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Éloge de la violence et de la casse

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Voilà ce que l’on retiendra de la première manche opposant Gilets Jaunes et exécutif. La casse a payé !

altS’ils avaient eu pour modeste ambition de défiler trois samedis de suite entre République et Nation, les Gilets Jaunes n’auraient rien obtenu.

Et s’ils estiment n’avoir grappillé que des miettes, les autres avant eux ont échoué en manifestant sagement : Les cheminots, comme les opposants à la Loi Travail et à la réforme des retraites.

Cette fois, le pouvoir a pris peur, incontestablement !

La preuve en est qu’Emmanuel Macron a entamé son allocution télévisée du 10 décembre en affichant une fermeté à retardement, pour se donner la stature qu’il n’a pas, lui qui s’est terré à l’Élysée ou plus loin encore en Argentine au plus fort des événements. Et quand il a osé mettre le nez dehors, il s'est fait insulter et poursuivre par une foule rageuse au Puy-en-Velay, contraignant ses gardes du corps à sortir de leur véhicule pour dégager celui du président de la république.

Violence et casse ont été d’autant plus persuasives qu’elles se sont exercées dans les quartiers les plus huppés de la capitale, sous les fenêtres des ultra riches qui, le 8 décembre, ont planqué leurs grosses bagnoles dans des zones plus tranquilles ou dans les allées du Bois de Boulogne, de peur de les voir partir en fumée.

Dans les avenues Kléber, Marceau, Victor Hugo, George V…, ils ont tiré leurs volets de crainte de voir leurs fenêtres visées par des projectiles. Et les commerçants ont protégé leurs vitrines derrière d’épais panneaux de bois.

Le 8 décembre, ça sentait la peur bien au-delà du secteur Champs-Élysées, Opéra, Porte Maillot, Trocadéro. Autour de Montparnasse, de République, de Bastille… nombre de commerces s’étaient habillés de protections contre le vandalisme et les pillages. Vers 14h00, les rues de Paris (empruntées à vélo du XIVe arrondissement jusqu’aux Champs-Élysées) étaient quasiment désertes. Il y flottait une ambiance de 15 août… en ce mois de décembre pluvieux et venteux.

Si les Gilets Jaunes ont obtenu quelques avancées qui en appellent d’autres, c’est tout simplement parce qu’à la violence politique et sociale ils ont opposé la violence de la rue, celle qui rend fébriles nos dirigeants parce qu’elle est difficilement contrôlable. Pour l’encadrer, il faut déployer 90.000 hommes en France, 8.000 à Paris, soutenus par des blindés.

Ce dispositif a un coût qu’on ne peut reconduire à l’infini. D'autant que les forces de l’ordre donnent elles aussi des signes de fébrilité, tant elles sont sollicitées depuis les attentats de 2015, l'instauration de l’état d’urgence, les menaces terroristes et les conflits sociaux.

Il n’y a pas qu’à Paris que ça a bastonné. À Toulouse, à Bordeaux, à Marseille… et un peu partout sur les ronds-points de France. Lors d'une altercation spectaculaire à Saint-Brieuc, des Gilets Jaunes ont mis en déroute une escouade de policiers auxquels ils ont volé leurs bombes lacrymogènes. Les flics ont dû battre en retraite asphyxiés par les gaz qu’ils destinaient aux manifestants. Sur les images, on constate que ces Gilets Jaunes n’étaient guère belliqueux car ils auraient pu par la suite dérouiller ces policiers quasiment désarmés et en nombre insuffisant.

Pour avoir suivi (et couvert en vidéo) les cortèges parisiens, j’affirme que la casse et les déprédations auraient pu être considérables le 1er décembre, quand des milliers de Gilets Jaunes furent livrés à eux-mêmes pendant de longues heures dans les quartiers les plus chics de la capitale. Ce jour-là, les forces de l’ordre étaient totalement dépassées, absentes tout bonnement. Les dégâts ont été nombreux mais finalement limités au regard de l'énorme potentiel à détruire. Boutiques de luxe et voitures rutilantes se comptent par centaines autour du Trocadéro et de la place Victor Hugo. Les destructions ont touché principalement des agences bancaires, du mobilier urbain et du matériel de chantier pour édifier des barricades. Quelques voitures ont aussi fait les frais des débordements.   

Les violences et la casse pourraient donc se poursuivre puisqu’elles ouvrent de réelles perspectives de négociation et de changement, comme elles le firent en Mai 68 dont nous fêtons cette année les 50 ans.

Les motifs à manifester sa colère restent nombreux et profonds. Quarante à cinquante pourcents des Français ne sont quasiment pas représentés là où se joue leur sort, à commercer par l’Assemblée nationale. Ces mêmes sont méprisés depuis des décennies par des classes oligarchiques, médiatiques et artistiques arrogantes et épargnées des difficultés.

Les Gilets Jaunes ont été accusés de tous les maux. À l’entame de leur mobilisation, ils étaient taxés de racisme, parce que trop blancs. La ségrégation raciale n’entre évidemment pas en ligne de compte dans leur dynamique. Le mouvement des Gilets Jaunes est né dans cette France rurale et des villes moyennes encore très majoritairement peuplées de blancs. Telle est la seule explication.

Puis, quand les noirs et arabes des grandes villes et des métropoles ont rejoint les rassemblements, on a entendu dire que les Gilets Jaunes étaient antisémites, nous renvoyant aux heures les plus sombres. Quelle absurdité ! Le ministre de l’Intérieur lui-même les a soupçonnés d’être infiltrés par l’ultra droite. Puis une semaine plus tard par l’ultra gauche… Le même n'a pas hésité à affirmer que des groupuscules s'apprêtaient à monter sur Paris, le 8 décembre, pour tuer. Rien que ça !

La réalité est que les Gilets Jaunes forment un mouvement populaire qui embrasse toutes les sensibilités, toutes les générations, toutes les couleurs. Ils comptent dans leurs rangs des centaines de fachos, de casseurs, de provocateurs, d'anars… mais surtout 90 à 95% de gens tranquilles, de bons et honnêtes citoyens… en colère cette fois.

Ce sont les obstacles, les barrages, les tirs injustifiés de grenades lacrymogènes et assourdissantes qui ont radicalisé les manifestants à Paris. Souvenez-vous, le pouvoir voulait les contraindre à manifester sur le Champ-de-Mars, là où ils auraient été invisibles et parqués comme des moutons.

Le 24 novembre, la moitié des présents étaient des femmes et des cheveux blancs. Copieusement gazés lors de rassemblements pacifiques, celles-ci et ceux-ci furent forcément beaucoup moins nombreux le 1er décembre. Et une semaine plus tard, le 8 donc, autour des Champs-Élysées, 95% des effectifs étaient constitués d’hommes plutôt jeunes. Les «comme moi» (de près de 60 ans) et les femmes n’y avaient plus leur place. Les mouvements de foule et les affrontements ont fini par dissuader les seniors les plus entreprenants et les plus courageuses des filles. Il arrive un moment où pour tenir le pavé, il faut être bien équipé (casque, masque à gaz…), jeune et courir vite. C’est plus prudent.

La colère des Gilets Jaunes est justifiée à l’égard des inégalités qui deviennent insupportables, de l’arrogance d’une classe dirigeante (politique et économique) déconnectée des réalités du quotidien, de la morgue parasitaire d’une partie de «l’intelligentsia» médiatique, littéraire et artistique, de la prééminence d’intérêts qui nous dépassent dictés par la finance internationale qui siège à Wall Street, à la City ou à Francfort, de l’influence de lobbies qui affichent de plus en plus ouvertement leurs prétentions suprémacistes. Cela fait trop longtemps que la France est insultée et piétinée !

Le grand ménage ne fait que commencer. On ne peut se contenter de manifester aimablement entre République et Nation quand on aspire au vrai changement. Qui apparaît aujourd’hui inéluctable.

L’Édito de Barraud

Ci-dessous, le résumé en 6 minutes des trois manifestations parisiennes (images & montage : Actuchomage).

Si la vidéo ne s'affiche pas, cliquez sur ce lien de secours : https://www.youtube.com/watch?v=ZI7CCxJGMGw&t=31s&frags=pl%2Cwn

Mis à jour ( Vendredi, 21 Décembre 2018 16:02 )  

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