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Le CAC 40 et nous

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Si l’on reconstitue l’indice CAC 40 depuis sa création en 1988, on s’aperçoit qu’il a connu, y compris en tenant compte de son plongeon des derniers jours, une progression énorme, sans commune mesure avec celle des salaires, des minima sociaux et du PIB par habitant ! Démonstration.

En 1988, le CAC 40 oscille entre 1000 et 1100 «points» (il a été défini avec une valeur de 1000 points au 31 décembre 1987). Dans la première moitié des années 1990, il vaut entre 1500 et 2100. À partir de 1998, c’est l’envolée liée à la «bulle Internet» qui le voit culminer début septembre 2001 au-dessus de 6900, avant une plongée jusque mars 2003 où il descend à 2400. Le rebond ultérieur va durer plus de quatre ans, jusqu’en juin 2007, avec un point haut à plus de 6100. Au moment où j’écris ces lignes, le 10 octobre 2008, il est à 3100, et l’on nous présente ce plongeon comme une catastrophe nationale, une baisse historique.

Oui, sauf que, si l’on adopte une perspective plus longue (ne dit-on pas que les actions ont à voir avec l’investissement…), on s’aperçoit que quelqu’un qui aurait détenu début 1988 un portefeuille d’actions conforme à la composition du CAC 40 à l’époque, et qui aurait procédé régulièrement à un minimum d’ajustements pour coller à la composition changeante de cet indice (rassurez-vous, il y a évidemment des produits financiers pour cela) aurait à ce jour une somme 3,1 fois supérieure s’il vendait.

Bien, mais il y a l’inflation. En vingt ans, de 1988 à 2008, l’indice des prix à la consommation a progressé d’à peine plus de 40%. Merci à la BCE et à ses comparses hexagonaux, car cela assure à notre détenteur d’actions une progression de 120% du pouvoir d’achat de son portefeuille, ou si vous préférez une multiplication par 2,2.

Pendant ce temps, comment ont évolué le pouvoir d’achat des salaires, des minima sociaux, et le PIB par habitant ? Ce dernier a progressé de 35% en vingt ans. Le salaire annuel moyen des salariés à temps complet a progressé d’environ 60% en euros courants, soit autour de 15% à prix constants. J’ai fait quelques approximations pour ces calculs, sur la base des excellentes séries longues de l’INSEE (qui ne vont pas jusque 2008), mais c’est ici sans importance.

Quant au pouvoir d’achat du RMI depuis sa création effective en 1989, c’est encore pire : + 5% en 18 ans !

Récapitulons : en 20 ans, le portefeuille CAC 40 a vu son pouvoir d’achat progresser de 120%, pendant que celui des salaires (à temps plein) peinait à atteindre les 15% et que celui du RMI faisait pratiquement du sur-place. Pour que le CAC 40 enregistre la même progression que les salaires sur cette période, il faudrait qu'il plonge demain sous les 1600 points. Je ne le souhaite pas, parce que là n’est pas le problème, mais le calcul me semble imparable.

[...] Ce que montre la crise actuelle, c’est que l’exubérance des marchés financiers n’exerce pas ses effets qu’à la périphérie de la société, comme une bulle de savon qui éclate dans l’air. Elle provoque et va provoquer des drames humains, elle va rendre plus difficiles les combats pour la justice sociale et pour l’environnement, pour l’emploi, les retraites (surtout dans les pays où elles dépendent le plus de la Bourse), le logement et bien d’autres causes, dont la solidarité internationale. L’exubérance, c’est l’inverse de la sécurité économique et sociale, objet de l’article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Enfin, puisque la question se pose de savoir qui va payer les sommes gigantesques que les États, tels des pompiers qui cessent un instant de se comporter en pyromanes, vont engloutir pour tenter de sauver le système qu’ils ont créé, avec l’espoir de se désengager au plus vite ensuite (revendre plus cher au privé ce qu’on aura en partie nationalisé à bas prix, en se comportant comme des boursicoteurs), on peut au moins répondre : doivent d’abord payer ceux qui ont bénéficié de la déformation de la valeur ajoutée en leur faveur et ceux qui ont vu le pouvoir d’achat de leurs actifs progresser de 120% en vingt ans.

Pour sortir de la crise actuelle, je ne vois pas de mots d’ordre plus urgents que 1) «taxer lourdement les plus riches» avec pour objectif à terme un RMA (Revenu Maximum Acceptable), et 2) «reprendre sur cette base le contrôle public de la finance» sans s’en prendre aux victimes.

Qu’on ne nous fasse pas le coup des riches qui seraient exsangues en raison du plongeon des Bourses mondiales ! Même un peu moins riches en moyenne depuis quelques mois, ils ont accumulé depuis des années où tout a été fait pour leur être agréable (cadeaux fiscaux, niches fiscales, stock-options, «salaires» démentiels, explosion des dividendes distribués) des fortunes dont les montants dépassent l’entendement. Les 10 millions de millionnaires en dollars dans le monde détiennent ensemble plus de 40.000 milliards de dollars. Les 100.000 les plus riches détiennent chacun plus de 30 millions. Ils ne courent aucun risque de pauvreté si on leur en prend le dixième pour constituer des pôles financiers publics, et, si les citoyens s’en mêlent, pour faire de la monnaie, et du crédit, des biens communs au service d’objectifs sociaux et écologiques.

Jean GADREY pour Alternatives Economiques

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Mis à jour ( Jeudi, 08 Mars 2012 09:54 )  

Commentaires 

 
0 # Maxerem 2008-10-14 18:43 La conclusion est juste: depuis 20 ans la répartition des bénéfices s'est déséquilibrée au profit du capital et des (gros) patrimoines et au détriment des salaires.
Cet appauvrissement du plus grand nombre, suivi d'un endettement massif, - rendu indispensable pour soutenir l'activité - a abouti à la crise actuelle.
Cette crise financière va elle-même déboucher sur une contraction de l'activité - une récession - tant redoutée.
On va finalement revenir aux fondamentaux: pour qu'une économie moderne fonctionne , elle doit redistribuer les fruits du travail de tous, la concentration des revenus et patrimoines est un poison pour une économie de masse.

Mais la démonstration qui repose sur la comparaison du CAC et de la progression des salaires est une hérésie pour une bonne demi douzaine de raisons.
Elle est de plus, inutile, car les statisticiens ont parfaitement mesuré le phénomène avec des outils reconnus.
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0 # superuser 2008-10-15 13:09 Bonne nouvelle, la solidarité d’Etat est de retour. Mauvaise pioche : elle s’exerce pour sauver nos amis les banquiers.

Et quelle mobilisation, rapide, massive : des milliards d’euros ! Nous qui imaginions, à suivre François Fillion, l’Etat français en faillite, sans capacités financières pour la Sécurité sociale, les régimes de retraites, les postes d’enseignants, les hôpitaux publics, l’indemnisation des chômeurs… Nous qui pensions les Etats-Unis hors d’état de désendetter les pays les plus pauvres, étranglés par le FMI, et ruinés par la libéralisation du commerce mondial impulsée par l’OMC - deux institutions internationales dirigées par des socialistes français… cherchez l’erreur (si elle existe).

Mais que d’inquiétudes à longueur d’antennes déversées pour les portefeuilles d’actions. Que de craintes d’éditorialiste s effarouchés, chantres, il y a peu, des marchés libres, apôtres du privé, promoteurs du TCE. Et toutes ces indignations vertueuses des politiques qui, par ailleurs, privatisent et privatisent encore… l’assurance-maladie par tronçons, France-Telecom, GDF, Air France et à présent la Poste.

Non que cette crise financière puisse être prise à la légère. Un ensemble d’analyses alerte depuis longtemps sur les folies d’une dérégulation sans entraves. La catastrophe était prévisible.

On nous dit le capitalisme est devenu fou. Non, c’est le capitalisme, c’est tout ! Jusqu’au bout faire de l’argent sur de l’argent, cultiver la rentabilité immédiate, viser le plus de «retour sur investissement» possible (contre l’emploi), surendetter et surendetter encore les plus pauvres, monter jusqu’à plus soif des circuits financiers impossibles à contrôler, pour n’être contrôlé par personne, défiscaliser dans les paradis fiscaux. Ce fut l’unique horizon, la boussole, et le principe de gloire des financiers les plus habiles.

Qui va payer la récession ? Les salariés dont les revenus seront comprimés. Les salariés, licenciés. Les salariés en CDD, qui ne seront pas ou plus embauchés. Les retraités les plus pauvres. Les malades déremboursés. Les chômeurs toujours plus contrôlés, toujours plus radiés. Les universités et la recherche publique, aux budgets réduits. Bref ceux qui payaient déjà la paupérisation de l’Etat organisée par la noblesse d’Etat libérale.

Mais silence sur ces conséquences. Les traders souffrent, un peu de compassion… De fins idéologues posaient le libéralisme en «fin de l’histoire». Il est temps de remettre à l’endroit ce que le libéralisme économique fait tourner à l’envers.

(Source : Fondation Copernic)
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