Visite au pas de charge du centre de formation de Veolia Environnement à Jouy-le-Moutier (Val-d’Oise) conclue par un discours plus court qu’à l’ordinaire, les apprentis et l’encadrement du site, tassés dans l’auditorium, n’auront eu droit qu’au service minimum présidentiel. Guère plus audacieux sur le fond, si le chef de l’État a bien promis une enveloppe de 1,3 milliard d’euros pour 2009-2010, le détail des aides fait apparaître que la majeure partie (700 millions d’euros) ira directement dans la poche des entreprises au gré d’embauches sous contrats précaires.Aucun dispositif nouveau
Le «plan d’urgence», concocté entre autres par Martin Hirsch, qui promettait jeudi un «plan original», n’ouvre dans les faits aucun dispositif nouveau et se contente pour l’essentiel de défiscaliser les entreprises ou de créer de nouvelles primes à l’embauche. Ainsi, outre les aides en faveur des contrats d’initiative emploi (CIE), le gouvernement donnera aux entreprises 2.000 € pour chaque recrutement en contrat de professionnalisation d’un jeune de moins de 26 ans n’ayant pas le niveau bac ; 3.000 € par embauche sous CDI d’un stagiaire ; ou encore 1.800 € par contrat d’apprentissage signé dans les entreprises de moins de 50 salariés. Dans ce dernier cas, le dispositif prévoit une exonération totale des charges qui, cumulée à la prime, se solde par un coût zéro pour l’entreprise, soit du travail gratuit.
«Approuvé sans réserve» par la présidente du MEDEF Laurence Parisot, le plan sera financé pour l’essentiel via le fonds d’investissement social crée en février dernier dans un tout autre esprit.
L'assistanat… pour les patrons
Mais qu’importe pour l’hôte de l’Élysée qui se dit en «rupture» avec ses prédécesseurs : «Trop longtemps on a investi dans l’assistanat, on va investir dans le travail et la formation. (…) J’ai été élu sur la revalorisation du travail, tous ceux qui par leurs efforts obtiendront une formation ou un emploi, on les aidera.» Malheur à ceux qui ne trouveront ni l’un ni l’autre... Une situation loin d’être marginale lorsque l’on sait que l’explosion du chômage ces derniers mois trouve dans cette tranche d’âge ses premières victimes et que, de l’aveu même du chef de l’État, «si l’on ne fait rien, ce sont entre 170.000 et 220.000 jeunes de plus qui pourraient se retrouver au chômage d’ici fin 2010».
Mais, justement, Nicolas Sarkozy ne fait pas «rien». Au fond, il utilise la crise pour expérimenter jusqu’à sa limite la précarité comme source de profit supplémentaire. Une limite que le chef de l’État devine puisqu’il a également annoncé la création de 30.000 emplois, financés à 90% par l’État, dans le «secteur non marchand». L’équivalent des emplois jeunes promus par la gauche en 1997 et jusqu’ici honnis par le pouvoir. Trente mille emplois précaires créés dans la fonction publique territoriale pour 30.000 postes de titulaires supprimés dans le même temps dans la fonction publique d’État. L’équation parfaite de la précarisation en marche.
Effet d’aubaine pour les entreprises
La formation se verra, quant à elle, dotée pour la période d’un crédit supplémentaire de 356 millions d’euros (contrat formation et «école de la deuxième chance»).
Au final, l’ambition affichée est de faire bénéficier 517.000 jeunes de 16 à 26 ans du 1,285 milliard d’euros du plan. À une condition, celle que la droite se plaît à risquer à chaque occasion : que les entreprises jouent le jeu sans profiter de l’effet d’aubaine que leur offrent ces mesures. «Je demande aux branches d’entreprises de faire preuve d’exemplarité. Je pense en particulier aux plus grandes d’entre elles. (…) C’est pourquoi je confie à Henri Proglio (PDG de Veolia - NDLR) une mission de mobilisation (…) des grandes entreprises», a insisté Nicolas Sarkozy. Aider les entreprises sans aucune garantie de contreparties en termes d’emploi : un scénario aussi vieux que le ballet complice de la droite et du MEDEF.
Frédéric Durand pour L'Humanité
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Commentaires
• Exonérations de cotisations, emplois aidés, alternance : les mesures proposées par le chef de l’État vous semblent-elles répondre aux enjeux du chômage des jeunes ?
Agnès Naton. Loin de là. Ces mesures reprennent des dispositifs existants qui n’ont jusqu’ici en rien contribué à l’insertion par le travail des jeunes, en y ajoutant de nouvelles baisses de cotisations, sans contreparties en termes d’embauches. Cela risque de conduire à une nouvelle baisse du coût du travail des jeunes. La clef du succès des contrats en alternance et des contrats aidés, c’est de trouver des entreprises d’accueil qui soient en mesure de pérenniser ces contrats en CDI. Ces mesures ne vont pas dans ce sens. Les primes à l’embauche ne suffiront pas, dans un contexte de crise, à convaincre les entreprises d’embaucher des jeunes. Nous pensons qu’il faut renvoyer la responsabilité de l’emploi durable vers les entreprises et les branches, en particulier sur la question des départs à la retraite des salariés, mais aussi des fonctionnaires, qui seront 30.000 à partir cette année.
• Ces mesures répondent-elles au problème des jeunes qui ne trouvent pas d’emploi correspondant à leurs qualifications ?
Non, elles ne sortent pas d’une logique de précarisation du travail. Pourquoi les jeunes seraient-ils une catégorie spéciale qui aurait besoin de passer par un sas pour trouver un emploi de qualité, sans bénéficier des mêmes droits pour les salariés ? Il y a 1,2 million de stagiaires en France, qui sont pour nous des emplois dissimulés de travail gratuit. Ce type de politique fait correspondre emploi des jeunes, baisse du coût du travail et hausse de la flexibilité. et permet aux entreprises d’utiliser les jeunes comme une variable d’ajustement. Alors que les jeunes ont besoin selon nous d’une sécurisation des parcours de vie, d’une insertion via un emploi de qualité, d’un accompagnement personnalisé social et personnel.
(Source : L'Humanité) Répondre | Répondre avec citation | Citer
Voilà des années que la jeunesse serait un problème et non une solution. Et voilà des années que le travail humain serait en quelque sorte un coût pour les entreprises et non la source de la création de richesses pour toute la société, et pas seulement pour aller aux actionnaires.
Le chef de l’État, assisté de Martin Hirsch, prétend aider la jeunesse. Ils la méprisent. Car il faut regarder les chiffres. L’apprentissage serait valorisé et les entreprises vont y être encouragées par de nouveaux cadeaux. Mais combien gagne un jeune en apprentissage ? 25% du Smic la première année, pour atteindre un royal 53% la troisième année. Pour les jeunes plus âgés, en contrat de professionnalis ation, la rémunération commence à 55% du Smic… Avec cela, le couvert des contrats nouvelle embauche est mis de nouveau, avec les CIE, contrats à durée indéterminée ou CDD de 24 mois.
Quel jeu détestable sur les mots ! C’est quoi, des CDD de deux ans ? La possibilité largement ouverte d’user là encore du travail d’un jeune à bas coût, d’abuser de son espoir d’embauche au terme de ses deux ans pour s’en débarrasser après en toute légalité ! Et que dire des 30.000 contrats aidés qui leur seraient proposés, essentiellement dans les collectivités locales avec un financement de l’État pour un an à hauteur de 90% ? Quelle petite astuce ! Après cela, retour à la case départ. Avec en plus l’avantage, très politique, de faire porter sur les collectivités locales la responsabilité de la fin de partie. Et tout cela en exerçant une véritable pression à la baisse sur les emplois statutaires.
Les mesures annoncées hier ne sont pas de la poudre aux yeux. Elles sont une nouvelle étape d’une offensive généralisée de la droite et du patronat pour faire baisser le coût du travail, développer la précarité et les bas salaires. La présidente du MEDEF, Laurence Parisot, a laissé éclater hier sa satisfaction : «Le MEDEF approuve sans réserve le plan pour l’emploi des jeunes.» Comme on la comprend ! Car les sommes mises en jeu, soit celles du fonds d’investissemen t social, vont bel et bien aller aux plus grandes entreprises, et il s’agit de l’argent public.
Le gouvernement et le MEDEF utilisent la crise et la situation des jeunes pour exercer cette pression. Il s’agit d’une instrumentalisa tion sans vergogne de leur souffrance, et ces mesures ne sont pas des mesures de lutte contre la crise. C’est tout le contraire. La suraccumulation financière insensée qui a conduit à ce que nous vivons est née de la pression constante exercée depuis des années par le capital sur le coût du travail.
Sortir de la crise, c’est revaloriser le travail contre l’accumulation financière, faire aller l’argent, et pas seulement l’argent public, à la création d’emplois durables et qualifiés. Au lieu de cela, il s’agit de faire tourner, toujours plus vite, toujours plus librement, la machine à profiter sans entraves. Ils tablent sur une sortie de la crise mais en aggravant toujours plus les mécanismes qui l’ont provoquée, jusqu’à la prochaine. Salaires, emplois, services publics. C’est le triptyque qui unit tous les syndicats pour le 1er Mai. Les jeunes ont toutes les raisons de s’y associer par centaines de milliers, et les moins jeunes toutes les raisons de les soutenir et de se battre avec eux.
Maurice Ulrich pour L'Humanité Répondre | Répondre avec citation | Citer