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Droit au RMI: le Conseil d'Etat valide la demande d'un chef d'entreprise débouté par son département

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C'est une première ! Voici une décision du Conseil d'Etat qui va considérablement aider les demandeurs de RMI ayant exercé une activité non salariée — créateurs d'entreprise, travailleurs indépendants, commerçants, artisans, gérants de société… — à faire valoir leurs droits aujourd'hui bafoués.

En effet, la violation des critères d'admission au Revenu minimum d'insertion est très répandue : elle l'était déjà par les préfets, elle l'est aujourd'hui par les départements dont certains interdisent, noir sur blanc, l'accès au RMI aux non-salariés sur leur formulaire de demande !

La loi est stricte, il n'existe que trois critères d'attribution :

• avoir + de 25 ans (sauf si enfant à charge),
• résider en France,
• les ressources prises en compte sont celles qui ont été effectivement perçues au cours des 3 mois civils précédant la demande ou la révision.
Le RMIste doit également conclure un contrat d'insertion et le respecter.

Pour refuser le RMI à des demandeurs dont les situations sont jugées "atypiques", les services instructeurs font preuve d'inventivité :

• le RMI n'a pas vocation à se substituer à l'absence de ressources résultant d'un choix délibéré d'un allocataire de ne pas se verser un salaire (argument très prisé par la DDASS, service instructeur de la Commission départementale d'aide sociale - étape du 1er recours après refus de la demande de RMI),
• du fait de son activité, le demandeur peut prétendre à une rémunération au moins égale au montant du RMI pour une personne (argument très prisé par la DDASS qui n'hésite pas à dénaturer les comptes même déposés au greffe et approuvés par un commissaire aux comptes),
• activité non viable, alors même qu'un contrat d'insertion ait été signé pour développer ladite activité,
• ériger le statut de chef d'entreprise (gérant, Pdg…) en critère d'inadmissibilité au RMI, ce qui déboute souvent le demandeur de déposer son dossier alors que sa situation personnelle n'a pas à être un obstacle à l'instruction de sa demande et que seule la situation économique doit être prise en compte.

D'ailleurs, il serait particulièrement intéressant que tous ceux et celles qui ont eu affaire à ces commissions d'état (CDAS, CCAS) suite aux recours formés, participent à l'inventaire de ces critères fallacieux : nous pourrions ainsi les dénoncer et aider ceux qui forment un recours. Pour ce faire, vous pouvez vous manifester à cette adresse : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

La décision du Conseil d'Etat que vous allez lire ci-dessous, intervenue le 29/10/2008, est l'aboutissement d'une demande de RMI déposée le 4/11/2002 par notre ami et adhérent Joseph Sevilla. Obtenir une décision exemplaire qui puisse servir de jurisprudence était central dans la démarche de ce chef d'entreprise de 49 ans.

Le Conseil d'Etat a considéré que l'affaire jugée était d'une grande importance et innovante. Alors que Joseph a rédigé seul tous ses mémoires et mené ses recours successifs sans avocat, ce n'est que lorsque qu'il a demandé l'aide juridictionnelle que le Conseil d'Etat a choisi un avocat inscrit au barreau : le fait que le Conseil d'Etat lui accorde l'AJ signifie que l'affaire est grave, contrairement aux autres cours de justice qui ne prennent en compte que les revenus.

En haut et à droite de la 1ère page de la décision, il est indiqué deux lettres : mt. Ces lettres signifient que cette décision sera mentionnée dans le recueil des arrêts du Conseil d'Etat, dit "recueil Lebon" (parution été 2009 pour cette décision). C'est le recueil qui est consulté par tous les avocats, qu'ils pourront invoquer dans des affaires similaires.

Voici l'intégralité de la décision du Conseil d'Etat, qui est publique :

Page 1Page 2Page 3Page 4Page 5

Cette décision du Conseil d'Etat peut désormais servir à d'autres. Elle va permettre à des non-salariés au profil "atypique" d'avoir le droit de déposer une demande de RMI sans qu'on leur rétorque d'emblée qu'ils n'y ont pas accès du fait de leur statut professionnel. Ils pourront déposer leur demande sans être déboutés. Ensuite, leur dossier devra faire l'objet d'une instruction sérieuse et motivée, en fonction de leur situation économique et de celle de leur entreprise.

C'est déjà en soi, une belle avancée en droit du RMI. En cela, nous félicitons Joseph pour sa persévérance ! Ce qu'il a défendu, il le défend pour tous.

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Mis à jour ( Samedi, 11 Juillet 2009 01:30 )  

Commentaires 

 
0 # superuser 2008-11-23 01:21 Fort de la décision du Conseil d'Etat, il a adressé une réclamation au Président du Conseil général des Pyrénées-Orientales.

En effet, le formulaire de demande de RMI dans ce département interdit aux non-salariés de déposer une demande de RMI, ce qui est contraire à la loi.

Ce n'est sûrement pas le seul département en France où une telle pratique est en place. Il ne faut donc pas hésiter à faire connaître, à interpeller les Présidents de CG qui ne respectent pas la loi. Si vous constatez la même pratique dans votre propre département, n'hésitez pas à adresser une lettre sur le modèle suivant :


St-Péray, le 18 novembre 2008

Monsieur le Président du Conseil Général
25 rue Petite la Monnaie
66000 PERPIGNAN

Objet : Formulaire de demande de RMI non conforme.

Monsieur le Président,

Le formulaire de demande de RMI mis en ligne par votre département et utilisé par l’ensemble de vos services en matière d’instruction du RMI n’est pas conforme avec le formulaire RMI du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité.

En effet, il est écrit en page 2 de votre formulaire que «Vous n’avez pas droit au RMI si vous êtes non salarié… si vous êtes travailleur indépendant ou non salarié agricole imposé au régime du réel». Non seulement cette «interdiction» n’est pas mentionnée dans le formulaire officiel, mais aucune disposition du CASF (Code de l’action sociale et des familles) ne le précise.

Par ailleurs, un arrêt du Conseil d’Etat du 10/10/2008, req. n°294774 avec mention mt (décision qui fait jurisprudence), confirme que le statut personnel n’a pas à être pris en compte lors de la demande de RMI, et que c’est uniquement la situation économique du demandeur qui doit être retenue.

Vos services n’ont pas à refuser qu’un non-salarié, fût-il gérant de société ou PDG, dépose une demande de RMI. Elle doit être enregistrée par vos services et faire l’objet d’une instruction sérieuse et motivée dans sa décision.

De même, le formulaire «Travailleur Indépendant» (p.10), en amalgamant différents statuts, prête à confusion. Le risque étant de refuser l’enregistremen t d’une demande de RMI alors qu’elle est recevable : Un gérant de société n’est absolument pas un travailleur indépendant et il est faux de dire que «cette situation ne permet pas l’ouverture du droit au RMI.»

La situation des demandeurs de RMI est suffisamment tragique qu’il n’y a pas lieu de rajouter des critères d’admissibilité au RMI supplémentaires et non prévus par la loi.

Je vous demande donc, Monsieur le Président, de faire le nécessaire au plus vite pour rétablir auprès de l’ensemble de tous vos services (département RMI, CAF, MSA…) la vérité, et corriger votre formulaire de demande de RMI.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments respectueux.

Joseph SEVILLA
1er Prix du Travail Manuel 2002
Prix Art Déco 2003 S.L.B.A.
Grand Prix 2003 Rotary International
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