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Accueil Social, économie et politique Droits sociaux rabotés : Rien de plus normal, les Français en redemandent !

Droits sociaux rabotés : Rien de plus normal, les Français en redemandent !

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Si certains s’inquiètent de voir les droits sociaux rabotés, les mêmes en acceptent depuis longtemps l'échéance.

altÀ chaque fois qu’un mauvais coup est annoncé ou envisagé, on assiste au bal des pleureuses. Ainsi ce méchant gouvernement s’attaquerait aux droits des pauvres pour rendre plus riches encore les possédants et les nantis. Ah bon, quelle nouveauté !

Voilà le débat qui revient régulièrement sur les forums d’Actuchomage où s’affrontent deux points de vue antinomiques dont nous caricaturerons ci-dessous les motivations et développements par souci d'efficacité.

Les uns avancent : Les riches doivent payer les protections sociales accordées aux précaires et sans-le-sou, même si ces derniers sont toujours plus nombreux par les apports migratoires constants, dans un pays qui compte 6,5 millions d’inscrits à Pôle Emploi, 12 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté et quelques autres millions à peine au dessus.

Les autres rétorqueront, enfin moi : Les riches ne paieront rien. S’ils doivent le faire, ils partiront. Donc ceux qui passeront à la caisse seront les classes moyennes et les précaires qui devront partager les miettes qu’on leur accorde, comme cette prime de Noël, ce cadeau royal fait aux plus pauvres qui n’a pas bougé depuis 1998 : 1.000 francs à l’époque, 152 euros aujourd’hui. Elle a perdu 30% de sa valeur. Ça parle !

S’engage alors un débat passionné entre les premiers qui espèrent encore (les naïfs) faire raquer les nantis, et les seconds qui pensent que le seul moyen de préserver notre système de protections sociales est de stabiliser le nombre d’ayants droit, donc forcément favoriser leur retour à l'emploi. Sauf qu’avec les flux migratoires qui ne faiblissent pas et l’accroissement spectaculaire (+46% en 2017) des travailleurs détachés issus de l’Union européenne qui paient leurs cotisations dans leurs pays d’origine, la résolution de l’équation paraît compromise. D’autant que pareille suggestion attire les quolibets habituels : «racisme», «xénophobie», et autres arguments ressassés à l'envi : «faire payer les riches», «répartir plus équitablement les richesses».

Si ces deux derniers sont admissibles, ils tardent à s’inscrire dans la réalité… Depuis le temps, ça se saurait. En attendant, le RSA reste scotché autour de 550 € par mois (c’est-à-dire largement en dessous du seuil de pauvreté qui s'établit entre 850 et 1.000 €), les APL ont subi un premier coup de rabot, et le gouvernement s’apprête à en donner quelques autres pour limiter l’explosion des dépenses sociales.

Mais revenons à nos échanges sur Actuchomage. Une «bonne âme» (pseudo «aaa») est de ceux qui pensent que les riches doivent raquer. Pour lui, évoquer l’immigration et les travailleurs détachés quand on parle de protections sociales est hors sujet : «Il faut éviter de faire un gloubi-boulga avec du migrant par-ci, du travailleur détaché par-là, pour aborder les coups de rabot sur les minima décidés par cette bande de scélérats au pouvoir. Le problème est beaucoup trop complexe pour se laisser aller à des considérations dignes d'un électeur FN de base».

En effet, le sujet est très complexe, surtout quand on envisage de le résoudre en refusant de prendre en considération certains paramètres et pas des moindres. Le premier étant la spectaculaire augmentation du chômage et des précarités ces 20 dernières années. Entre 1996 et 2017, le nombre d’inscrits à Pôle Emploi est passé de 4 millions à 6,5 millions. Sur la seule catégorie des chômeurs de 50 à 60 ans, ils étaient 400.000 en 1996 et sont 1,4 millions en 2017. Et on continue à faire venir de la main-d’œuvre étrangère. Passons…

Imaginez-vous qu’en 1980, le 27 mars très précisément, dans un discours devenu fameux, Georges Marchais alors Premier Secrétaire du Parti Communiste français, lançait à l’attention du président Valéry Giscard d’Estaing : «Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine. Il est inadmissible de laisser entrer de nouveaux travailleurs immigrés en France alors que notre pays compte près de deux millions de chômeurs, français ET immigrés». Trente-huit ans plus tard, plus de six millions de personnes sont inscrites à Pôle Emploi. Quel progrès social !

Mon détracteur «aaa» a aussi le sentiment d’être un grand défenseur des Droits de l’homme, un ardent opposant au «fascisme», au «racisme», à la «xénophobie» qui, comme chacun le constate, gangrènent en profondeur la société française jusque dans les rangs de l’association de chômeurs et précaires que je représente ici. Pour preuve…

À propos du «gloubi-boulga de migrants et de travailleurs détachés», amalgame indigeste qu'il refuse d'avaler le bougre, je lui réponds :

«Pourquoi ? Qu'est-ce qui a été entrepris sur ces sujets (immigration et détachement des travailleurs) ? Que dalle !

Surtout, ne crois pas te situer du côté de l'alternative, du changement, car tu es dans le système !

Tu te réfères aux électeurs FN de base mais tu as sans doute constaté que cette formation n'a jamais eu le pouvoir, ni tout autre parti protectionniste qui placerait les nationaux (quelles que soient leur couleur et leur origine) en priorité absolue. Toi tu ne t'opposes en rien au système qui est très satisfait de voir débouler de la main-d'œuvre pas chère et malléable. C'est son fonds de commerce !

Des patrons, des exploiteurs, des rentiers, des profiteurs… il y en a toujours eu. Sauf qu'ils avaient en face des forces de résistance qu'ils ont réussi à casser avec l'immigration, la directive travailleurs détachés, et les «comme toi» qui crient au loup dès qu'un président d'association de chômeurs & précaires écrit : Le boulot, les logements, la formation, c’est d'abord pour les Français et les immigrés installés de longue date. Qu'ils soient noirs, blancs, jaunes, verts, je m'en tamponne.

Mais si ceux d'en face constatent que les gens ne bougent pas alors qu'on leur fout de plus en plus d'immigrés dans les pattes, de travailleurs détachés, de chômage, de précarité… forcément, ils se disent : On va taper dans leurs économies, on va raboter leurs droits… C'est normal, je ferais la même chose si j'étais à leur place. Ils nous la font à l'envers et nous, on en redemande.

Donc je te le redis, l'idiot utile, c'est toi, pas moi. Tes convictions sont au pouvoir. Pas les miennes !
On continue à accueillir des immigrés en pagaille, moi je n'en veux plus. On facilite leur installation, je préférerais qu'ils restent chez eux. De plus en plus de détachés concurrencent nos travailleurs dans des secteurs non délocalisables (comme le BTP), moi je préférerais que ces postes soient occupés par des gens d'ici… Tu vois, je suis perdant sur toute la ligne.

Donc, ce n'est pas la peine de pleurnicher. Les droits vont être rabotés parce qu'il n'y a pas d'opposition et qu'il y a même une acceptation, y compris de la part des chômeurs et précaires, c'est ça le plus fou ! C'est ça aussi qui me conduit à stopper mon engagement militant (fin 2018).

Je sais qu'il n'y a plus rien à faire. Je peux le mesurer tous les jours sur Actuchomage. Les uns sont résignés, les autres sont consentants. Toi, tu fais partie de la seconde catégorie. C'est tout ! Contrairement à ce que tu crois, ta responsabilité est bien engagée. Pas la mienne…»

Ceux qui s’étonneront du style un peu vif et rentre-dedans doivent avoir à l’esprit qu’il s’agit-là de l’extrait d’une conversation tenue sur nos forums dans laquelle je fus, comme souvent dès qu’on aborde le sujet de l’immigration, taxé de «raciste», alors que je conteste tout autant la présence en masse des travailleurs détachés blancs que celle des migrants africains. La couleur de peau m’indiffère totalement. Je préfèrerais qu’un emploi soit réservé en priorité à un Français de couleur qu’à un détaché polonais aux yeux bleus et cheveux blonds. Ce qui m’importe, en qualité de Président d’une association de chômeurs et précaires agissant en France, est le sort de mon voisin, de mon ancien camarade de classe, avant celui d’un type arrivé récemment qui participe, malgré lui c’est certain, à la mise en concurrence des travailleurs et des précaires entre eux, au seul profit des possédants et des nantis.

Mais à force de prêcher dans le désert et de me faire rembarrer, j’ai décidé de jeter l’éponge estimant avoir perdu la bataille et probablement pour ce qui me concerne, la guerre. Nos dirigeants politiques et économiques ont réussi leur coup : Nous diviser pour mieux régner. Ils ont annihilé toute perspective de résistance. L’hétérogénéité des origines, des statuts, des parcours, des cultures politiques, des aspirations… des classes populaires rend aujourd’hui toute action collective d'envergure inenvisageable dans notre environnement militant. Il suffit de constater comment les syndicats eux-mêmes peinent à défendre les intérêts de «corporations» plutôt homogènes et bien structurées, comme les cheminots.

Mon engagement entamé en 2003 est sans lendemain. Il est temps que j’y mette un terme. En attendant, je gérerai le quotidien jusqu’à l’extinction des feux. Des camarades ayant contribué au financement du site en 2018, Actuchomage restera opérationnel jusqu’à la fin de l’année.

Je remercie par avance toutes celles et tous ceux qui ont suivi et soutenu nos actions pendant 15 ans.   

YB

alt 
 

Mis à jour ( Jeudi, 24 Mai 2018 06:14 )  

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