Le gouvernement a annoncé, vendredi, l'extension à toutes les entreprises guadeloupéennes de l'accord interprofessionnel du 26 février, qui avait permis de mettre fin à la grève générale paralysant l'île en garantissant une hausse de 200 € des bas salaires par un mécanisme impliquant l'Etat (pour la moitié), les collectivités locales (pour un quart) et les entreprises (pour un quart : une très bonne affaire pour le patronat !).
Exception notable toutefois à cette extension : l'article 5, qui prévoit une augmentation générale des salaires au terme des trois ans de l'accord, en est exclu. Cet article, précisément le plus controversé, prévoit que les 200 € d'augmentation seront à la seule charge des employeurs au terme des trois ans de l'accord. Le leader du LKP Elie Domota s'était déjà vigoureusement élevé, au début du mois, contre la possibilité de voir cet article écarté : "Nous ne pourrons pas admettre que les salariés perdent 50 € dans un an et 200 € dans trois ans", avait-il prévenu dès le 3 avril en avertissant : "Il y aura des grèves dans toutes les entreprises et c'est reparti pour beaucoup de grèves en Guadeloupe. Autrement, ce serait accepter une Guadeloupe à deux vitesses".
"Personne ne peut préjuger de la situation dans trois ans"
Dans l'immédiat, l'extension de l'accord rend obligatoire le versement d'un bonus exceptionnel de 50 ou 100 € par mois, selon la taille de l'entreprise, dans toutes les sociétés du secteur marchand au bénéfice des salariés payés jusqu'à 1,4 fois le Smic. Le gouvernement participe lui aussi "à l'accroissement du pouvoir d'achat des bas salaires" à travers l'instauration d'un revenu supplémentaire temporaire d'activité de 100 € pour une durée de trois ans. Les collectivités locales, elles, se sont engagées à verser 50 € aux salariés des petites entreprises pendant 12 mois.
Concernant l'article controversé, le gouvernement a fait savoir qu'il "n’apparaît pas possible de généraliser une telle disposition qui n'est pas conforme aux dispositions du code du travail sur les négociations annuelles obligatoires" sur les salaires. "En outre, personne ne peut préjuger de la situation économique dans trois ans". L'Etat s'engage toutefois au terme de cette période à maintenir son effort pour le pouvoir d'achat des bas salaires, "selon des modalités à déterminer avec les partenaires concernés".
"Le gouvernement en portera la responsabilité"
Cette extension limitée de l'accord a été dénoncée vendredi par les responsables des trois principales centrales syndicales : CGT, CFDT et FO. "La CGT a défendu l'extension intégrale de l'accord (...). Si le gouvernement fait un autre choix politique, ce sera à lui d'en assumer les éventuelles conséquences et l'impact sur le climat social", a indiqué son secrétaire général Bernard Thibault. Le gouvernement "joue un peu avec le feu, je pense qu'il a tort", a déploré son collègue de la CFDT François Chérèque : "Ne pas aller jusqu'au bout de l'agrément, en désaccord avec tous les syndicats, c'est une erreur". "Nous avons réinsisté sur le fait qu'il fallait étendre l'intégralité de l'accord. Si le gouvernement fait un choix différent, il en portera la responsabilité, y compris s'il y a des nouveaux mouvements sociaux en Guadeloupe", a pour sa part déploré le patron de FO Jean-Claude Mailly : "S'il y a des problèmes, ils (les Guadeloupéens) se tourneront vers le gouvernement".
Pour Elie Domota, le leader du LKP, la décision du gouvernement est "discriminatoire".
(Source : TF1.fr)
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Le porte-parole du collectif guadeloupéen LKP a confirmé, mercredi 15 avril, qu'il boycotterait les états généraux de l'outre-mer, estimant qu'il s'agissait d'une mascarade, d’"un leurre". "Aujourd'hui il s'agit ni plus ni moins que de chercher une caution populaire à des décisions qui sont déjà prises avant" à Paris, a-t-il déclaré sur la chaîne Canal+.
"Comment voulez-vous qu'on puisse décider, trouver des choix stratégiques pour l'outre-mer, pour la Guadeloupe singulièrement, en dix jours", durée prévue des états généraux, a-t-il demandé. Selon lui, "il faut véritablement donner la parole aux guadeloupéens" au lieu "se contenter de rencontrer des technocrates".
Sourd
"Yves Jégo et le gouvernement prennent leurs décisions sans écouter", a-t-il dénoncé. "On n'entend pas la voix des travailleurs, on n'entend pas ce que disent les Guadeloupéens" et "ce n'est pas du tout avec les Etats généraux que ça va changer".
Les premières réunions publiques dans le cadre des Etats généraux de l'Outremer n'ont attiré, mardi soir en Guadeloupe, qu'un public confidentiel. Outre le LKP, le Collectif du 5 février en Martinique et le Cospar réunionnais ont décidé de ne pas participer à cette grande consultation décidée par Nicolas Sarkozy mi-février, en pleine crise sociale dans les Antilles.
Politique de la chaise vide
Le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer Yves Jégo a regretté la non-participation du leader du LKP. "Il est des moments où il faut savoir cesser le conflit, rentrer dans une autre période qui est la période de la concertation, celle des états généraux", a déclaré Yves Jégo sur Canal+. "Je regrette qu'Elie Domota ne veuille pas y participer, mais la politique de la chaise vide, après tout, c'est sa stratégie, je n'ai pas à la juger", a-t-il ajouté. Le secrétaire d'Etat a toutefois mis en garde "ceux qui prendraient la responsabilité de rouvrir un conflit", car "la société antillaise ne s'en sortira pas si l'activité ne reprend pas durablement".
"On va voir ce qui ressort des états généraux, on va mesurer le degré d'implication des sociétés concernées et puis au bout de ces états généraux, le gouvernement prendra un certain nombre de décisions", a indiqué Yves Jégo.
Pas de "piège"
Il a insisté sur le fait que le gouvernement était "prêt à aller au-delà des trois ans prévus" concernant sa contribution à l'augmentation des bas salaires en Guadeloupe. "S'il faut un peu plus de trois ans pour redresser l'économie et qu'il faut poursuivre un certain nombre de mesures, le gouvernement le fera pour ne piéger personne", a-t-il dit.
Nicolas Sarkozy, qui avait annoncé son intention de se rendre en Guadeloupe en avril pour ouvrir ces Etats généraux de l'outre-mer, n'a toujours pas fixé de date pour son déplacement et doit encore, selon Luc Chatel, "décider de sa participation" à ce cycle de réunion.
(Source : Le Nouvel Obs) Répondre | Répondre avec citation | Citer