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Les nouvelles solitudes

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La solitude est l'une des conséquences de la perte d'emploi. Connue pour son ouvrage précurseur sur le harcèlement moral, la psychiatre et psychanalyste Marie-France Hirigoyen emploie si fréquemment le mot "chômage" dans ce nouvel essai qu'il mérite toute notre attention, même si elle ne se penche pas directement sur le sujet.

Alors qu'elle devient un phénomène social majeur dans nos sociétés dites "modernes" bien que les moyens de communication prolifèrent, la solitude, qu'elle soit volontaire ou subie, reste un mot à connotation négative, un état qui effraie car jugé anormal dans l'inconscient collectif. Pourtant, elle est un espace indispensable de respiration personnelle, de construction de soi et de liberté.

Synonyme d'indépendance, interprété à tort comme un rejet des autres quand elle est assumée, le mot "solitude" sert hélas de fourre-tout pour exprimer des sentiments douloureux tels que l'ennui, le vide, l'échec, la peur et, plus généralement, un difficile travail de deuil lié à une perte ou une rupture dans un contexte de précarité grandissante, qu'elle soit affective ou professionnelle.

Afin de clarifier les malentendus, Marie-France Hirigoyen dresse un état des lieux précis de toutes les formes de solitudes que l'on peut répertorier de nos jours, consenties ou non, à la maison comme au travail, et en analyse les causes, qu'elles soient individuelles ou sociétales, appuyant sa démonstration à travers le vécu de ses nombreux patients.

Elle constate que les femmes, plus émancipées et enclines à communiquer pour de vrai, s'en tirent bien mieux que les hommes. En ce qui concerne l'évolution des rapports entre les sexes dont on voit aujourd'hui qu'ils sont en situation de blocage, on ne peut qu'être affligé des représentations et des comportements masculins : les propos tenus en consultation, hélas, en attestent.

Elle déplore l'illusion de communication que procure la virtualité des nouvelles technologies (son chapitre sur les sites de rencontre est particulièrement édifiant). Elle dénonce également la mode des "nouvelles thérapies" et du coaching, autant de petits business fondés sur le court terme et le traitement de surface qui, de ce fait, ne résolvent absolument rien : un phénomène qui s'inscrit bel et bien dans l'air du temps.

Car selon l'auteure qui, au-delà de l'analyse clinique, ne perd jamais de vue l'environnement économique et sociétal dans lequel nous évoluons, nous sommes passés d'une société patriarcale traditionnelle à une société virile de marchandisation (l'individu devient un objet que l'on prend et que l'on jette) et de compétition (la tyrannie de la performance interdisant l'échec et la faiblesse). Ainsi le libéralisme - au sens noble du terme et qui devait être l'issue au carcan du patriarcat - s'est rapidement dévoyé dans une forme sauvage, soigneusement planquée sous un vernis de civilisation.

Axée sur l'individualisme et le consumérisme, cette mutation a favorisé le narcissisme et la satisfaction immédiate des désirs. Mais, disait Socrate, «il y a désir de ce qui manque, il n'y a pas désir de ce qui ne manque pas» : prônant une fausse abondance qui, à travers de multiples artifices, valorise l'avoir et le paraître sur l'être, force est d'avouer que le commun des mortels, même s'il se prête au jeu pour rester dans la course, souffre de ne pas y trouver pleinement son compte.

L'autre grave conséquence de cette métamorphose, finalement anxiogène, est la nette montée du désengagement, qu'il soit individuel ou collectif. Plus grave encore : dans un tel contexte qu'on qualifie volontiers de "loi de la jungle", certaines perversions se sont développées et sont même érigées en qualités humaines !

Non, la solitude (et même l'abstinence sexuelle) n'est pas une tare : en conclusion de son livre, certes un peu mal fichu mais très bien écrit, Marie-France Hirigoyen s'évertue à la réhabiliter. «L'homme qui n'aime que soi ne hait rien tant que d'être seul avec soi», disait Pascal. Partant du principe qu'on ne peut être disponible aux autres que si l'on s'est rendu disponible à soi-même, elle loue le retour à la connaissance de soi, au désir du savoir et de son partage, à l'authenticité des relations et à la profondeur des sentiments, jusqu'à citer l'ataraxie.

Paru en octobre 2007, cet ouvrage n'a visiblement pas le retentissement de ses précédents travaux sur le harcèlement moral, triste phénomène de société qu'elle avait pointé il y a dix ans. Pourtant, par son contenu qui en dit long sur le monde dans lequel nous vivons, il le mériterait.

Sophie HANCART

Marie-France HIRIGOYEN, Les nouvelles solitudes - Ed. La Découverte (2007) - 17 €
Mis à jour ( Lundi, 10 Août 2009 18:08 )  

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