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Accueil s'informer Mobilisations, luttes et solidarités Sortir les États de la servitude volontaire

Sortir les États de la servitude volontaire

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Retour sur les mécanismes suicidaires, mis en place depuis quarante ans par les gouvernements, qui ont permis aux marchés d’exercer leur hégémonie.

Le mois d’octobre a vu la crise de la zone euro s’aggraver considérablement et les agences de notations s’en donner à coeur joie : dégradation de la note de l’Espagne et de l’Italie, menace sur la Belgique, «mise sous surveillance» de la France qui est ainsi menacée de perdre son triple A...

Tout a déjà été dit sur le rôle des agences de notation. Aveugles lors des crises financières qu’elles ont été incapables d’anticiper, donnant la note maximale à la banque Lehman Brothers à la veille de son effondrement, certifiant l’innocuité des produits financiers hautement toxiques, baignant en permanence dans le conflit d’intérêt, leurs déclarations devraient susciter l’hilarité générale. Pourtant, gouvernements et institutions européennes, tout en les dénonçant et en promettant de les mater, persistent à se prosterner devant elles.

C’est que les agences de notations, aussi discréditées soient-elles, jouent un rôle indispensable au fonctionnement des marchés financiers. Le problème n’est pas de savoir si elles ont raison ou tort ou si leurs jugements sont basés sur une analyse objective de la situation. Il vient du comportement même des acteurs de la finance qui ont besoin d’une autorité extérieure pour orienter leurs décisions grégaires. Les agences de notation ne jouent pas le rôle de thermomètre, mais d’un virus qui fait monter la fièvre de la cupidité, laquelle pousse à la formation de bulles dans les moments d’euphorie boursière, et qui déchaîne une panique incontrôlée dans les moments de doute.

Le problème, ce ne sont pas les agences de notation, mais les marchés financiers. Il est donc criminel d’avoir mis les dettes publiques dans leurs mains.

Car, il faut y insister, ce sont les gouvernements qui ont fait ce choix, ce sont eux qui ont permis aux marchés de développer leur capacité de nuisance.

1973 : la réforme de la BDF, acte fondateur

En France, une réforme de la Banque de France (loi Rothschild) votée en 1973 sous l’impulsion de Valéry Giscard d’Estaing, ministre des finances de Georges Pompidou, interdit au Trésor public d’emprunter directement à la Banque de France à des taux d’intérêt nuls ou très faibles. Ses objectifs affichés : lutter contre l’inflation et harmoniser les économies européennes. La Banque de France ne peut donc plus financer les déficits publics par de la création monétaire.

Le gouvernement français est dès lors obligé de faire appel aux marchés financiers, c’est-à-dire à des banques privées et ce, aux taux d’intérêt de marché. Il s’agit d’un acte fondateur, et destructeur, car il inaugure la mainmise des marchés financiers sur les États.

Abrogée en 1994, cette disposition allait être intégralement reprise lors de la création de la Banque centrale européenne, puis dans tous les traités européens (Maastricht puis Lisbonne). On a donc abouti à une situation hallucinante. Les États ne peuvent pas être financés par la BCE; mais celle-ci peut par contre refinancer les banques privées à de très faibles taux. Ces dernières prêtent ensuite aux États à des taux nettement supérieurs, voire carrément usuraires. L’Union européenne se place volontairement sous l’emprise des marchés financiers.

Années 90 : la contre-révolution fiscale

Cette emprise allait être d’autant plus grande qu’une contre-révolution fiscale s’est déployée depuis plus d’un quart de siècle par les chantres du néolibéralisme. Son fil directeur a été de baisser par de multiples moyens les impôts payés par les ménages les plus riches et par les entreprises, en particulier les plus grandes. On a assisté à une véritable inflation de niches fiscales et sociales bénéficiant aux mieux lotis. L’impôt sur le revenu est devenu de moins en moins progressif avec la diminution du nombre de tranches et les baisses successives du taux marginal supérieur. L’impôt sur les sociétés, véritable peau de chagrin, pèse trois fois plus lourd sur les PME que sur le CAC 40.

Résultat imparable, l’État s’est appauvri : ses recettes représentaient 15,1% du PIB en 2009 contre 22,5% en 1982 [1]. On trouve là une des raisons de l’accroissement régulier de la dette publique avant même la crise financière. Car, contrairement à une antienne dont on nous rebat les oreilles, ce n’est pas l’explosion des dépenses publiques qui a creusé les déficits. Avant la crise, elles avaient même tendance à baisser : 55% du PIB en 1993, 52% en 2007. La crise, dont il faut rappeler qu’elle trouve son origine dans les délires de la finance, a évidemment gonflé la dette. Baisse des recettes fiscales dues à la récession, plan de relance pour éviter la dépression, et enfin sauvetage des banques, se sont combinés pour arriver à ce résultat.

Des plans d’austérité inutiles et illégitimes

Alors que faire maintenant pour empêcher les prophéties autoréalisatrices des marchés de se réaliser ? Tout d’abord, il faut acter que les plans d’austérité, au-delà même de leur caractère socialement inacceptable, sont inutiles. Et c’est tout le paradoxe de la situation. Les marchés veulent que les déficits publics soient réduits pour être sûrs que les États puissent payer la charge de la dette, mais ils s’inquiètent du fait que les mesures prises vitrifient l’activité économique. Face à ces injonctions contradictoires, il ne sert à rien de vouloir rassurer les marchés, puisque plus on les rassure, plus ils s’inquiètent. La seule solution est de sortir les États de leur emprise.

Trois solutions

Il faut pour cela tout d’abord européaniser et monétiser les dettes publiques. La BCE et les banques centrales nationales doivent pouvoir, sous contrôle démocratique, financer les États et les politiques publiques européennes. Concernant le stock de la dette existant, un audit citoyen doit pouvoir déterminer la part de la dette qui est illégitime, et donc doit être annulée, et celle qu’il faudra rembourser, la BCE pouvant dans ce cas la racheter.

Les banques doivent être mises sous contrôle social afin qu’elles se tournent vers les financements de l’activité productive et la transformation écologique de la société.

Enfin, il faut enfin une réforme fiscale d’ampleur qui redonne des marges de manœuvres à l’action publique. Ces orientations supposent de rompre avec tout ce qui a fait l’orthodoxie néolibérale de ces dernières décennies. Les mouvements sociaux qui commencent à secouer l’Europe devront l’imposer.

Thomas Coutrot, coprésident d’Attac
Pierre Khalfa, coprésident de la Fondation Copernic

(Source : Attac)

NDLR
[1] On rappelle qu'entre 1981 et 2011, la dette publique de la France est passée de 21% à 82% du PIB, et que 75% de sa hausse s'est creusée sous une gouvernance de droite :
• sous le gouvernement Balladur (1993-1995, avec Nicolas Sarkozy comme ministre du Budget), elle est passée de 47% à 57% en 2 ans;
• sous le gouvernement Raffarin (2002-2005, avec notamment Nicolas Sarkozy comme ministre des Finances), elle est passée de 57% à 68% en 3 ans;
• et depuis 2007, sous la présidence du même Nicolas Sarkozy, la dette a encore progressé de 22%, soit environ 700 milliards en plus sur une dette totale d'environ 1.640 milliards.


La dette publique pour les nuls :



Trente ans de dette fabriquée de toutes pièces, par Etienne Chouard :



Cette crise n'est pas une crise mais un hold-up de la finance :



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Mis à jour ( Vendredi, 20 Janvier 2012 00:48 )  

Commentaires 

 
# Marcel3949 2011-11-04 22:23 La loi Giscard, c'est pas autre chose que du détournement de fonds institutionnali sé. Les taux d'intérêt de la BDF lorsqu'elles prêtent aux banques privées étant inférieurs à ceux pratiqués par les banques privées lorsqu'elles prêtent à l'Etat, ça revient à dire que le Trésor Public se laisse plumer jusqu'à être nu pour nourrir une poignée de parasites. Je me demande franchement comment ça a pu passer, constitutionnel lement, à l'époque. Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# superuser 2011-11-05 00:14 J'avais onze ans à l'époque et je ne m'intéressais pas encore à la politique… Mais si l'on se réfère à la "stratégie du choc" selon Naomi Klein (à lire absolument), il est probable que le premier "choc pétrolier" de 1973 ait servi de prétexte pour imposer dans l'urgence cette dangereuse ineptie. Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# Locaterre 2011-11-05 16:56 Bonjour
Concernant :
"Les États ne peuvent pas être financés par la BCE; mais celle-ci peut par contre refinancer les banques privées à de très faibles taux. Ces dernières prêtent ensuite aux États à des taux nettement supérieurs, voire carrément usuraire"
j'ai lu sur un site une contre-argumentation à Dupont-Aignan concernant la loi de 73. Il était indiqué que le taux BCE était un taux au jour-le-jour alors que les banques privées prêtent à long terme, d'où la différence de taux.
http://www.contrepoints.org/2011/05/15/25078-la-theorie-du-complot-de-dupont-aignan
"…1%, c’est le taux que payent les banques commerciales à la BCE pour des emprunts sur une journée (c’est un taux « au jour-le-jour ») et 3%, c’est le taux que paye l’État pour des emprunts à dix ans"
La conclusion du paragraphe est savoureuse, les Banques prêteraient à perte : "l’AFT a emprunté €4 milliards sur 3 mois à un taux de… 1,02% ; soit 0,23% de moins"

A votre avis, que faut-il penser de cet argumentation ?

Merci
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# superuser 2011-11-07 06:41 Vu hier soir au JT de France 2… Valéry Giscard d'Estaing !

Aller à la 26e mn :

www.pluzz.fr/jt-20h-2011-11-06-20h00.html

Il a dit qu'en son temps, la dette de la France s'élevait à 10% du PIB. Mais en 1981, elle avait déjà doublé ! Eludant totalement la réforme de la BDF qu'il a fait voter en 1973, il a accusé notamment les 35 heures ou la retraite à 60 ans (des mesures "démagogiques") d'être responsables du niveau d'endettement actuel, alors que le creusement du déficit s'est dramatiquement accentué sous des gouvernances de droite !
La suite de l'interview a été confondante de bêtise.

Vincent Lindon a été, lui, dégoulinant de servilité.

A vomir !!!
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# Maeva 2011-11-09 16:17 Un article intéressant à lire car comme il est indiqué dans cet aticle : "C’est une constante chez nos Maîtres de dire la vérité d’une façon fausse dans la forme de façon à cacher définitivement le fond qui, lui, est vrai. Ce sont les bases mêmes de la désinformation. Or, il a été démontré, en 1920, que ce texte était le décalque d'un autre texte préexistant et beaucoup plus secret: ‘‘ Le dialogue aux enfers ‘‘ imaginé entre Machiavel, l’auteur du livre ‘‘ Le Prince ‘‘ et Montesquieu, l’auteur de ‘‘ l’Esprit des lois». Il fut publié en 1864 à Bruxelles par Maurice Joly. Mais peu importe cette fraude et ce détournement d’auteur à but antisémite, car ces idées au fond correspondent parfaitement à l’évolution de la politique mondiale actuelle. Il n’existe à ma connaissance aucune meilleure explication en détail de ce qui se passe aujourd’hui. C’est comme le mode d’emploi pour décoder le journal télévisé quotidien. Tout devient logique dans la marche du monde." Lire la suite… Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# Maxerem 2011-11-15 17:43 Personne n'a obligé nos politiques à voter des budgets en déficit depuis bientôt 40 ans …

Personne, sauf leur lâcheté! Ils ont tous fait des cadeaux à leur clientèle électorale pour se faire applaudir et réélire.
Certains ont fait de gros cadeaux à leurs amis, syndicalistes, fonctionnaires ou patrons bien placés, selon les amitiés et couleurs politiques!

Trop longtemps, les perdants ont été les "non inscrits", les précaires, les mal défendus, les invisibles des petites boites, les exploités en tout genre, avec ou sans papiers qui n'en ont guère profité !

Personne n'a obligé nos élites à emprunter tous ces milliards sur autant d'années, et si les "marchés" sifflent la fin du bal ce sont en réalité les prêteurs qui nous ont financé et qui n'ont plus confiance …
On peut surtout leur reprocher de ne pas avoir dit STOP beaucoup plus tôt, et rien que pour ça ils méritent de perdre une partie de leur dette!

Mais faut-il oublier de demander des comptes aux élites politiques ?
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# superuser 2011-11-17 14:47 Les marchés jouent l'éclatement de la zone euro

La Grèce et le Portugal sont depuis longtemps hors jeu avec des taux sur les emprunts d'État à dix ans hallucinants de 25,7% et 10,5%. Mais d'autres pays comme l'Italie ou l'Espagne sont en train de s'installer dans des configurations de taux intenables sur le long terme : 7% sur les obligations du Trésor italien à 10 ans, et surtout 6,975% imposés à l'Espagne qui a fait appel au marché ce matin pour 3,5 milliards d'euros à 10 ans.

A 3,755% la France est en train de se faire lentement, mais sûrement pousser dans le camp des pays «faibles».

Une Europe à deux vitesses

Pendant ce temps, les taux allemands ne cessent de baisser. Ceux des emprunts d'État à 10 ans sont tombés à 1,77%. L'écart de taux avec l'Allemagne se creuse de jour en jour vis-à-vis des autres pays de la zone euro.

Si ces écarts persistent, ils signifient que la zone euro vit ses dernières instants dans sa forme actuelle.

www.lefigaro.fr/marches/2011/11/17/04003-20111117ARTFIG00470-les-marches-dessinent-deja-une-europe-a-deux-vitesses.php
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# Lukas Stella 2012-02-10 18:50 Ce n'est pas une crise, c'est le fonctionnement normal d'un système d'exploitation libéré de toutes entraves

La crise n’est pas une fatalité, ni un accident de parcours, c’est une invention construite de toutes pièces, qui permet au capitalisme financier de parfaire sa domination en usurpant tous les pouvoirs. Nous sommes entrés dans l’État d’urgence d’une guerre ouverte contre les populations. Ce n’est pas le dysfonctionneme nt du système qui est ici en cause, mais bien l’économie elle-même dans son fonctionnement, son achèvement inévitable…

Extrait de L'invention de la crise, escroquerie sur un futur en perdition :
inventin.lautre.net/linvecris.html
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