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Accueil s'informer Mobilisations, luttes et solidarités «Je ne veux pas signer un contrat de défiance»

«Je ne veux pas signer un contrat de défiance»

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Patrick Kanner, président du conseil général du Nord et membre de la commission exécutive de l'Assemblée des départements de France, s'insurge contre le CUI de 7 heures imposé aux allocataires du RSA par Nicolas Sarkozy.

Depuis plusieurs mois, le gouvernement et sa majorité s'appliquent à stigmatiser les allocataires du revenu de solidarité active, comme ils avaient stigmatisé les populations roms.

En septembre, Marc-Philippe Daubresse, ancien ministre aux solidarités actives, remet son rapport destiné à améliorer le RSA et à renforcer son volet insertion. Les deux recommandations de ce rapport contre lesquelles je m'insurge sont, d'une part, la création d'un contrat obligatoire de 7 heures hebdomadaires, payées au Smic horaire, pour les allocataires du RSA et, d'autre part, la création d'un fichier national qui regrouperait des informations sur toutes les prestations sociales perçues par une personne.

Les "7 heures hebdomadaires" prévues dans ces contrats pourront être dispersées sur la semaine. En échange, le gain pour l'allocataire serait de 137 euros. Mais l'imprécision, voire l'absence de réflexion et de préparation des aspects organisationnels me consternent. Comment seront dédommagées les collectivités pour les coûts de gestion de ces contrats ? Les frais de garde d'enfant, de panier repas, de transport seront-ils laissés à la charge des personnes ?

Quand on voit se multiplier les interdictions de municipalités d'accueillir à la cantine les enfants de chômeurs, comment feront les parents ? Comment repenser l'organisation d'un service pour les intégrer au mieux ? Le renouvellement des contrats d'accompagnement dans l'emploi (CAE) étant conditionné à la formation reçue par la personne, est-il prévu de réformer les conventions avec les organismes de formation ? Comment assurer l'accompagnement professionnel et social de ces personnes fragiles et éloignées de l'emploi ?

Enfin, quant au financement de l'allocation, il serait prélevé par redéploiement de la prime pour l'emploi. Les pauvres seront donc solidaires avec les pauvres.

Je ne vois décidément dans ces contrats qu'une nouvelle forme de sanction inspirée du dispositif pénal : les travaux d'intérêt généraux (TIG), mêmes types de structures accueillantes, mêmes types de travaux à effectuer, et surtout même culpabilité... Culpabilité réelle pour le condamné, culpabilité symbolique pour l'allocataire du RSA.

En effet, l'argumentaire développé depuis le mois de mai est le même : les allocataires du RSA seraient des oisifs qui choisissent de ne pas travailler, des assistés qui grèvent le budget de la France. C'est omettre volontairement que nombreux sont les allocataires du RSA qui sont des travailleurs pauvres et/ou précaires, ce sont les premières victimes de la crise qui a dégradé les conditions de travail depuis 2008. La pauvreté ne se choisit pas. Elle est subie.

Stigmatisation encore avec la proposition de créer un fichier qui permettrait de recenser les personnes bénéficiaires de prestations sociales et ainsi d'éviter les fraudes aux allocations.

Il semble que nos concitoyens en difficulté soient plus dans le collimateur de l'exécutif que les fraudeurs fiscaux. C'est un de ces fichiers dont le gouvernement se montre friand, et ce depuis le début de la mandature (Edvige, STIC), un fichier qui différencierait les citoyens en fonction de leurs caractéristiques sociales. L'argument présenté pour justifier le recours à de tels fichiers est la lutte contre la fraude. Une enquête de la Caisse nationale d'allocations familiales (CNAF) indique que la fraude aux prestations sociales, et notamment le RSA, vient en 3e position avec 90,1 millions d'euros (soit 0,15% des allocations versées) contre 185,5 millions d'euros de fraude aux cotisations sociales et 156,3 millions d'euros de fraude à l'assurance-maladie.

Lutter activement contre la fraude, ce n'est pas recenser des personnes sur des critères sociaux, les marquer au coin de la défiance et du soupçon. Les départements ont dû depuis plusieurs années recréer leur tissu industriel, retrouver des économies saines et dynamiques, et pendant ces années, nous avons aidé et accompagné les personnes en situation précaire afin de leur donner de nouvelles perspectives.

A l'aube d'une crise économique majeure, il faut redonner l'initiative aux collectivités territoriales — c'est l'un des messages des élections sénatoriales — et s'inspirer de leurs solutions et de leur savoir-faire. Pour toutes ces raisons, je ne veux pas signer avec les allocataires du RSA un contrat de défiance, et je préfère mettre tout en oeuvre, en concertation avec les acteurs institutionnels et associatifs, pour offrir un véritable accompagnement qui tienne compte des besoins, des faiblesses mais aussi des atouts de ces personnes.

De façon volontariste, nous nous sommes engagés pour faire progresser le service public rendu aux allocataires, en améliorant la réactivité du dispositif, en créant des passerelles entre l'insertion sociale et l'insertion professionnelle. Je veux croire en une véritable politique économique, créatrice d'emplois pérennes et satisfaisants, basée sur la prise en compte des formations et des compétences des personnes, pour voir s'éloigner le spectre des propositions cache-misère et des fichiers stigmatisants. Je souhaite que l'on se souvienne de cette citation en exergue du journal Le Matin de 1936 : «Il faut systématiquement écarter tout ce qui divise les Français et rechercher ce qui les rapproche».

Dans la perspective des élections présidentielles, il faudra que soit débattue la question de la démocratie sociale et de l'accompagnement des personnes les plus précaires, non avec des solutions de masse culpabilisantes, mais par des réponses individualisées et porteuses de réussite.

(Source : Le Monde)

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Mis à jour ( Mardi, 15 Novembre 2011 18:18 )  

Commentaires 

 
# Adrien T. 2011-11-15 19:28 Merci pour la publication de ce texte.

Et merci, au passage, au Monde.fr, qui allume des contre-feux bien utiles contre la propagande sarkozysto-buissonnière (pour faire référence au conseillier politique qui inspire l'individu placé à la tête de l'Etat, mais aussi à la scolarité médiocre de ce dernier).

Il semble qu'il existe un adjectif, pour qualifier une politique instaurant en France le Service du Travail Obligatoire, dans l'unique but de complaire à l'Allemagne.
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# willemijns2 2011-11-15 20:09 > Les "7 heures hebdomadaires" prévues dans ces contrats pourront être dispersées sur la semaine.

lundi de 9h à 10h30
mardi 14h à 16h
mercredi de 8h à 9h30
jeudi de 16h à 17h
et vendredi de 12h à13h

Merci et bonne semaine…
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# tristesir 2011-11-15 22:46 Autant d'efforts, de mensonges énormes proférés pour masquer le fait qu'il n'y a pas d'emplois pour tout le monde et que le chômage ne va faire que croître.
Ce qui engendrera inévitablement des émeutes spontanées de type "émeutes de la faim". On comprend dès lors pourquoi les pauvres sont stigmatisés et considérés comme des délinquants.
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# superuser 2011-11-17 14:26 Les 11 collabos du STO

Onze conseils généraux sont prêts à expérimenter le CUI de 7 heures pour les bénéficiaires du RSA. Obligation qui, selon Nicolas Sarkozy, doit leur "redonner de la dignité"…

Les candidats sont les Alpes-Maritimes, la Savoie, la Haute-Savoie, la Vendée, la Manche, le Rhône, le Haut-Rhin, le Bas-Rhin, la Côte d'Or, la Marne et la Haute-Marne.

Les allocataires auxquels on proposera ces nouveaux contrats devront les accepter, au risque de se voir infliger des sanctions financières par le Conseil général.

lexpansion.lexpress.fr/economie/travail-contre-rsa-11-departements-vont-l-experimenter_271001.html
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# willemijns2 2011-11-17 14:58 Si on etait en plein emploi, je comprendrais mais là… des CUI vont valser
sec et ca sera le partage du travail… on casse le crouton de pain en miette sic !
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# superuser 2011-11-17 19:36 Durée des contrats : de 6 à 12 mois. Bref, du pur jetable.

Secteurs concernés : collectivités, hôpitaux, écoles, associations.

Le type de jobs qui seront imposés : aide à la personne, sorties de classe, participer au tri et au ramassage des déchets, entretien, petits travaux de rénovation, peinture, etc… Super !
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# schtroump 2011-11-17 18:55 un rsaste non rémunéré par pôle-emploi est-il obligé de se rendre aux convocations mensuelles ? Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# superuser 2011-11-17 19:11 S'il est estimé apte au travail et inscrit à Pôle Emploi, oui, hélas. Même si c'est la CAF qui le paie et non PE, il risque les mêmes sanctions que les chômeurs rémunérés par PE.

S'il n'est pas estimé apte à l'emploi car pb de santé, de famille ou de logement, il est suivi par les services sociaux.
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# schtroump 2011-11-17 19:25 OK, merci ! Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# Adrien T. 2011-11-18 10:12 Le CEE a rendu son rapport sur le RSA. Accablant.

http://www.cee-recherche.fr/fr/doctrav/152-rsa-innovation-reforme-technocratique-enseignements-monographie-departementale.pdf

M. Hirsch doit en avoir des insomnies : le nom de l’auteure principal, D. Méda, est d’un poids considérable dans le milieu.

La genèse aberrante du dispositif y est démontée, en particulier la prétendue « lassitude de la solidarité », prétextée pour transformer le RMI.
Sont dénoncés la méconnaissance du public et de ses vulnérabilités, la séparation entre le social et le professionnel, le rôle central, irréaliste, dévolu à Pôle-Emploi.
L’expression « torture morale » est employée au sujet de l’obligation de faire semblant de chercher du travail qui n’existe plus.

Le rapport se termine sur une note inquiète, à propos du parcours dit « social ». Car les textes stipulent bien qu’il s’agit là d’une « filière » temporaire. Cf. la proposition de la Droite Populaire de limiter dans le temps le RSA…
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# superuser 2011-11-18 10:16 Merci ! J'en fais bon usage… Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# superuser 2011-11-18 15:09 Hélas, ça n'empêchera pas Martin Hirsch de dormir. Au contraire, il assume à 100%, il vient tout juste de le dire à la télé. Et les 7 heures, il est pour aussi !

La précarité c'est pas son problème, son discours est celui de la réinsertion sociale dans ce qu'elle a de plus pathologique. S'occuper d'un chômeur, pour lui, c'est comme aider un clodo à arrêter de picoler et lui redonner de la dignité.
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