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Coup de gueule en urgence

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Entrepreneur, enseignant, grand commis de l’État et écrivain à succès, le parcours d’Hervé Sérieyx l’autorise à porter un regard multi-facettes sur notre société. Tour à tour, il fustige les patrons qui se plient de trop bon cœur aux logiques souvent absurdes du marché, s’élève contre les lourdeurs administratives qui datent d’un autre temps, tire à boulets rouges sur les pratiques archaïques du management, s’interroge sur les apathies syndicales face aux évolutions du marché du travail. Tous les acteurs de la vie politique et économique en prennent pour leur grade.

Certes, dans ce livre de 175 pages écrit en gros caractères, Sérieyx survole toutes ces questions qui mériteraient qu’il s’y attarde plus, mais son «Coup de gueule» est agréable à lire et assène quelques vérités qu’il est bon de rappeler.

L’auteur passe en revue tous les thèmes qui font la Une de l’actualité : la démission de l’État qui ne garantit plus notre contrat social, la menace que fait peser sur l’entreprise française le modèle anglo-saxon, le syndicalisme qui joue à contre-emploi, les comptables qui sont aux commandes de l’économie, le système éducatif qui n’éduque plus…

En préambule de sa démonstration, Sérieyx revient sur la loi américaine, dite Sarbanes-Oxley Act, «qui impose à tout conseil d’administration d’entreprise faisant appel à des capitaux américains des conditions très exigeantes de fonctionnement garantissant que celle-ci travaille bien essentiellement pour satisfaire ses actionnaires. Comme il suffit que 20% du capital soit d’origine américaine pour que la loi s’applique, et qu’un nombre croissant de grandes entreprises françaises sont déjà dans ce cas» : on vous laisse imaginer les conséquences.

Quelques passages sont édifiants : «On trouve les syndicats surtout dans les grandes administrations et les grandes entreprises publiques telles que la RATP, EDF ou la SNCF. Ouverture à la concurrence oblige, ces bastions deviennent de moins en moins nombreux, et les syndicats sont donc contraints de défendre (…) des citadelles dont le nombre se réduit. Il en va, pensent-ils, de leur survie. (…) La sphère publique est le théâtre des conflits les plus nombreux : un quart des effectifs salariés, trois quarts des conflits. (…) La SNCF qui ne représente que 1% de l’emploi salarié aura réalisé 10% des journées de grève du pays».

Sérieyx fait souvent référence à d’autres auteurs pour alimenter ses thèses. Dans ce registre, il emprunte à Jacques Marseille, auteur de «La guerre des deux France», un bilan plutôt à rebrousse-poil de la situation française : «En 30 ans les Français ont gagné 7 ans d’espérance de vie, leur fortune moyenne a triplé, les inégalités entre riches et pauvres ne se sont pas accrues et le temps de travail des personnes employées a diminué de quatre semaines». Voilà qui va faire grincer des dents ! Mais, ajoute Jacques Marseille cité par Sérieyx : «Si l’accroissement sensible de leur pouvoir d’achat (…) leur a permis d’accroître leur confort, il a donné à leur vie une dimension matérielle envahissante dont les Français se demandent, à juste raison, si elle est la condition nécessaire au bonheur».

Sérieyx tire de tout ça un bilan contrasté : «Ces aigreurs collectives, cette maladie du lien social dans un pays à ce point favorisé ne viendraient-elles pas de ce que notre impressionnant système institutionnel de solidarité aux performances jusqu’à présent remarquables – malgré les déficits – (…) nous a peu à peu habitués à oublier l’exercice des solidarités directes et de proximité (…), celles qui confèrent à une société son caractère d’humanité».

Quel que soit le sujet abordé : la place des Seniors, des jeunes, des consommateurs, des dirigeants, des nouvelles technologies, de la violence, de l’Europe (l’auteur pressent 8 mois avant le 29 mai la victoire du «NON»), Sérieyx dresse un bilan tout à la fois léger et instructif de la société française, et fournit des clés qui pourraient faire sauter quelques verrous à défaut d’ouvrir les portes de la refondation sociale, politique, économique et démocratique de la France.

Yves BARRAUD

Hervé SÉRIEYX, Coup de gueule en urgence - Ed. Eyrolles (2004) - 17 €

=> L'interview d'Hervé SÉRIEYX pour Actuchomage
Mis à jour ( Jeudi, 06 Août 2009 15:53 )  

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Les salariés de la SNCF auraient été augmentés de 4% par an ces 10 dernières années. Pensez-vous que :
 

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