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Eloge de la démotivation

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Vous êtes démotivé(e) ? Ce livre est pour vous. Il vous expliquera pourquoi il est tout à fait normal, voire légitime d'être démotivé dans notre société de marché, surtout à l'heure actuelle, et pourquoi cette démotivation est même une chance.

Guillaume Paoli est philosophe et initiateur du mouvement berlinois des «Chômeurs Heureux» dont il rédigea le manifeste en 1996. Son essai, dense et lumineux, compte parmi ces ouvrages qui marquent le lecteur : emboîtant avec grâce toutes les pièces d'un immense puzzle, il provoque une authentique révélation intellectuelle.

Pour nous mettre tout de suite dans l'ambiance, sur un ton malicieux et mordant, Guillaume Paoli décortique la métaphore de la carotte et du bâton, question de définir ce qu'est la motivation humaine replacée dans son contexte sociétal. Car c'est bien la question : qu'est-ce qui nous pousse à nous lever le matin et à participer heure après heure, jour après jour, au mode de vie ô combien trépidant que nous connaissons ?

Pour le commun des mortels ayant eu la chance de naître dans un pays dit «développé» où l'économie de marché est désormais hégémoniaque, l'existence dite «moderne» s'articule essentiellement sur deux axes : consacrer une bonne partie de son temps au travail (en tout cas, produire quelque chose à vendre), et l'autre (son «temps libre», expression qui, ironiquement, pointe le travail comme privation de liberté) à la consommation. Pour faire tourner l'économie de marché, la participation active, donc la motivation de chacun en tant que travailleur et/ou consommateur, est cruciale. D'ailleurs, la préoccupation première de ceux qui possèdent ou contrôlent les rouages de cette puissante machine consiste à détecter tout «gisement de motivation exploitable» (valeurs ou aspirations non-marchandes à transformer en produits) et à faire preuve d'une constante ingéniosité afin de nous maintenir motivés : cette récupération/manipulation 100% idéologique est aussi persévérante que protéiforme. Mais elle commence à montrer ses limites...

En effet, force est d'avouer que nous assistons à une baisse tendancielle du taux de motivation. Les causes en sont nombreuses : saturation, perte de sens, sentiment de manque, déception, aliénation. «Chaque individu soumis au marché reçoit en permanence une double injonction contradictoire : réduis tes prétentions salariales et augmente ta consommation; sois loyal et n'oublie pas que tu es remplaçable à merci; sois égoïste et aies honte de défendre tes intérêts; sois créatif et admets qu'il n'y a pas d'alternative; fais valoir ton individualité et fonds-toi dans l'équipe; jouis et sois abstinent. Si vous obéissez à l'un des deux ordres, vous vous mettez en situation d'infraction par rapport au second. Allez donc être motivés, à de telles conditions !» explique l'auteur pour qui le processus de démotivation est résolument systémique.

Donc plus ça va, moins ça marche. Pour redonner du sens à la servitude volontaire et gagner la bataille de la motivation, certains — pourtant d'habitude très près de leurs sous… — n'hésitent plus à jeter de l'argent par les fenêtres en faisant appel à toutes sortes de «consultants». L'auteur y voit un signe de profond désarroi.

Dans ce système qui s'attaque à l'intelligence, l'auteur constate que ce sont les meilleurs qui se démotivent en premier. En jetant l'éponge, ces nouveaux «objecteurs de conscience» décident de prendre du recul afin de trouver l'harmonie et renouer avec eux-mêmes : «C'est à l'écart du marché et de la célébrité que se mène tout ce qui est grand», disait Nietzsche. Hélas, la démotivation des meilleurs a pour conséquence un «auto-écrémage» qui place désormais les moins bons sur le devant de la scène, que ce soit en entreprise ou en… politique. La médiocrité passée aux commandes, l'engrenage de la démotivation gagne, peu à peu, le bas de la pyramide.

Face à cette guerre économique où l'on se rend compte, finalement, que l'économie de marché nous a tous colonisés au plus profond de nous-mêmes, la démotivation correspond à ce qu'on appelle la «résistance passive» pratiquée par les peuples occupés : quand l'inertie des populations vient contrecarrer les plans de la puissance assaillante, elle conduit à l'enlisement du conflit puis à la démoralisation des occupants eux-mêmes (comme en Irak…). Cette forme de passivité ressemble fort à ce que Sun Tzu professait il y a vingt-cinq siècles dans son Art de la guerre : gagner sans jamais avoir à livrer de combat, accomplir un invisible travail de sape qui va neutraliser l'adversaire.

Et Guillaume Paoli d'achever de nous convaincre en revenant à la métaphore de la carotte et du bâton : «En quelque sorte, la démotivation est l'application d'une loi physique que l'âne de notre prologue connaît depuis longtemps : l'inertie est aussi une force». Ainsi rejoint-il La Boétie et son Discours de la servitude volontaire : «Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. Je ne vous demande pas de le pousser, de l'ébranler, mais seulement de ne plus le soutenir et vous le verrez, tel un grand colosse dont on a brisé la base, fondre sous son poids et se rompre».

Sophie HANCART

Guillaume PAOLI, Eloge de la démotivation - Ed. Lignes (2008) - 14 €
Mis à jour ( Lundi, 28 Septembre 2009 17:42 )  

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