coûté 7 milliards l'an dernier. Alors, ajouter 5 milliards en temps de crise...
Les auteurs du rapport, eux, se grattent la tête. Si le RSA est boudé en raison d'«un faible intérêt pour l'allocation» ou «un refus de principe», écrivent-ils, «une meilleure information, pour souhaitable qu'elle soit, ne suffira pas à résoudre le problème». Salauds de pauvres qui refusent d'être aidés !
Formulaires de rien
«On sent chez les gens une lassitude à faire des démarches et à être stigmatisés», note le sociologue Philippe Warin qui a créé l'Odenore, un groupe d'études sur ce phénomène de «non-recours » à l'assistance sociale.
Car le RSA n'est pas la seule prestation dédaignée. Trop compliquées ou mal connues, un tas d'autres aides ne sont pas réclamées. Ce phénomène, ignoré, est tellement fréquent que l'Observatoire national de la pauvreté y consacrera un colloque le 12 mars prochain. Le talent de nos têtes pensantes à monter des labyrinthes administratifs est en effet infini. Et décourageant à souhait. Près de 400.000 personnes qui pourraient avoir droit à une couverture complémentaire gratuite (CMU-C) s'en dispensent. Pour l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé (ACS), c'est encore mieux : 80% de non-réclamations. Idem pour les tarifs sociaux du gaz ou de l'électricité.
Les fauchés ne se pressent pas non plus aux guichets des caisses d'allocations familiales (CAF) : «Pour 1 euro de fraude, il y a 3 euros de rappel de prestations non versées au départ», souligne Philippe Warin. Et ces rappels ne sont qu'une goutte d'eau dans l'océan des prestations à jamais perdues. «Du coup, on a du mal à sensibiliser les collectivités ou l'administration sur le sujet. Ils nous disent : "Ouh la la ! ça va faire mal au budget !"» Mieux vaut continuer de noyer les allocataires sous des montagnes de formulaires.
Depuis 2009, les CAF passent au peigne fin 10.500 dossiers par an pour détecter les fraudes. «On pourrait en profiter pour repérer les allocations non réclamées, explique notre sociologue. Mais la Caisse nationale a refusé.» La chasse aux fraudeurs, c'est beaucoup plus porteur.
Isabelle Barré pour Le Canard Enchaîné
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Commentaires
Écart et bouts de ficelles : lemoinebleu.blogspot.com/2011/12/voler-cest-frauder.html Répondre | Répondre avec citation | Citer
Quand on reçoit un formulaire rSa, on comprend pourquoi bcp hésitent à y "souscrire".
Formulaire dont nous avons ici dénoncé à maintes reprises le caractère inquisiteur.
Tracasseries en tous genres, déclaration détaillée de l'épargne… tout ça pour toucher une misère ou pratiquement rien pour celles et ceux qui ont un peu de sous de côté.
Puis renouvellement de l'opération pour continuer à toucher 200, 300 ou 400 euros.
Mis bout à bout, cela décourage… et pas que les analphabètes ou les têtes en l'air.
Alors de plus en plus de gens se débrouillent comme ils peuvent.
Mais cette question en soulève une autre plus importante encore : Quid des protections sociales (assurance-maladie notamment) de celles et ceux qui s'excluent du rSa ? Répondre | Répondre avec citation | Citer
Il en est de même avec les prestations distribuées par les centres d’action sociale municipaux.
Pour prendre connaissance des possibilités en la matière à Paris, voir l’exemple des "aides exceptionnelles " du CASVP : À Paris comme ailleurs : Arr€t€z vos salad€s, balanc€z l’os€ill€ ! (www.cip-idf.org/article.php3?id_article=3250), sans oublier d’en parler autour de vous aux intéressés !
Comme la Ville de Paris tient à son AAA et restreint actuellement l’accès à ces mesures, merci de témoigner de vos expériences en la matière en écrivant à la permanencepreca rite
Admettons le conjoint d'un demander est salarié, est-ce que le demandeur touchera le RSA? Dans certains pays, comme l'Allemagne, la réponse serait claire et sans équivoque: le conjoint est redevable, donc point d'allocation pour le demandeur. Répondre | Répondre avec citation | Citer
salut, j'aimerai bien voir l'étude ..
car je n'ai pas tellement confiance, voir pas du tout confiance, dans les études soit disant "officielles".
car facile de compter une personne "qui refuse par principe, de faire demande", comme telle, alors que la personne ou le foyer, n'y a simplement sans doute pas droit, pour cause de dépassement tout simplement des plafonds qui sont archi-bas.
j'aimerai bien éplucher donc les "études", et voir comment ça c'est passé.
si étude complète ou non :
- montant des épargnes
- prise en compte des pensions alimentaires ou non
- prise en compte ou non des allocations et prestations familiales
- prise en compte ou non de le Prime Pour l'Emploi concernant les travailleurs ( qui peut donc rendre le RSA comme une simple avance)
etc Répondre | Répondre avec citation | Citer
Une des raisons de ce non recours au droit c'est l'intégration dans l'idéologie dominante pour laquelle toucher une pension de retraite, être en arrêt maladie, survivre d'une alloc chômage ou d'un minimum social, c'est déjà un abus de parasite assisté. On a transformé les droits sociaux en dette individuelle (une analyse à ce sujet www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5782), nous sommes redevables et coupables.
C'est avec cette pensée de corrompus par l'argent roi (remember le Tapie du PS, l'éloge de l'entreprise, de l'emploi, toutes ces "idées" destinée à assoir la domination) qui nous corrompt, nous bouffe la vie, qu'il y a à rompre en acte.
Comme disait l'autre, nous sommes nés pour marcher sur la tête des rois. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Avant de pousser vos cris de triomphe, vous devriez aussi enquêter de ce côté-là : des ayants droits qui sont privés de leurs droits car l'Etat qui doit répartir les indemnités entre les départements et les régions n'a plus rien dans ses caisses.
Mais ne serais-je pas censurée ? Répondre | Répondre avec citation | Citer
Pourquoi "censurée" ?
Pourquoi "cris de triomphe" ?
Bcp de personnes renoncent à leurs droits, incontestableme nt, y compris concernant les TPN (tarifs de première nécessité pour l'électricité).
Contrairement aux idées reçues, les "pauvres" sont moins bien informés sur leurs Droits et les prestations sociales auxquelles ils peuvent prétendre, que les "riches" qui sont, eux, très bien informés des possibilités et déductions auxquelles ils peuvent prétendre.
De leur côté, les exonérations fiscales et sociales se comptent en dizaines de milliards par an !!!
Nous estimons ici que, pour résoudre cet imbroglio d'aides et de démarches, il faut instaurer un Revenu Universel d'Existence qui permette à chacun de s'en sortir sans passer ses journées à mendier de quoi boucler ses fins de mois.
Ce serait sans doute le système le plus judicieux et le plus simple à gérer. Répondre | Répondre avec citation | Citer
http://economiedistributive.free.fr Répondre | Répondre avec citation | Citer
Le chômage est un phénomène multifactoriel et durable, dû, en grande partie, à la mondialisation. Il n'est pas, contrairement aux propos tenus par la classe politique, un facteur conjoncturel. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Nous espérons que les cinq milliards euros auxquels nous avons renoncé vous feront plaisir et vous seront utiles. Merci pour votre stigmatisation.
Nous vous souhaitons toute la reconnaissance que vous méritez.
Vos salauds de pauvres Répondre | Répondre avec citation | Citer
on retiendra 249 euros par mois en moyenne, donc bien loin des 470 claironnés à la TV, personnellement j'étais trés en dessous !, et on se souviendra de cela en 2012 et de l'obligation de faire des tâches 7H par semaine.
Près de 400.000 personnes qui pourraient avoir droit à une couverture complémentaire gratuite (CMU-C) s'en dispensent. Pour l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé (ACS), c'est encore mieux : 80% de non-réclamations. Idem pour les tarifs sociaux du gaz ou de l'électricité.
VIVE LE STO pour mieux t'enfoncer … Répondre | Répondre avec citation | Citer
vosdroits.service-public.fr/F10027.xhtml Répondre | Répondre avec citation | Citer
pas 200, 300 ou 400 euros, comme j'ai pul e lire, mais 50, 70 et certains mois rien.
En plus, il faut faire attention de ne pas trop travailler.
Au final, mieux vaut perdre du temps à trouver qques heures de boulot par ci par là qu'à remplir ce formulaire.
Il y a des mesures sociales intéressantes rattachées au RSA, mais c très compliqué administrativem ent et à peine les a t-on qu'on en est exclu car plus dans les critères
en plus c une logique fatigante : il faut rester dans les nomres du RSA pour continuer à toucher les avantages sociaux, lorsque l'on gagne plus et qu'on aplus le RSA et les avantages sociaux attachés, on deveint beaucoup plus pauvre, il faut donc gagner moins…
en bref c trsè mal foutu et on a toujurs l'impression de faire la charité Répondre | Répondre avec citation | Citer