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Accueil La revue de presse Dictature des marchés, dictature de la pensée unique

Dictature des marchés, dictature de la pensée unique

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La crise fait rage mais le débat n’avance pas. La seule solution qui émerge : se serrer la ceinture pour payer les banques. Pourtant, des économistes hétérodoxes (les Lordon, Sapir, Gréau…) ont des solutions. Le vrai problème : ils ne sont pas entendus car la finance contrôle le débat économique.

Y'en a que pour les banquiers

Qui nous a informé sur la crise cet été ? Essentiellement des banquiers. En août, dix articles du Monde traitent du fond du problème dans les pages "débat". Sur 32 articles publiés, 16 proviennent d’individus liés aux institutions financières. Soit 76,6%. Beaucoup pour des banquiers qui sont responsables de la crise.

Le Monde n’est pas le seul. Le 11 Août, Le Nouvel Obs titre «Les incendiaires. Comment ils nous plongé dans la crise». Là encore les banquiers ne sont pas les incendiaires, mais les experts ! Anton Brender, autrefois réputé de gauche, directeur des études économiques de Dexia Asset Management – vu les performances de son entreprise on s’attendrait à davantage d’humilité –, dispose de deux pages pour clamer que «ce ne sont pas les marchés qui sont en cause mais l’impuissance politique». Géniale novlangue : les marchés remplacent les banques, car ce sont elles qui spéculent contre l’euro. Mais comment un économiste pourrait-il cracher dans la main qui le nourrit ?

Pourquoi les journalistes sont-ils si prompts à gober pareilles mystifications ? Leur réponse est invariable : «On n’a pas le temps». Et c’est le génie des banques de l’avoir compris, comme l’explique une journaliste de L’Expansion : «Les banquiers savent répondre vite, ils sont payés pour ça. Ce qui n’est pas le cas des universitaires qui réfléchissent et dont les nuances sont difficiles à retranscrire». Et c’est vrai, la pression est importante. Au Monde, une journaliste économique a signé 29 articles au mois d’août, soit plus d’un par jour travaillé, une autre en a signé 18, et ce n’est pas le journal le plus mal doté.

Jacques Sapir pense différemment. Il distingue les journaux grand public, chargés de faire la pédagogie du libéralisme, et les médias économiques pour lesquels l’information a une vraie valeur marchande et qui, paradoxalement, sont plus ouverts : en pleine crise, Les Echos ont ainsi édité un supplément très intéressant sur le «bon» capitalisme. Comme le signale le journaliste François Ruffin (Fakir), Le Monde, qui pose une - bonne - question : «L'inflation peut-elle résorber les dettes publiques ?», réussit à publier… six experts qui condamnent l’inflation, sans même un autre son de cloche. La Pravda n’aurait pas osé.

De plus, les banques ont compris que la presse est le média de référence. Les télévisions et les radios viennent y puiser leur inspiration. Ainsi la télé permet aux banques de faire entendre leurs voix bien plus loin que le simple cercle des lecteurs. Une pierre, deux coups.

Un enseignant peut cacher un supplétif du système financier

Le système peut être un peu plus complexe. Le 12 août, en pleine déroute financière, l’Autorité des Marchés Financiers interdit la vente à découvert pendant 15 jours pour vérifier si la décision réduit la volatilité des marchés. A mi-parcours, Le Monde enquête. Verdict publié le 20 août : «La suspension des ventes à découvert ne permet par d’éviter de lourdes chutes en Bourse». Cette fois-ci, c’est du sérieux, seul un banquier juge que l’«on ne peut pas arrêter tous les bandits». Chapeau !

La journaliste a interrogé deux professeurs de l’Edhec, une des plus célèbres écoles de gestion françaises. Interdire les ventes à découvert est «au mieux démagogique, au pire dangereux». La messe est dite. Sauf que l’on découvre, moyennant deux clics sur Google, que le laboratoire de ces deux spécialistes est financé par… la banque Rothschild. Et là, de clics en clics, on apprend que le même labo vend de la formation aux professionnels… 2.000 euros pour deux jours et par participant, logement non compris. Excusez du peu. Si vous avez dix élèves... A ce prix-là, mieux vaut éviter de se fâcher avec ses clients. Les ventes à découvert sont très rémunératrices pour les institutions financières. On reste sur la toile et l’on découvre que l’un des experts est aussi le patron de l’Edhec, Noël Armenc pour lequel «le débat entre marché et science n'a pas lieu d'être dans une grande école de commerce !». Circulez, pas de débat. Dommage.

«Aucun n’est directement corrompu mais la plupart sont payés par les banques…»

Reste la télévision et la radio. Là, pas d’experts inconnus, pas de seconds couteaux, seules les stars sont invitées, comme Elie Cohen que les chaînes se disputent, lui qui, en juin, nous expliquait que la crise était derrière nous.

En dehors de ce genre de fantaisiste, pour avoir accès à ces médias, les banques prennent comme consultants des professeurs d’école prestigieuses : Ulm, Sciences Po Paris, Dauphine et Polytechnique. Difficile de résister. Même les plus grands ont accepté cette compromission. Michel Aglietta, par exemple, conseille Groupama Asset Management. Lequel précise à la fin de ses livres qu’il est rémunéré par cette institution. Tout le monde ne le fait pas. Daniel Cohen, par exemple, signale très rarement qu’il travaille pour la banque Lazard. Il préfère rappeler qu’il forme les futurs Jean Paul Sartre de la rue d’Ulm, réservant son engagement chez Lazard aux lecteurs de Challenges.

Pourquoi se cacher quand on est entre amis ?

=> Lire la suite de l'article dans l'excellent blog de Bertrand Rothé : Il n'y a pas d'alternative


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Mis à jour ( Jeudi, 15 Mars 2012 16:24 )  

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