Canular ? Non. Plutôt une approche par l'absurde d'un système de recrutement stéréotypé et déshumanisé. Ainsi, après avoir vainement cherché du travail à la fin des années 1990, ce jeune artiste a décidé de prendre les devants et rédigé un millier de Lettres de non-motivation. Le recueil qu'il publie aujourd'hui en rassemble quelques-unes, avec, ou non, la réponse de l'entreprise concernée.Julien Prévieux adopte pour chacune un ton et un point de vue différents. C'est à la fois très drôle et très politiquement incorrect. En retour, les lettres-types sont majoritaires, mais certains DRH savent faire preuve d'humour. Façon de reconnaître que la contestation a du bon...
Delphine Peras
Lettres de non-motivation par Julien PRÉVIEUX
La Découverte - 128 p. - 9,90 € - www.editions-zones.fr
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«Managers de station-service», «conseiller de clientèle au téléphone», «électronicien de maintenance», «coupeur de verre»… Julien Prévieux a répondu à toutes sortes d’offres d’emplois. Non pour se donner davantage de chances de trouver un travail, mais pour mieux les refuser… Ainsi, en réponse à l’offre d’un poste de technicien de fabrication, l’auteur de l’un de ces étranges courriers écrit : «Je ne compte pas être victime d’une dépression, d’un burn-out, ou d’un karoshi. Dans une campagne de prévention personnelle, je préfère refuser ce type de poste et vous conseille de faire attention à vous.» La réponse, à l’instar de toutes les autres, est ô combien frustrante : «Nous accusons réception de votre courrier, que nous avons étudié avec attention. Cependant, nous sommes au regret de vous faire savoir que nous n’avons pas de poste disponible correspondant à votre qualification»…
Malgré tous les efforts du monde, le non-demandeur d’emploi se heurte le plus souvent à des réponses automatisées. Le jeune homme aura tout essayé. Mais, parfois, la méthode forte peut fonctionner : «Arrêtez de nous harceler avec des slogans ineptes et des métiers inexistants. Je refuse votre offre d’emploi, je n’envoie pas mon curriculum vitae, et je vous demande de retirer vos offres d’emploi de ma vue»… L’entreprise Bouygues Télécom lui écrit : «Nous prenons donc bonne note de votre refus et vous confirmons que vous demeurez libre de répondre ou de ne pas répondre à nos offres…».
Ces courriers sont un pavé dans la marre jeté au milieu d’un système où chacun est contraint de jouer un rôle à la lettre. Avec beaucoup d’humour, ce qui ne gâche pas le plaisir de la lecture, l’auteur sollicite son libre arbitre. Il choisit, décide, refuse, s’interroge et se moque… Tout ce qui est à peu près interdit de faire lorsqu’on répond à une offre d’emploi. D’une extrême lucidité, ces lettres de non-motivation permettent de prendre hauteur et distance face au fonctionnement d’un système de recrutement représentatif de l’état du monde du travail : violent, impersonnel et tout-puissant.
(Source : L'Humanité) Répondre | Répondre avec citation | Citer
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