Le président de l'Association des médecins urgentistes de France (AMUF) Patrick Pelloux a prévenu que si rien n'avançait, ils iraient «à une grève très dure à partir du 2 janvier, sans doute rejoints par les syndicats d'anesthésistes-réanimateurs.» «Tout dépendra de la réactivité des interlocuteurs au ministère de la Santé», a pour sa part expliqué le Dr Marc Giroud, président du SAMU de France : «On est déterminés».
Actuellement, dans les hôpitaux de France, toutes catégories de personnel confondues, le stock s'élève à 23 millions d'heures supplémentaires non payées et à 3,5 millions de jours de RTT dans les comptes épargne-temps. Selon le rapport Acker, il manque au bas mot 4.800 postes de praticiens hospitaliers à temps plein, 5.800 emplois d'infirmiers et de personnels soignants ainsi que 1.200 agents administratifs. Plus prosaïquement, 23 millions d'heures sup’ + 3,5 millions de jours de RTT = quelque 32.000 emplois équivalent temps plein.
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Commentaires
Parle-t-on des heures supplémentaires non rémunérées et, dans la pratique, non récupérables faites par des infirmières appelées à pallier le déficit de personnel et revenant sur leur repos, ou des jours de RTT (congés) non pris par des médecins seuls maîtres en pratique de l'organisation de leur travail ?
Dans un cas se pose le véritable problème de la permanence et de la qualité des soins, dans l'autre cas se pose le problème des loisirs des médecins, ce qui fait une grande différence. Un médecin hospitalier gagne entre 4.000 et 6.000 € net par mois. Il est maître de l'organisation de son emploi du temps et, dans la plupart des cas, ne compte pas ses heures, ce qui est normal au regard de son statut. Alors, oui, c'est vrai, beaucoup d'entre nous travaillent jusqu'à 70 heures par semaine, et ce n'est pas un problème. Il est indécent qu'un médecin hospitalier demande une diminution de son temps de travail au regard de son salaire et de son métier. C'est là une dérive corporatiste qui est apparue avec les 35 heures et qui n'a plus rien à voir avec la défense de la qualité des soins. Il est, par contre, en droit d'exiger des moyens pour son travail. Or, la médecine, malgré sa dérive technologique, reste un métier de contacts humains, et nous, médecins, avons besoin de nos infirmières pour travailler.
A titre d'exemple, le service public hospitalier assure la permanence des soins neurochirurgica ux dans notre région. A cet effet, un neurochirurgien est d'astreinte à son domicile : il est payé pour cela. Un anesthésiste réanimateur est de garde à l'hôpital : il est payé pour cela. Une infirmière est d'astreinte à son domicile : elle n'est pas payée pour cela. En cas d'intervention chirurgicale, ses heures de présence au bloc opératoire sont comptabilisées en heures supplémentaires . Alors, me direz-vous, tout va bien ! Eh bien, non, car de manière statutaire seules les 10 premières heures supplémentaires sont payées. Le reste est mis sur un compte épargne temps utilisable pour les congés qu'elles ne peuvent pas prendre du fait des effectifs insuffisants dans les équipes chirurgicales. Certaines infirmières ont plus de 250 heures non rémunérées à leur actif ! Ainsi lorsque nous opérons la nuit, l'infirmière instrumentiste est, de fait, la seule personne non rémunérée au bloc opératoire. Rémunérer des heures supplémentaires est un élément motivant pour le travail ; donner des jours de congé, non.
Nous, médecins hospitaliers, ferions mieux de tout faire pour exiger le paiement de la totalité des heures supplémentaires de nos infirmières. Il y aurait là une vraie source potentielle d'amélioration de la qualité des soins. Et abandonner en contrepartie nos RTT, qui sont une anomalie source de dérives lobbyistes et de démotivation de notre profession.
Emmanuel CUNY, professeur dans le service de neurochirurgie B du groupe hospitalier Pellegrin de Bordeaux, pour Les Echos Répondre | Répondre avec citation | Citer
Dans ce département de pointe qui vient d'être réorganisé pour offrir, en soirée, une séance supplémentaire de dialyse aux patients en insuffisance rénale, médecins et personnels soignants travaillent généralement sans compter. Les comptes épargne temps (CET) s'accumulent, les heures supplémentaires non payées aussi, mais les 35 heures font moins débat que la question du pouvoir d'achat.
"C'est pas de travailler plus pour gagner plus dont on a besoin, résume Françoise Delestre, infirmière. C'est d'être tout simplement mieux rémunéré pour tout le boulot qu'on abat déjà."
La promesse du gouvernement de "monétiser" les CET à l'hôpital – la ministre de la santé, Roselyne Bachelot devrait entamer des négociations avec les syndicats hospitaliers en janvier 2008 – ne suscite guère d'enthousiasme. Les personnels d'encadrement ou les médecins, qui ont souvent choisi de capitaliser leurs RTT, sont plus que sceptiques quant à la capacité financière de rachat de l'hôpital.
Comme tous les hôpitaux de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Tenon affiche un déficit de l'ordre de 9,9 millions fin 2007. "On ne voit pas dans ces conditions comment les 35 heures pourraient être payées", estime le docteur Jean-Philippe Rougier, néphrologue, qui n'est pas certain de pouvoir transformer ses 80 jours de RTT accumulés en un congé sabbatique rémunéré.
Bien qu'elles représentent un casse-tête pour l'administration des hôpitaux (fin 2005, l'AP-HP comptait plus de 320.000 jours accumulés de RTT toutes catégories confondues), les 35 heures sont souvent plébiscitées. Les infirmières ont ainsi obtenu des journées de repos pour ponctuer un travail souvent usant. "Avant les RTT, on travaillait sept jours d'affilée, sans repos, et avec le recul, on se demande comment on faisait, explique Sylvie Labbé, infirmière. Les RTT viennent couper ces grandes semaines par un jour de congé, c'est devenu indispensable." "Franchement, je ne m'imagine pas aujourd'hui travailler à l'hôpital sans RTT, ajoute Malika Medjahed, une jeune diplômée. Et même si on voulait me les racheter, je les garderais."
La plupart des infirmières s'en tiennent à leur temps de travail. Les heures supplémentaires sont rares dans le service, et "plutôt faites dans l'esprit de dépanner, en cas de problème avec le planning", explique Laurent Vardon, infirmier. Certains en font toutefois pour améliorer les fins de mois difficiles, et cela pourrait se multiplier depuis que ces heures ont été défiscalisées par le gouvernement. "Jusqu'à présent, je ne voulais pas faire d'heures supplémentaires pour ne pas donner plus d'argent aux impôts, mais maintenant ça m'intéresse, explique Joëlle Jarrin, aide-soignante. Depuis l'euro, on a du mal à joindre les deux bouts : avec un loyer, une voiture et tous les prélèvements, à la fin du mois, il reste pas grand-chose."
FAUX-SEMBLANT
Pour la plupart des personnels soignants, les heures supplémentaires restent cependant un "faux-semblant". "On ne veut pas rentrer dans ce cercle vicieux, explique Malika Medjahed. Plus vous êtes mal payé, plus vous êtes incité à faire des heures sup’, et ça ne règle pas le problème des salaires."
Comme beaucoup d'agents de la Fonction publique, Malika Medjahed et Sylvie Labbé étaient en grève le 20 novembre pour leur pouvoir d'achat. "Etant donné la responsabilité, les horaires et le fait qu'on travaille les week-ends et les jours fériés alors que c'est épuisant physiquement et qu'on côtoie la maladie et la mort avec le sourire, on pourrait quand même être mieux payés !", estime Sylvie Labbé, 1.800 € par mois avec quatorze ans d'ancienneté.
De fait, la faiblesse des rémunérations commence à poser problème à l'hôpital public. Dans une spécialité aussi technique que la néphrologie, les salaires des infirmières du secteur privé sont presque deux fois plus importants pour un travail souvent moins pénible avec moins de gardes.
"La fuite vers le privé est réelle, on voudrait tuer l'hôpital public qu'on ne s'y prendrait pas autrement, analyse Manuel Lapie, cadre infirmier. Si on veut travailler plus pour gagner plus, ce n'est pas dans le public qu'il faut rester. Les gens ont besoin de plus d'argent pour vivre, mais l'hôpital n'en a plus."
(Source : Le Monde) Répondre | Répondre avec citation | Citer
Le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs (SNPHAR) et le Syndicat des médecins anesthésistes-réanimateurs non universitaires (SMARNU) rejoignent ainsi le mouvement de grève illimité entamé lundi par les urgentistes de l'Association des médecins urgentistes de France (AMUF) et le SAMU.
"Depuis plusieurs mois, le SNPHAR présente aux pouvoirs publics des propositions constructives, à ce jour sans écho. Le SNPHAR décide donc de s'associer à la grève initiée par les médecins urgentistes", annonce le syndicat dans un communiqué publié vendredi. L'objectif de ce préavis de grève de la permanence des soins à partir du 3 janvier "est d'obtenir des avancées sur les dossiers en suspens présentés par les syndicats de la Fédération de la permanence des soins hospitalière (FPSH)", poursuit le communiqué. Le SNPHAR et le SMARNU réclament l'ouverture de négociations sur une série de problèmes qui, selon eux, entraînent "une baisse de l'attractivité des carrières médicales, notamment pour les médecins".
Le SNPHAR réclame ainsi "le règlement du devenir du compte épargne-temps", la "revalorisation de la permanence des soins, gardes et astreintes, à concurrence des rémunérations proposées aux médecins libéraux ou aux médecins mercenaires dans les hôpitaux publics" et "un statut de médecin hospitalier rénové".
Faute de négociation, prévient le syndicat, le gouvernement s'expose à "un conflit durable et dur avec le corps médical hospitalier investi dans le travail de nuit et de week-end". Le SMARNU parle de son côté d'une "grève d'avertissement".
La ministre de la Santé Roselyne Bachelot a annoncé lundi qu'une concertation s'ouvrirait à partir du 7 janvier sur les heures supplémentaires et le paiement des jours de congés, deux des points soulevés par les grévistes urgentistes. Le 7 janvier, c'est précisément la date choisie par le SNPHAR pour réunir son conseil d'administration et "décider de la suite à donner à ce mouvement, en fonction des signaux émis par le gouvernement".
(Source : La Tribune) Répondre | Répondre avec citation | Citer
Sylvie, infirmière depuis 2002 au service de rhumatologie du centre hospitalier de Villefranche-sur-Saône :
«Au nom de la rentabilité, des lits qu'il faut sans cesse remplir, la charge de travail est de plus en plus lourde. On ne finit jamais dans les temps. On devient des machines, au détriment de la relation avec les patients. C'est quelque chose qui est tellement intégré par le personnel que si l'on s'attarde un peu dans une chambre pour discuter avec un patient, la plupart nous regardent de travers.
On fait systématiquemen t entre une demi-heure et une heure de plus chaque jour. On le note sur le planning mais ça passe toujours aux oubliettes. Quand on doit venir un jour de repos, on est ensuite censé prendre un «repos compensateur», mais là aussi en général ça saute, ou alors on nous impose des jours qui ne nous arrangent pas.
On a l'impression d'être des bonnes-sœurs : tout pour l'hôpital… et rien pour la famille. C'est usant. Beaucoup d'infirmières partent. On manque de reconnaissance. Reconnaissance financière mais aussi reconnaissance humaine. Les patients nous remercient et nous soutiennent, mais pas la direction. Je ne fais pas ce métier depuis assez longtemps pour regretter mon choix, mais certains jours je rentre chez moi en me disant que j'ai fait du mauvais boulot.»
Cathie, infirmière depuis 24 ans, en poste en pneumologie et oncologie thoracique à l'hôpital Saint-Louis à Paris :
«Comme pour les médecins, notre profession est un sacerdoce. Tous les jours on déborde sur nos horaires. On arrive un peu plus tôt le matin, on repart plus tard le soir, d'autant que le planning ne prévoit pas de "chevauchement" pour la transmission avec l'équipe qui prend la relève.
Il faut mendier auprès de la direction pour essayer de récupérer quelques heures. C'est au bon vouloir des services. Quant aux fameux comptes épargne-temps, c'est un piège. J'ai accumulé 70 jours dessus, mais on ne peut pas me les rendre, puisque on ne peut pas être remplacées étant donné le manque de personnel. Si l'une d'entre nous a une urgence familiale et ne peut vraiment pas venir, c'est tout de suite un drame. Même quand la direction accepte la discussion, on se heurte toujours à un mur : pas de personnels, pas de moyens… Nos supérieurs ont les poings liés.
La charge de travail est de plus en plus lourde : aujourd'hui, avec la nouvelle tarification, ne viennent à l'hôpital que ceux qui ont besoin de beaucoup de soins. Le personnel est fatigué, certains sont à bout, ce qui n'arrange pas les relations professionnelles ni familiales. Il ne faut pas s'étonner quand on dit que c'est l'une des professions où le taux de divorce est le plus élevé !
La nouvelle génération a l'air de se protéger plus, les nouvelles infirmières sont souvent plus individualistes. Le don de soi, c'est un peu fini. Mais pour elles le choc est violent, et en général elles partent assez vite.»
(Source : Libération) Répondre | Répondre avec citation | Citer