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Comment on entretient la honte du chômeur

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«Gardez-vous bien de vous présenter comme "chômeur" ou "chômeuse" !», nous exhorte une "coach et formatrice d'adultes" dans une chronique psychologico-identitaire pour magazine féminin dénichée sur le Net.

On l'a compris : ÊTRE CHÔMEUR EST LA HONTE ABSOLUE, cela fait partie du discours dominant. Mais tout dépend sur quel ton on vous le dit...

Il y a les politiques (ou la vieille mémé du troisième) qui n'y vont pas de main morte et proclament dès qu'ils le peuvent dans les médias (ou dans l'ascenseur) que les chômeurs sont responsables de leur situation, des fainéants, des «assistés», des profiteurs ou des fraudeurs et que, s'ils ne retrouvent pas de travail, c'est parce qu'ils sont soit nuls, soit bien trop exigeants, ou qu'ils le font exprès parce que des «emplois non pourvus», il y en a à la pelle... La charge est directe, violente, aussi ignoble que simpliste, mais ça marche ! De quoi culpabiliser les intéressés, les laminer en profondeur pour en faire des victimes dociles qui vont se replier durablement sur elles-mêmes : prostrées, muettes, elles n'oseront ni se défendre ni se battre. Très efficace.

Et puis il y a la méthode douce, insidieuse, un peu «psy», censée dédramatiser la situation et vous redonner du courage (mais pas confiance en vous), comme celle-ci... Sous couvert de vous apprendre que vous êtes «une personne qui a, comme tout un chacun, de multiples facettes», il faut absolument occulter le mot tabou pour être présentable — soigner l'emballage pour «se vendre» en toute occasion. Privilégier le titre professionnel, les activités associatives, de loisirs ou même familiales, que sais-je, tout, tout… plutôt que dire que vous êtes au chômage. Et de nous déballer une liste d'euphémismes plus ou moins pompeux ou ridicules afin d'escamoter le terme : vous êtes «une personne en transition de carrière, une personne en réorientation professionnelle, une personne qui fait une pause pour prendre du recul, une personne à la recherche d’un nouveau défi, une personne en quête du job de ses rêves», bref, «une personne, avant tout». C'est sûr : tant qu'on est dans le non-dit — voire, le déni de réalité — on ne regarde pas les choses en face, on reste la tête dans le guidon, l'échine courbée, docile, sans réfléchir à tout ça ni songer à se battre. Très efficace aussi.

Pourtant, des «chômeurs» et des «chômeuses», il y en a à la pelle en France et dans le monde. Pourquoi faut-il le taire ? En quoi est-ce une honte ? Des millions de personnes aux «multiples facettes» qui auraient, volontairement, cessé d'exercer leur activité salariée pour goûter aux joies de l'assistanat et de la pauvreté ? Cela suffit ! Il faut sortir des mensonges et du silence, DIRE LA VÉRITÉ, et qui peut mieux le faire que ceux qui la vivent ?

On remarque que notre «coach» à la petite semaine se contredit : si on a de «multiples facettes» et qu'on est «une personne avant tout», pourquoi ne pas parler, justement, de cette nouvelle «facette» de notre personnalité et mettre — en toute franchise, en toute simplicité — le sujet cartes sur table ? En quoi le fait d'être chômeur est-il une maladie honteuse ? Cette épidémie, au contraire, touche beaucoup de monde, nettement plus de monde que la grippe porcine.

Pourquoi un chômeur qui s'afficherait comme tel ne serait-il pas un citoyen respectable qui s'interroge sur une société qui l'a mis au ban et ne partagerait-il pas ses interrogations, tout à fait légitimes sinon pertinentes, avec ceux qu'il croise ? Pourquoi, parce qu'il est chômeur, devrait-il éviter de débattre avec ses congénères de ses «multiples facettes», ainsi sacrifiées sur l'autel de la crise ou de la concurrence mondialisée ?
Et d'abord, qu'est-ce que le travail ? Nous rend-il vraiment heureux, est-il vraiment source d'épanouissement ? A-t-il vraiment un sens, une «valeur» ou, au contraire, n'est-il pas qu'un vulgaire «coût» doublé d'un outil d'asservissement ?
Et qu'est-ce que le chômage ? Une infamie, ou un outil économique à part entière qui permet au libéralisme de prospérer ? Un problème, ou plutôt UNE SOLUTION ? Car le chômage de masse, depuis longtemps, a fait baisser le coût du travail, reculer les droits des salariés, sapé la protection et la contestation sociales. Sans compter qu'il enrichit la poignée qui le génère : il fait monter les valeurs boursières, les bénéfices, et créé de nombreux marchés parasites. Sans compter que, plus ça va, moins il y a d'emplois pour tous : devra-t-on euthanasier ceux qui sont en trop ?

Heureusement que, par ailleurs, d'autres font d'excellentes suggestions. Comme ici : À quand une grève des chômeurs ? demande Le Hérisson sur AgoraVox. Pourquoi n'entrent-ils pas en résistance, même passive, contre les emplois de merde et les prestations bidons qu'on leur impose depuis des lustres ? Pourquoi ne se montrent-ils pas, pourquoi ne se mobilisent-ils pas ? Car, au total, ils sont nettement plus nombreux que l'ensemble des travailleurs syndiqués.

Hélas, pour se rendre compte qu'ils sont «une force extraordinaire», encore faut-il qu'ils se débarrassent de LA HONTE — cet infect brouet qu'on leur sert à toutes les sauces afin de les maintenir dans le mutisme et la crainte —, qu'ils aient retrouvé leur fierté en acquérant une vision globale et plus nette de l'engrenage économique qui nous conditionne (l'équation productivisme/ consommation/ croissance) : de quoi faire tomber la commisération ou le mépris qu'ils peuvent rencontrer quand ils s'annoncent chômeurs, et susciter le respect et l'intérêt de leurs interlocuteurs.

Tout cela demande du temps — le chômeur en a, c'est son seul privilège — et de l'analyse — il a, également, un cerveau. Contre la médiocrité ambiante entretenue par les calomnies des uns ou l'escroquerie intellectuelle des autres, long, douloureux et semé d'embûches est le chemin qui mène à la reconquête de sa propre dignité.

SH
Mis à jour ( Jeudi, 06 Août 2009 12:51 )  

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