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Accueil s'informer La revue de presse L'austérité ? Une «danse du ventre» devant les marchés

L'austérité ? Une «danse du ventre» devant les marchés

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Les marchés ont gagné : placée sous leur dictature mondialisée, la politique se fait désormais ouvertement à la corbeille !

L'annonce de François Fillon — un gel des dépenses publiques en valeur pendant trois ans — est un message directement destiné aux marchés. Le message dit : nous ne sommes pas les Grecs, nous sommes des gens plus sérieux que les autres pays qui sont dans votre viseur, nous ne nous laisserons pas entraîner dans une spirale d'endettement...

Cette année, le déficit public français devrait atteindre 8% du PIB, un record [1]. Mais, promis, il sera réduit «sous» 3% en 2013, ce qui représente un effort très important.

Engager un tel programme d'austérité en période de croissance molle — voire de non croissance — n'est pas très raisonnable sur le plan du raisonnement économique. En période difficile, il vaut mieux laisser filer un peu la dépense publique pour donner des vitamines à l'économie. Mais dans la situation actuelle, les raisonnements économiques ne sont plus de mise. La France et d'autres pays ont le pistolet des marchés sur la tempe et doivent donner des gages, rapidement.

«Les Etats européens doivent faire la danse du ventre»

Pour Charles Wyplosz, professeur d'économie à l'Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, ce type d'annonce a essentiellement pour but de gagner du temps pour éloigner le risque de contagion, «en attendant que la reprise soit là» : « C'est à juste titre que les dettes publiques des pays ont augmenté pendant ces dernières années, marquées par la crise. Les États européens doivent financer leurs larges déficits, et donc rassurer les marchés. Ils n'ont pas le choix, car ils ont besoin des marchés [2]. Ils doivent faire la danse du ventre. »

Du sérieux affiché dépendent en effet les conditions accordées par les créanciers de ces États endettés et concurrents sur les marchés. Mais il n'est pas certain du tout que l'austérité budgétaire et fiscale soit le meilleur moyen de conduire à une réduction des déficits. Historiquement, c'est la croissance et les recettes fiscales qu'elle dégage, qui permettent de se débarrasser des déficits fiscaux.

«Réexamen» des dépenses d'aide au logement ou à l'emploi

A l'issue du séminaire gouvernemental consacré au redressement des comptes, Matignon a donc fait savoir que les dépenses seraient gelées en valeur (c'est-à-dire sans tenir compte de l'inflation) hors charges d'intérêt de la dette et hors dépenses de pension, en 2011, 2012, 2013. Le communiqué précise : « Les dépenses de fonctionnement courant de l'État diminueront de 10% en trois ans, avec une baisse de 5% dès 2011. Un effort de productivité de même ampleur sera demandé aux opérateurs de l'État. »

L'ensemble des dépenses «d'intervention» fera l'objet d'un «réexamen». Par dépenses d'intervention, comprendre : les dépenses d'aide au logement ou à l'emploi… Autant dire de mauvaises nouvelles en perspective pour les plus fragiles.

Côté recettes, François Fillon a annoncé qu'il allait s'attaquer aux niches fiscales (qui coûtent 73 milliards à l'État), l'objectif étant de dégager 5 milliards petits d'euros sur deux ans.

Le risque, aujourd'hui, est que ces politiques d'austérité, par leurs effets récessifs, replongent l'Europe dans la crise. Là, les États n'auront plus aucune marge de manœuvre : les taux d'intérêt sont au plus bas, les marges de manœuvre budgétaires sont nulles.

«On est à l'os», résume Wyplosz. Selon lui, le débat n'est plus de savoir s'il faut réduire où pas les déficits : c'est désormais de choisir les «bonnes» réductions de dépenses et les «bonnes» augmentations d'impôt. Pénible.

(Source : Eco89)


[1] NDLR : Ce record de 8% en est certes un, mais il est peu de chose à côté des déficits de certains de nos partenaires ou voisins. Celui des États-Unis s'élève, par exemple, à 10,5%. Celui du Royaume-Uni… à 14,5% !
Donc, il n'y avait pas urgence à lancer en France un tel plan de rigueur.

[2] NDLR : Non, les États ont eu le choix ! Dès l'apparition de la crise financière, quand les puissances publiques ont opéré au sauvetage de ces pyromanes, elles auraient pu stopper la spéculation par loi. Mais elles ont choisi de ne rien faire : elles ont donc non seulement loupé le coche, mais acté leur mise sous tutelle.

NDLR : Quelques piqûres de rappel...

1) Si les dettes publiques des États ont explosé depuis l'automne 2008, c'est d'abord à cause de la crise de la finance privée exportée par les USA. Ensuite, après vingt années de baisse générale de la fiscalité — dogme libéral oblige —, les recettes n'ont pas suivi.

2) Pour sauver le système, les États ont accepté de le renflouer sans contreparties (par exemple le réguler en légiférant, voire le placer sous contrôle public). Ces exigences/précautions élémentaires n'ayant pas été prises, les États ont non seulement officialisé leur total asservissement aux marchés mais signé leur propre arrêt de mort qui passera, dans un premier temps, par le sacrifice inutile des populations.

3) En effet, requinqués par l'afflux d'argent public injecté par les États et la remontée des Bourses, stimulés par des taux d'intérêts quasi-nuls, banques et fonds d'investissements ont repris leurs affaires ordinaires... La finance privée a renforcé sa suprémacie sur le fonctionnement économique du monde et, avec l'immoralité et l'ingratitude qui la caractérisent, elle peut désormais s'attaquer à ceux qui l'ont sauvée sous prétexte d'être «rassurée» !!!

4) Ainsi, pour satisfaire ses exigences (quand bien même la situation budgétaire de certains pays, à l'instar de la France, ne serait pas si inquiétante), les États — UMP en tête — acceptent de mettre en place des programmes d'austérité qui vont non seulement nuire au quotidien des populations les plus fragilisées mais compromettre toute reprise.

CONCLUSION : Nos dirigeants politiques, qui ont choisi de renoncer à leur rôle/fonction en se plaçant sous la tutelle de la finance mondialisée avec un zèle et une servilité des plus écœurants, anéantissent la souveraineté des États qu'ils gouvernent et, de ce fait, trahissent les citoyens qui les ont élus.

Ainsi, la finance et les politiques travaillent de concert contre les peuples. C'est inadmissible.

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Mis à jour ( Mercredi, 02 Novembre 2011 05:43 )  

Commentaires 

 
0 # superuser 2010-05-09 03:36 La revanche des marchés

C'est le temps des paradoxes : les États, qui ont sauvé la finance d'elle-même il y a quelques mois, se retrouvent accusés de mauvaise gestion par les agences de notation. Et les marchés profitent de la crise qu'ils ont provoquée pour s'attaquer à la protection sociale…

On croyait les agences de notation décrédibilisées , les voilà de nouveau qui font (surtout) la pluie et (peu) le beau temps. On croyait les marchés financiers en voie de régulation, les voilà de nouveau qui mènent la danse. On croyait les titres publics dépourvus de risque, contrairement aux titres privés, les voilà qui sont suspectés d'insolvabilité. On croyait les Etats-Unis affaiblis, mais c'est l'Europe et sa monnaie qui plongent. On croyait la finance privée plongée dans des turpitudes sans fond, voilà qu'on nous dit que c'est la finance publique qui est fautive…

On n'a pas fini, décidément, d'aligner les paradoxes. Cette crise est née d'une finance débridée que seule une intervention publique massive est parvenue à sauver. Mais en quelques mois à peine, sous la pression des marchés, elle est devenue la crise des États endettés, alors même que l'essentiel de cet endettement résulte de la volonté d'endiguer la marée noire de la dépression engendrée par la crise. Les marchés mordent la main qui les a sauvés !

Le politique, qui a permis d'éviter le désastre, est désormais accusé de le causer, et les États qui, hier encore, lançaient les bouées de sauvetage, sont sommés par les anciens naufragés de remettre de l'ordre dans leurs comptes. Nous connaissions le scénario classique des pompiers pyromanes, voici celui, plus original et assez imprévu, des brigands qui deviennent juges et policiers, garants de l'ordre et pourfendeurs du désordre.

En Grèce, l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI) imposent aux salariés du public une réduction de 8 % à 12 % de leurs rémunérations, et à l'ensemble des contribuables une hausse de deux points de la TVA, mais ne pipent mot des dépenses militaires, les plus élevées du monde occidental (6 % du produit intérieur brut, PIB) ni de la fraude fiscale, devenue au fil du temps le sport le plus pratiqué par les travailleurs indépendants.

En France, pour rassurer les marchés, l'UMP annonce un gel des dépenses publiques pour trois ans, prélude à un sérieux tour de vis sur les retraites et, sans doute, sur l'assurance maladie. Or, depuis l'arrivée de l'actuel chef de l'État au pouvoir, le déficit (+ 5,2 points de PIB) s'est creusé autant par la réduction des prélèvements (- 2,6 points de PIB) que par la progression des dépenses (+ 2,9 points de PIB). Au lieu de marcher sur deux jambes, le gouvernement prétend restaurer l'équilibre en marchant sur une seule.

Mais il y a pire. Quand les marchés spéculent contre la Grèce, c'est clairement une mauvaise gouvernance publique qu'ils attaquent. Mais quand ils se méfient de l'Espagne, du Portugal, de l'Irlande et sans doute demain du Royaume-Uni, on change de dimension. Car ces pays ont en commun d'être brutalement passés d'une gestion prudente de leurs finances publiques (excédent budgétaire en Espagne et en Irlande, déficit public inférieur à 3 points de PIB au Portugal et au Royaume-Uni) à de très forts déficits (au moins 10 points de PIB) pour soutenir des économies fortement déstabilisées par un assèchement du crédit, alors même que leur dynamisme était tiré par un endettement privé en sensible augmentation.

La crise a mis à nu la fragilité de ce modèle de croissance à crédit au Royaume-Uni, en Irlande et en Espagne, l'endettement des ménages et des entreprises représente plus de deux fois le PIB, et leur désendettement contraint va engendrer une croissance durablement ralentie. Par conséquent, la résorption du déficit public risque d'être lente et difficile… sauf à augmenter sensiblement les impôts ou à réduire sensiblement la dépense publique. Et donc, dans les deux cas, à anémier un peu plus l'activité économique. Aujourd'hui, les marchés parient sur l'approfondisseme nt de la crise. Une crise dont ils portent largement la responsabilité initiale, mais sur laquelle ils surfent désormais, car elle est l'occasion rêvée de mettre à bas un système de protection sociale et de restaurer des mécanismes plus libéraux.

On croyait que la crise sonnait la fin du libéralisme. Elle est en train de l'accentuer.

Denis CLERC - Alternatives économiques
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0 # superuser 2010-05-12 20:50 AVONS-NOUS ÉLU LES MARCHÉS ?

Si on repose autrement la question, elle serait plutôt : “Sommes-nous dirigés par ceux que nous avons élus et donc en démocratie ?”

Ce qui réunit ce fonctionnement économique, c’est l’absence de légitimité élective des nouveaux dirigeants masqués de la planète. Par contre, nous avons élu les grouillots qui leur servent de porte-voix…

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D'où l'utilisation justifiée du mot "dictature" pour qualifier les marchés et le système capitaliste.
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