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Le blues du chômeur

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Un jour, vous recevez votre lettre de licenciement, et tout bascule. Pour certains, c’est la fin de la torture après des mois et des mois de galère au boulot, vécue dans une atmosphère intenable. Pour d’autres, c’est un terrible coup de massue asséné du jour au lendemain. Injustice ou soulagement, la chose vous arrive et la question reste la même : Vais-je retrouver du travail ? Dans combien de temps ?

...Quoi et quand, voilà le problème. Car au début on ne s’imagine pas à quel point cela va être long et difficile.

Il faut d’abord “faire son deuil”, “tourner la page”. Pas si évident de digérer ce qu’on a subi quand le préjudice est lourd. Beaucoup ont été contraints de quitter leur emploi dans des circonstances extrêmement pénibles (conditions de travail dégradées, pressions diverses, harcèlement moral, déprime, etc…) et ont peut-être entamé une procédure judiciaire. Tout licenciement est humiliant, traumatisant, et reprendre du poil de la bête quand on est épuisé & meurtri n'est pas simple ; pourtant, il faudrait remettre le pied à l'étrier comme si de rien n'était, avoir l'air rassurant pour son entourage et afficher le panache de celui/celle qui va convaincre un recruteur !

Il y a ceux qui décident de souffler et se disent "J'ai le temps..." (même si parfois il a fallu se justifier). Si on le peut, on va utiliser ses indemnités pour faire un break profitable. La perspective d'une période de chômage peut être euphorisante : tout ce temps libre, ces vacances à prendre, ces projets à réaliser...! Et c'est le leurre, car souvent la culpabilité nous rattrape et nous gâche le plaisir nécessaire à une bonne reconstruction personnelle.

Alors, on commence à chercher du travail "pour voir" ou pour se donner bonne conscience, et voici venu le temps des désillusions : la demande étant largement supérieure à l'offre, c’est avec horreur que l’on réalise que les salaires proposés sont affreusement bas, que les moyens à mettre en œuvre pour chercher un emploi se sont méchamment sophistiqués et que les procédures de recrutement prennent des allures de parcours du combattant aux règles obscures, voire incompréhensibles, que l'âge est aussi devenu un problème... Qu’il faudra donc beaucoup investir afin de tirer son épingle du jeu et “se vendre” comme une marchandise dotée d'une énergie infaillible... à quel prix, comment, pourquoi ?

Une vie de ch...

Il y a ceux qui décrochent rapidement le bon job : par chance ou par mérite, tant mieux !
Mais il y a ceux qui vont continuer à pointer mois après mois sans résultat aucun, ou alors quelques médiocres opportunités malgré leurs qualités professionnelles & humaines : qu'est-ce qui cloche ?

Le doute s’installe, la fatigue s'en mêle, et le moral décline. A l’échec du licenciement vient s’ajouter celui de la mission impossible. On a déjà perdu ses repères dans la société, on ne sait plus comment procéder pour y reprendre sa place. On perd courage.
Et commence à naître le sentiment d'exclusion, qui s'aggrave quand on découvre que l'on est devenu(e) "un(e) chômeu(se)r de longue durée" (+ d'un an, ça va très vite !), une catastrophe ! Jamais on aurait cru en arriver là !!!

Les privés d'emploi côtoient ceux qui en ont - deux mondes bien distincts, on s’en rend compte. Ceux qui “gagnent leur vie” sont souvent à mille lieues de vous comprendre (d’ailleurs beaucoup se refusent à le faire, c’est trop effrayant parce que ça pourrait bien leur arriver un jour, et la plupart a l’intime conviction que vous vivez sur leur dos).

Il y a la pression que l’on inflige à soi-même ("organiser" cette oisiveté forcée, faire bonne figure et continuer ses recherches malgré le découragement, lutter pour ne pas rester au lit, résister à l’appel de l’alcool...) et la pression extérieure (votre épouse qui bosse et pas vous, le regard de la famille ou des amis qui croient dur comme fer que les chômeurs sont des parasites et des fainéants, l’indifférence du “conseiller” Pôle Emploi qui vous a reçu(e), le mépris du recruteur qui n'a même pas lu votre CV...).

Le temps passe, toujours pas de boulot, et l’avenir perd de sa signification. Il devient un gouffre d’angoisse : Comment vais-je payer mon loyer ? Et mes impôts ? Combien de temps vais-je tenir ? ...Vais-je finir à la rue ?
A quoi je sers ? Qu’est-ce que je vaux ?
Dois-je quitter cette ville ? Dois-je partir de France ?
On se sent incompris(e), rejeté(e), SEUL(e). Minable. On se déteste, parfois on déteste les autres.
Volontairement ou non, on fait le ménage dans ses fréquentations.
La libido en prend un coup.
On ne s’achète plus de fringues, de disques ou de livres, on ne va plus au cinéma ou chez le coiffeur. On ne part plus en week-end ou en vacances.
On essaie d'arrêter de fumer parce que c'est trop cher, ou on se roule ses cigarettes.
On hésite à aller chez le docteur parce qu’il n’y a plus de mutuelle.
C'est les boules quand arrive l'anniversaire des enfants, et Noël devient franchement odieux.

Privations, dépression...

Quand on n'a plus de mutuelle et pas de fric, on se passe du Prozac (14 € la boîte, il en faut deux par mois) et on ne va pas chez le psy (40 € la consultation hebdomadaire) : sur cet aspect, on ne peut affirmer que les chômeurs ruinent la Sécu...

Pourtant, sans accompagnement, le plus grand danger peut devenir l'alcool qui va rendre momentanément le sourire, procurer l'oubli et le sommeil, mais avoir à moyen & long terme des conséquences catastrophiques sur le comportement et la santé.

Parler de sa souffrance est vital mais ce n'est pas évident pour tout le monde, surtout du côté de la gent masculine. Les hommes éludent fièrement leur douleur tel un principe, et comme ils supportent mieux l'alcool que les femmes, que boire reste une tradition plutôt virile, le repli sur soi bien arrosé peut engendrer violence et/ou désociabilisation.
Encore moins évident que rien n'est sérieusement prévu pour accueillir avec simplicité des personnes en détresse. Aller chez le psy est une démarche intellectuelle bardée de tabous. Et quand, de surcroît, le financement est inexistant, on peut appeler le C.M.P. (centre médico-psychologique) le plus proche de son domicile, mais c'est la croix et la bannière ! Débordés, ils vont d'abord essayer de vous envoyer chez un psy payant. Il faudra donc insister, parlementer pour décrocher un rendez-vous et quand vous irez, ce sera pour une ou deux séances décevantes (sauf si vous tombez sur la perle rare avec qui ça va coller tout de suite, et qui fera son travail avec cœur). Retour à la case départ, donc.

Je ne vais pas m'apesantir sur les Centres d'action sociale : parler de vos problèmes d'argent ne les résoudra pas, puisqu'on va vous dire avec indifférence que les aides exceptionnelles au logement ou à l'énergie ne sont débloquées que sur présentation des justificatifs de non-paiement, ce qui signifie qu'il faut vraiment avoir le nez dans la merde pour prétendre à quelque chose. Après l'humiliation, on conseillera froidement au parasite que vous êtes d'accepter n'importe quel boulot, même si trimer pour 1.000 € par mois ne vous sortira pas du marasme.

Idem avec la CMU : si vous n'êtes pas RMiste, vous n'y aurez droit qu'au bout d'une année de galère où il n'aura pas fallu dépasser un certain revenu (de misère, bien sûr). Si vous bénéficiez d'une allocation logement, si vous avez travaillé ne serait-ce qu'un peu, vous aurez forcément explosé ce plafond.

Une nuit de chagrin, un(e) bénévole de SOS-Suicide ou SOS-Amitié vous écoutera, mais c'est pareil : vous aurez l'impression de déranger ou de parler dans le vide. Même si ça peut faire du bien après-coup, la frustration demeure car il n'y a pas de suivi.

C'est donc la triste réalité : si vous n'avez pas un entourage compréhensif, aimant et solide, cet acte essentiel qu'est la parole ne trouvera qu'une place dérisoire dans votre lutte contre la déprime. Chômeur, chômeuse, marche ou crève ! Peu ou pas d'aide extérieure, il faudra donc trouver la solution tout(e) seul(e)... EN SOI.

La survie en milieu hostile

Le chômage, c’est un peu Koh-Lanta, mais sans pognon à la clé. Il vaut mieux être débrouillard et savoir se contenter de peu pour survivre. Si vous avez toujours déjeuné au restaurant, il vous faudra apprendre à faire les courses (chez Ed ou Leader Price) ainsi que la cuisine... Si votre pantalon a craqué, il vous faudra manier l’aiguille. Si vous aviez l’habitude de rester des heures au téléphone ou de laisser la lumière allumée pour rien, il vous faudra acquérir de meilleures habitudes. Si vous adoriez voyager, il faudra vous contenter de votre appartement...

Les candidats de Koh-Lanta découvrent les privations et l’ennui sur une île déserte, en sachant qu’il y aura un(e) gagnant(e) et que les choses rentreront dans l’ordre à la fin des "épreuves". C'est en restant sur place que les chômeurs découvrent aussi privations & ennui mais cette épreuve n'est pas un jeu, c'est la vraie vie et c'est injuste, et ils ne savent pas quand tout cela va finir, et ils n'ont rien à gagner sauf - plus important que tout - retrouver leur assurance et leur dignité à travers quelques valeurs essentielles enfouies parfois très loin au fond de soi, loin du matérialisme et de l'égoïsme ordinaires.

La tête sous l’eau, en apnée chez les requins ou dans un panier de crabes, le chômage n'est pas enviable. Cependant, il y a bien quelques fonds sous-marins à explorer. A moins de choisir le grand bleu, ça peut valoir le coup de dépasser courageusement ses limites pour mieux ensuite refaire surface ?

Sophie HANCART

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Mis à jour ( Jeudi, 06 Août 2009 12:31 )  

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