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Accueil s'informer Social, économie et politique De la pauvreté transmuée en modestie (2)

De la pauvreté transmuée en modestie (2)

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C'est clair ! De nos jours, le mot «pauvre» est devenu un mot «noir». Surtout quand il est associé au mot «travailleur».

En jargon marketing, le «mot noir» est un terme qui ne doit pas être utilisé dans l'entretien de vente et sur les supports de communication à cause de sa connotation désagréable ou négative car, plus empreint de réalité que de rêve, il peut faire échouer la transaction commerciale... Quand le marketing gangrène la politique, ainsi procèdent notre gouvernement et les médias à sa solde : en période de crise il faut po-si-ti-ver. Pour cela, rien ne vaut les petits tours de passe-passe sémantiques et les mots à la mode !

Par exemple, on évite désormais de parler de «travailleurs pauvres» — les sordides working poors des Etats-Unis, brrrrr — et, s'il faut en parler, on dit «les salariés modestes». Voyez par exemple cet article de La Voix du Nord qui vante les bienfaits du RSA, dernier produit miracle du business libéral, ou bien cette dépêche AFP reprise par Les Echos (dieu merci, on y note que ses auteurs ne sont pas dupes, puisqu'ils ont choisi de garder le mot «noir» pour leur titre et mis sa version «rose»… entre guillemets).

Telle est l'astuce : plus il y a eu de chômeurs, plus on a parlé de «demandeurs d'emploi» (même que maintenant ils ne sont plus des «usagers» de feu l'ANPE mais des «clients» !); plus l'emploi devient une variable d'ajustement et le travail un lieu d'exploitation insupportable, plus on encense sa «valeur»; plus il y a de pauvres, plus on parle de «modestes».

Oyez, bonnes gens. Le prix de la «modestie», avec le RSA, c'est 110 € par mois de plus en moyenne : l'orgie !!! Retraités, travailleurs (pardon… salariés), foyers ou ménages : vive la modestie qui ne mange pas de pain !
C'est Judith Bernard qui, sur le site d'Arrêt sur Images, nous avait mis la puce à l'oreille sur cette douteuse rhétorique : d'ailleurs, nous avons à nouveau repris le titre de son excellent billet en guise de rappel et vous conseillons de le (re)lire.

Il n'empêche, remplacer un mot noir par un mot rose ne changera rien à la mo-ro-si-té ambiante : déjà, en 2007, la moitié des Français disposait de moins de 1.500 € par mois pour vivre; avec la crise, ça ne s'est sûrement pas arrangé. Liberté, égalité, précarité.

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Mis à jour ( Mercredi, 02 Septembre 2009 22:49 )  

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