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Accueil Mobilisations, luttes et solidarités Discriminations à l'embauche des Seniors : Rien ne bouge, au contraire !

Discriminations à l'embauche des Seniors : Rien ne bouge, au contraire !

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Les travailleurs expérimentés ou seniors paient au prix fort la pénurie d’emplois. Nombre d’entre eux sont écartés des procédures d’embauche en raison de leur âge, uniquement de leur âge.


À la création d’Actuchomage, nous avons fait de la lutte contre les discriminations à l’embauche sur des critères d’âge (qui concernent avant tout les 50 ans et plus) un cheval de bataille.

En 2005 et 2006, nous avions même porté plainte contre des entreprises pratiquant ouvertement cette discrimination. En ces temps reculés, les annonces laissaient encore apparaître des critères illégaux et nous avons gagné 5 procès, dont un en correctionnel.

Aujourd’hui, ces mentions ont disparu des offres mais la discrimination s’exerce tout autant, insidieusement, à la réception des CV où il est facile de déceler l’âge du candidat.

Pire, beaucoup d’entreprises et de cabinets de recrutement exigent des postulants qu’ils remplissent un questionnaire en ligne où il leur sera demandé leur date de naissance. Le paramétrage élémentaire d’un logiciel leur permettra alors d’exclure d’office toutes celles et tous ceux qui ont un âge supérieur à celui fixé arbitrairement par l’employeur.

Nous n’avons rien gagné de la suppression des critères d’âge dans les annonces de recrutement. Au contraire même !

Estimant que les offres d’emploi sont ouvertes à tous les candidats sans distinction, les plus de 50 ans y répondent… en pure perte. Cela a pour effet de générer plus de frustrations et de déceptions encore.

Avant, quand les annonces spécifiaient une limite d’âge, celles et ceux qui la dépassaient ne perdaient pas leur temps à postuler. Aujourd’hui, ils tentent le coup sans aucune chance de franchir le premier barrage.

Nous avons reçu dernièrement un témoignage qui nous rappelle, si nécessaire, que cette discrimination inacceptable reste d’actualité. Nous vous le livrons : 

«J'ai 50 ans, en recherche d'emploi dans la restauration ou comme vendeuse en boulangerie pâtisserie. Depuis plusieurs mois, je ne parviens qu'à décrocher des petits CDD. J'ai remarqué que lorsque je ne mets pas mon âge sur mes CV, les employeurs me contactent plus souvent. Malheureusement, dès qu'ils connaissent ma date de naissance, mon profil ne les intéressent plus.

Un directeur de restauration chez XXX a carrément stoppé mes missions d’intérim à cause de mon âge. Bien sûr, il fait passer cela sur des critères professionnels. J'ai demandé l'arbitrage du Défenseur des Droits.

Je me bats pour que les mentalités changent et que les personnes de ma génération soient embauchées en CDI et cessent d'être toujours en précarité.

Je voudrais me joindre à vous pour qu'ensemble nous essayions de faire bouger les choses. Dans l'attente de votre réponse. Cordiales salutations
».

Ce témoignage (un de plus) ne souffre d’aucune réserve. Il y a un âge où obtenir un entretien devient plus compliqué alors qu’on est souvent au top de son employabilité. Quel paradoxe !

À 50 ans, on a beaucoup d’expérience. La plupart d’entre nous sont en parfaite santé, et les femmes sont généralement dégagées de toute obligation familiale (récupérer les enfants à la sortie de l’école, assurer une permanence quand ils sont malades, par exemple).

On nous rétorquera alors que les «travailleurs expérimentés» sont plus chers que leurs cadets. Cet argument ne tient pas la route une minute. Ce n’est pas le candidat qui fixe le niveau de rémunération mais bien l’employeur. Le senior peut donc accepter de travailler au Smic ou pour un salaire ne correspondant pas à son expérience. En cette période de chômage massif, nombre d’entre nous sont prêts à quelques concessions pour échapper à l’inactivité professionnelle.

En dehors de la dramatique pénurie d’emplois, rien ne justifie donc l’exclusion des seniors en raison de leur âge.

Il est même certain que cette discrimination généralisée amplifie les difficultés globales que nous connaissons. Des centaines de milliers de travailleurs expérimentés et bien formés ne participent plus au développement économique de la France. Un incroyable gâchis de compétences et de savoir-faire.

On constatera qu’en politique et dans le top management des grands groupes industriels, 50 ans est l’âge de la maturité et de «l’excellence». Un Président de la République ou un patron du CAC 40 quinquagénaire sera considéré comme un «jeunot». Une serveuse en restauration… comme une vieille. Quelle injustice !

«Que pouvons-nous faire ?», nous interroge notre camarade de galère. Dans l’immédiat, concrètement, RIEN !

La seule proposition que nous pourrions émettre, utopique donc illusoire, serait de créer un mouvement réunissant les dizaines de milliers d’exclus du monde du travail en raison de leur âge.

Mais nous savons que mobiliser les chômeurs est une tâche insurmontable. Cela fait 10 ans que nous nous y employons (avec d’autres) mais que nous sommes à peine quelques dizaines à nous y investir pour de bon. Le résultat est pitoyable !

Chère Amie, nous n’avons pas de solution à vous apporter et nous le regrettons. Mais si jamais il venait à l’esprit de tous les exclus du boulot âgés de plus de 50 ans de se regrouper, ils formeraient – tant ils sont nombreux – un irrésistible groupe de pression.

Yves Barraud pour Actuchomage.org

Pour témoigner : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.


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Mis à jour ( Mercredi, 14 Novembre 2018 11:27 )  

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