Les chômeurs sont trop gros : on dégraisse !
Le nouveau budget de l’Etat est un florilège de mesures attaquant les chômeurs. On a peine à comprendre le lien entre la crise bancaire, les millions d’euros investis pour «sauver l’économie» et le fait que ce soient les segments les plus précaires du marché du travail qui doivent trinquer.
Premier angle d’attaque : la généralisation à toutes les catégories de chômeurs du principe de dégressivité des allocations aboutissant désormais à un forfait proche du seuil de pauvreté (880 euros). Beaucoup de chômeurs vont ainsi perdre jusqu’à 10%, voire 15% de leur revenu mensuel. Au bas mot, cette mesure va rapporter 200 millions d’euros sur un budget recherché de 11 milliards. On s’en doute : la question est moins budgétaire que politique. Le problème est direct : plus on abaisse les allocations de chômage, moins un patron devra payer pour engager un travailleur. En Grèce, un emploi plus ou moins précaire se négocie à 600 euros, au Portugal à 400 euros, et combien en Chine ?
Ceux qui attendent : dehors !
La mesure «phare» concernant le chômage est pourtant ailleurs. Elle vise les personnes qui, n’ayant pas du tout ou pas suffisamment travaillé, perçoivent dès lors des «allocations d’attente» sur la base de leurs études. Celles-ci seront désormais limitées dans le temps pour les «plus de 30 ans» et pour tous les «cohabitants». Pour une partie de ceux-ci, le décompte se fera dès le 1er janvier 2012.
Pour les plus de 30 ans, le compte à rebours de «3 ans» commencera à la même date pour se terminer… au 1er janvier 2015. 110.000 personnes sont potentiellement concernées. En dehors de sa violence et des coûts indirects qu’elle va nécessiter (logement social, transfert vers les CPAS, «gestion» de l’explosion de la pauvreté…), on serait intéressé de savoir à combien a été chiffrée cette économie ?
Il y a tout de même deux évidences à rappeler dans toute cette histoire : d’abord l’emploi, il n’y en a plus depuis longtemps pour tout le monde ; ensuite les chômeurs, ils sont insérés dans une diversité de projets, d’activités, de soins aux autres... On n’aura de cesse de le répéter : la frontière ne passe pas entre actif (travail) versus passif (chômage) mais à travers une zone grise où se mélangent divers statuts et activités (alternance des deux situations). Mais peut-être que ces évidences «empiriques» n’intéressent pas grand monde et qu’elles sont contrées par une exigence dogmatique : faire en sorte que la réalité corresponde au dogme libéral. C’est-à-dire : faire exister un marché du travail précarisé (intérim, PFI, RPI…) sans plus de protections collectives.
Contrairement à une idée répandue, cette mesure concernera des personnes de tous âges. Le statut «allocation d’attente» correspond directement à trente années de déréglementation et de précarisation du marché du travail. Le contrat indéterminé à temps plein (CDI) n’est plus la norme. Aujourd’hui, pour bon nombre de personnes, «faire carrière», c’est passer par un nombre incalculable de statuts (mi-temps, CDD, contrat temporaire…) qui ne permettent pas de sortir de ces allocations. Il faut de 12 à 24 mois de travail quasi continu pour passer au régime dit «allocation sur base du travail». La note gouvernementale est claire sur le régime précaire des «allocations d’attente» : ceux ou celles qui pourront prouver 156 jours de travail sur une période de référence de 24 mois maintiendront leurs allocs pendant encore six mois avant une nouvelle évaluation, celle-ci se répétant tous les semestres par la suite.
Cette mesure s’étend également à un autre groupe de chômeurs, et ici de manière complètement discriminatoire : les «cohabitants» dit «non privilégiés» (c’est-à-dire qui cohabitent avec une personne ayant des revenus autres que des allocations sociales ou équivalentes). Cette mesure va toucher principalement les femmes. On ne sait pas exactement combien de personnes cela va concerner. Mais, selon une étude du syndicat FGTB publiée dans Le Soir du 10 décembre, ce sont 24.000 «cohabitants» qui seront exclus du chômage d’ici avril 2012. [...]
Un contrôle plus près de soi...
Enfin, la note gouvernementale nous parle aussi d’autre chose. La première partie est consacrée au volet dit institutionnel. Au niveau du chômage, les compétences sont transférées vers les régions. Cette mesure est prise dans un carcan dit «de responsabilisation». Le critère est le suivant : d’ici 2020, il faut que chaque région arrive à un taux d’emploi de 73%, sinon le budget fédéral qui lui est alloué sera raboté. La «note» dit que cet «objectif ambitieux nécessite d’augmenter de plus de 5% le taux d’emploi».
Mais si l’on regarde ces chiffres de plus près, on constate une très grande différence entre les régions : la Flandre est en 2011 à 71,8%, la Wallonie à 62% et Bruxelles à 58%. Ce qui signifie pratiquement mettre les régions (Actiris, Forem) sous pression pour qu’elles fassent à leur tour pression sur «leurs» chômeurs. Alors, comment vont-ils faire ? Appliquer ici aussi le dogme libéral et prescrire ou préformer le futur. La note précise d’ailleurs les directions à suivre : intensifier les contrôles et toutes autres mesures allant vers cet objectif.
Dans cette chaîne de «responsabilités» visant les 73%, il va y avoir du dégât à tous les étages. Actiris et le Forem sont traditionnellement des «placeurs», des formateurs au niveau du marché du travail. La mue «néo-libérale» de ces institutions a déjà commencé depuis quelques années. Actiris, par exemple, sanctionne de plus en plus (via l’Onem) les chômeurs ne se présentant pas ou en retard à leurs convocations. Mais cette mue n’est pas complète. Il y a, semble-t-il, encore des forces qui résistent à cette transformation. La note gouvernementale le suggère lorsqu’ils écrivent : «Néanmoins, les régions qui le souhaitent seront libres de déléguer le pouvoir de sanction à l’Onem, contre rémunération». [...]
(Source : CIP-IDF)
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Commentaires
> Le critère est le suivant : d’ici 2020, il faut que chaque région arrive à un taux d’emploi de 73%, sinon le budget fédéral qui lui est alloué sera raboté. La «note» dit que cet «objectif ambitieux nécessite d’augmenter de plus de 5% le taux d’emploi».
c'est deja mal barré pour 2012, a moins qu'une mission de 1h par semaine pour chaque belge puisse modifier cette valeur pour s'approcher des 73% ? Répondre | Répondre avec citation | Citer
www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5924
Une note du texte qui peut intéresser des lecteurs renvoyait au site auquel participe les auteurs de l'article :
www.choming-out.collectifs.net/
La coordination des intermittents et précaires avait déjà publié un de leurs textes "État social actif, ne pas céder sur nos désirs" :
www.cip-idf.org/article.php3?id_article=4968
qui s'affranchissait du point de vue si souvent soutenu "chômeurs = victimes"
baille… Répondre | Répondre avec citation | Citer
1. 1150 euros (chef de ménage ou première période)
2. 1050 euros (deuxième période)
3. 890 euros (seuil minimum)
4. 750 euros (allocation d'attente dont on parle dans le texte ci-dessus)
Il faut préciser que, contrairement au régime français, il n'y a pas d'aide au logement. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Ça vaut vraiment la peine d'être lu. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Voici les autres saloperies qu'il va mettre en œuvre :
www.acrimed.org/article3741.html
Face à ces mesures d’austérité «urgentes» et «inévitables», pour parfaire le tableau, le syndicalisme et le droit de grève sont désormais mis sur le banc des accusés. Consternant ! Répondre | Répondre avec citation | Citer
Lundi 23 avril, Elio Di Rupo a présenté sa "note de base" et les 5 grandes réformes qu'il propose.
Le formateur [comprenez : le premier ministre belge] a transmis lundi au roi sa "note de base" censée guider les travaux de formation du nouveau gouvernement fédéral, toujours pas mis sur pied plus d'un an après les élections législatives du 13 juin 2010. Appelant à donner de l'ambition au pays, aux régions et communautés qui en font partie, Elio Di Rupo invite à travers sa note à mettre sur pied un gouvernement de réformes capable de redessiner les institutions et la politique socio-économique de la Belgique du XXIe siècle.
Ambitionnant la création de 250.000 emplois d'ici 2015, le formateur propose cinq réformes majeures au pays : un assainissement des finances publiques passant par un budget "rigoureux", une réforme de l'Etat, une révision de la loi spéciale de financement des différentes entités qui composent le pays ainsi que la mise en place d'une autonomie fiscale pour les régions, des réformes socio-économiques (emploi, pensions…) et des réformes de société (immigration, justice…).
Partant du constat dressé par le comité de monitoring estimant à 22 milliards d'euros l'effort à fournir par les pouvoirs publics belges en vue de retrouver l'équilibre à l'horizon 2015, Elio Di Rupo est d'avis que le gouvernement fédéral se devra d'élaborer un "budget rigoureux" s'il veut s'atteler à résorber sa part d'effort, soit 17,5 milliards d'euros.
Dans sa note, le formateur propose d'y arriver en se focalisant sur une diminution de dépenses (37% de l'effort), une augmentation de recettes (27%), des mesures diverses telles qu'un renforcement de la lutte contre la fraude ou le relèvement de la rente nucléaire (30%), et en tablant sur les gains obtenus sur les intérêts de la dette (6%).
En ce qui concerne la diminution de dépenses, il est prévu de ramener la norme de croissance des soins de santé de 4,5 à 2% (moyennant une dotation de l'Etat garantissant l'équilibre de la Sécurité sociale), limiter l'enveloppe "bien-être" prévue en 2013 et 2015 à 60%, supprimer la déductibilité fiscale des titres-services et en moduler le prix selon la quantité achetée, limiter temporairement à l'inflation la croissance des crédits de la coopération au développement, réduire la rémunération des ministres à 5%, geler les dotations publiques ainsi que les frais de personnel et de fonctionnement des administrations pendant deux ans…
Au rayon des recettes, Elio Di Rupo retient l'idée d'une meilleure contribution des revenus du capital (précompte mobilier à 20% pour les intérêts et à 25% pour les dividendes, les comptes d'épargne restant à 15%), harmonisation de la fiscalité sur les plus-values sur actions et titres, augmentation de la taxe sur les opérations de bourse, de la taxe CO2 sur les gros véhicules de société, taxe sur les billets d'avion 1ère classes et classes affaires, révision des intérêts notionnels, mise en place d'une cotisation temporaire de crise de 0,5% sur le grand patrimoine (plus d'1,25 million d'euros hors habitation propre)… Le formateur compte également sur un effet retour de la création d'emplois sur la situation budgétaire.
www.lalibre.be/actu/politique-belge/article/670919/degressivite-du-chomage-accrue-et-scission-de-bhv.html Répondre | Répondre avec citation | Citer