Le SNU-FSU, syndicat majoritaire au Pôle Emploi, a appelé les agents à une grève nationale ce lundi. Dans certaines régions, la CGT, la CFDT, la CFTC et le SNAP vont se joindre au mouvement.
En région parisienne, la CNT Santé Social appelle l'ensemble des professionnels de l'emploi et des usagers des structures d’insertion à se mobiliser aux côtés des salariés grévistes du Pôle Emploi. Voici leur appel :
« La logique infernale en cours au Pôle emploi nous concerne tous. Le contrôle social et le flicage qui sévissent dans le secteur de l’insertion professionnelle fragilise les rapports entre salariés et usagers. Que ce soit dans les projets ville, les associations, les missions locales, les opérateurs privés et le Pôle Emploi, les chômeurs se retrouvent systématiquement suspectés d’être des profiteurs, dans la lignée de la rengaine «anti-assistés» régulièrement ressortie par l’UMP.
La chasse aux mauvais chômeurs est ouverte. Les allocataires du RSA sont stigmatisés, prochainement fichés, et l'envie de les faire travailler gratuitement refait surface. Les radiations et les humiliations pleuvent, l'accompagnement dans nos structures se dégrade par manque de moyens. En effet, les impacts d’une crise économique qui n’en finit plus de durer nous affectent. Les coupes budgétaires, les économies, et les diminutions de moyens touchent l’ensemble des structures de l’insertion économique et sociale. Les statuts des salariés se voient alors menacés par une l’explosion des contrats précaires ou la remise en cause des conventions collectives.
Face à ce constat, la CNT, qui se bat contre tout corporatisme et pour les convergences des luttes, invitent les professionnels de l’emploi à se mettre en grève le 14 novembre contre le contrôle social qui transforme nos métiers, et pour des moyens à hauteur de la crise que le monde de la finance entend nous faire payer.
Pôle Emploi s’apprête à souffler sa 3e bougie sur fond de crise économique aiguë. Nul doute que le directeur général et le gouvernement auront une pensée pour toutes les victimes collatérales de cette arme de destruction massive. Ils pourront trinquer pour les 1,5 millions de chômeurs radiés ces 3 dernières années, pour les 6.000 précaires bossant dans l’organisme et pour tous les autres qui ont vu leurs conditions se dégrader, leurs métiers se transformer pour revêtir lentement mais surement l’uniforme du contrôleur des chômeurs. Aujourd’hui, rien ne va plus, les salariés et les usagers pètent des câbles, l’usine à gaz est en phase d’implosion...
LA DIVISION DES SALARIÉS & DES CHOMEURS, ÇA SUFFIT !
Les derniers faits divers de séquestration, tentative de suicide, violences physiques ou verbales à l’encontre des agents révèlent le degré de tension qui règne actuellement dans les agences. Le fossé qui se creuse chaque jour entre les salariés du Pôle Emploi et les usagers du service public nécessite une réflexion sur la fonction du Pôle Emploi, une remise en cause du contrôle social et l’élaboration de pratiques de solidarités avec les chômeurs et leurs organisations.
LES MÉTHODES DU PRIVÉ, ÇA SUFFIT !
La privatisation rampante du service public de l'emploi progresse. Des boîtes privées remportent des marchés pour des ateliers ou des prestations bidons et s'engraissent sur le dos des chômeurs et des précaires. La mise en place d’un management inspiré des pires méthodes du privé est destiné à briser les collectifs, à individualiser les rapports sociaux, à instaurer de la concurrence entre agents… Les chiffres, toujours les chiffres, sont là pour tuer nos solidarités et nous transformer en bons petits soldats prêt à radier le moindre «client» non conforme !
MÉTIERS HYBRIDES, MANQUE DE MOYENS, ÇA SUFFIT !
En suivant plus de 250 chômeurs, les conseillers sont dépassés par une crise qui n’en finit pas de durer… La transformation forcée des métiers à l’image de l’EID et la course aux économies provoquent des dysfonctionnements grave ne permettant plus d’assurer un service de qualité. Les agents sont débordés, et souvent incapables par manque de formation et de temps de répondre à toutes les sollicitations des usagers. Le recours aux emplois précaires se normalise : nous dénombrons 6.000 salariés en CDD et en CAE, un comble pour «une boîte» sensée lutter contre le chômage et la précarité.
POLICE EMPLOI, ÇA SUFFIT !
Pôle Emploi est une arme efficace pour imposer le contrôle et le flicage de ses salariés et des chômeurs. La chasse aux mauvais chômeurs est ouverte. Les allocataires du RSA sont stigmatisés, fichés, et l'envie de les faire travailler gratuitement refait surface. Les radiations et les humiliations pleuvent, l'accompagnement est devenu inexistant et se résume à un contrôle mensuel…
Les violences qui explosent, la déprime qui s’instaure, les divisions qui apparaissent ne sont pas une fatalité. Pour en finir avec cette logique infernale, la CNT appelle tous les professionnels de l’insertion, les chômeurs et les précaires à se rencontrer, à s’organiser ensemble et à se mobiliser !!!
MAIS QU’EST-CE QU’ON VEUT ?
• LA SUPPRESSION DU SUIVI MENSUEL OBLIGATOIRE
Pour en finir avec les logiques de flicage, laissons le choix aux usagers de définir le niveau de service approprié. La fin du SMP permettrait également de libérer du temps, des moyens et de concentrer l’action du service public de l’emploi en direction des chômeurs volontaires.
• LA TITULARISATION DE TOUS LES PRÉCAIRES
Les salariés embauchés en CDD et CAE sont indispensables au fonctionnement du service public de l’emploi : sans eux les agences auraient encore plus de mal à tourner…
• L’ARRÊT DES MÉTIERS HYBRIDES
Pour rendre un service de qualité, le saupoudrage de formations ici et là ne remplacera jamais les spécificités professionnelles des ex-ANPE et ex-ASSEDIC.
• L’ARRÊT DES 500.000 RADIATIONS ANNUELLES
Couper les indemnités aux chômeurs est une double peine. Déjà privé d’emploi en période de crise où la vie devient chaque jour plus chère, la radiation est un crime social et motif de tensions entre les usagers et les salariés.
• UN APPEL A LA DÉSOBÉISSANCE CIVILE
Salariés du Pôle Emploi, la fonction de contrôle social est de plus en plus prenante et source de conflit avec les usagers. Pour résister, nous vous invitons à refuser l’application de vos missions de flicage de manière officielle ou officieuse.
La Confédération Nationale du Travail »
De son côté, la CGT-Chômeurs Rebelles du Morbihan déplore que le SNU-Pôle Emploi appelle à la grève en négligeant de dénoncer le flicage des chômeurs : Lire ici son communiqué.
En effet, le syndicat majoritaire insiste sur les agressions que subissent les agents sans évoquer la violence permanente infligée aux privés d'emploi, cause essentielle de ce cercle vicieux. Si la direction du SNU a choisi cette fois-ci de négliger ce détail, sur le terrain, heureusement que les syndicalistes de Pôle Emploi que nous connaissons et qui participent solidairement aux luttes des associations de chômeurs, eux, ne le perdent pas de vue...
Comme on peut le constater en parcourant l'excellent site La Fusion pour les Nuls, les luttes au sein de Pôle Emploi sont atomisées et, comme partout, la résignation et l'abattement sont patentes. Il est donc à attendre que cette grève soit peu suivie, hélas... Mais gardons espoir. Et, surtout, rendons hommage à tous ces militants infatigables qui continuent à se battre en faveur de l'intérêt général.
SH
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Commentaires
Le débat parlementaire sur le projet de loi de finance 2012 s’ouvre le mardi 15 Novembre dans un contexte de rigueur et d’austérité affiché. Ainsi, le projet de loi de finance 2012 prévoit une baisse des crédits dédiés au travail, à l’emploi et à la formation professionnelle de prés de 15% : 1 milliard d’euros de moins sur le programme «accès et retour à l’emploi» ; 600 millions d’euros de moins sur le programme «accompagnement des mutations économiques et développement de l’emploi»…
Bien que reconnaissant le sous effectif criant du Service Public de l’Emploi français (rapport IGF n° 2010-M-064-02), le rapport de Mme Chantal Brunel (n°3805 du 12/10/11) prévoit un effectif à Pôle Emploi de 45.422 ETP pour 2012 (47.015 ETP en 2010). En effet, l’Inspection Générale des Finances précise qu’en France le SPE mobilise 150 Équivalents Temps Plein pour 10.000 demandeurs d’emplois. En Allemagne, c’est 377 ETP pour le même nombre de demandeurs…
Le rapport du Centre d’Analyse Stratégique du premier ministre (n° 228 de juin 2011) affirme dans ses conclusions que «l’accompagneme nt est un élément central du retour à l’emploi». Pourtant face à la montée du chômage, nos effectifs vont baisser, notre capacité d’accompagnemen t aussi ! Et ce, en Bourgogne comme ailleurs. Si les effectifs bourguignons à Pôle Emploi sont restés à peu près stables entre 2009 et aujourd’hui, nous savons déjà qu’il y aura 55 postes en CDD supprimés en 2012, sans compter les nouvelles mesures d’économies prévues et annoncées lundi 7 novembre qui risquent d’impacter encore plus notre établissement.
A ce jour, près de 102.000 Bourguignons sont inscrits au chômage soit une hausse de 6% sur un an, avec une aggravation encore plus marquée en Bourgogne que dans le reste de la France. Et pourtant, les réponses apportées par Pôle Emploi sont une recherche aveugle de gains de productivités pour palier le manque de moyens tout en sacrifiant le service rendu aux usagers de notre service public : mise à distance des usagers, traitement de masse, disparition de la personnalisatio n, réponses imparfaites voire inexistantes tant à l’accueil téléphonique que physique, ce qui entraîne une forte augmentation des incivilités quand ce n’est pas des agressions, la plus marquante récemment étant la prise d’otage en octobre à Paris d’une directrice d’agence et de son adjoint par un chômeur.
Dans ce contexte, nous, agents de Pôle emploi, nous retrouvons pris comme entre marteau et enclume entre la demande du public, la baisse d’effectifs formés et expérimentés, le manque de moyens pour rendre le service attendu et les injonctions gestionnaires qui nous demandent de satisfaire à des indicateurs aberrants. Aussi, face à des conditions de réception de nos usagers dégradées, à des conditions de travail dégradées, face à l’augmentation de notre charge de travail, une culture du chiffre omniprésente, une baisse de nos moyens, des situations de travail très tendues, des organisations de plus en plus anxiogènes, des pressions permanentes de la direction et une destruction programmée de nos métiers, nous nous mobilisons pour réclamer des moyens suffisants.
Pour stopper la mise en danger du personnel et des usagers, nous ne nous rendrons pas dans nos agences ce lundi 14 Novembre, veille de l’entame du débat parlementaire, et le SNU-Pôle Emploi FSU, première organisation syndicale de Pôle Emploi au niveau national comme en Bourgogne, appelle à la grève ce même jour.
En Bourgogne, deux actions sont prévues. La première à Sens devant le site de Pôle Emploi Guichard, la deuxième à Dijon. A Dijon, les grévistes seront présents dés 8 heures devant le site de Dijon Corroyeurs pour distribution de tracts aux usagers, puis un rassemblement aura lieu devant la direction régionale de Pôle Emploi Bourgogne avec une cérémonie à la mémoire des 55 agents en CDD qui seront remerciés en 2012. A cette occasion, nous organiserons une conférence de presse à 11 heures devant le siège de la direction régionale de Pôle Emploi au 41 avenue Françoise Giroud et souhaiterions à cette occasion vous rencontrer pour vous exposer en détail nos difficultés et celles de nos usagers. Répondre | Répondre avec citation | Citer
L'an dernier, c'était en plein mouvement contre la réforme des retraites, l'intersyndicale de Pôle avait formulé les choses bien plus clairement en direction des chômeurs (voir "Pourquoi la grève à Pôle emploi "- CFDT, CFTC, CGT, SNU Pôle emploi FSU, Solidaires Sud emploi www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5368), sans toutefois réussir à se départir du traditionnel travaillisme -le mythe du plein emploi à la vie dure…- des milieux syndicaux. Répondre | Répondre avec citation | Citer
www.actuchomage.org/2010050711061/Social-economie-et-politique/pole-emploi-le-lsuivi-mensuel-personnaliser-est-enterre.html Répondre | Répondre avec citation | Citer
Sur le papier, le SMP existe encore. Mais dans les faits, il est appliqué plus mal an que bon an, et dans certaines régions une version light a été officieusement adoptée. Répondre | Répondre avec citation | Citer