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Accueil s'informer Social, économie et politique Le retour en force du conservatisme

Le retour en force du conservatisme

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Pour mieux comprendre la «révolution tranquille» qui s'est emparée de la France et dont se vante François Fillon, pour mieux mesurer cette «bataille idéologique» que la droite française croit avoir gagnée, tournons-nous vers nos voisins hollandais...

Le phénomène n'est pas hexagonal ni même européen : il est mondial. Mais le cas des Pays-Bas est symptomatique. Laboratoire des libertés depuis les années 60, unique en Europe, le modèle néerlandais est aujourd'hui remis en cause par les conservatismes de tout poil. Dans un excellent reportage signé Laurent Rigoulet et paru dans le Télérama de cette semaine, s'expriment ainsi quelques personnalités du cru :

«J'ai toujours pensé que nous allions forcément dans la bonne direction, que nous inventions de nouvelles manières de penser librement — le sexe, les relations humaines, l'éducation, le rapport aux drogues, à la prostitution — et que les autres pays finiraient par adopter notre modèle parce qu'il était frappé au coin du bon sens.»
Henk Hofstede, chanteur des Nits (groupe de pop néerlandaise)

«Aujourd'hui, le principe de libéralisation est battu en brèche dans tous les compartiments de la société hollandaise. Nous devons nous battre pour défendre les avancées les plus élémentaires obtenues par la génération précédente.»
Eddy Terstall, cinéaste

«Pour la première fois depuis des lustres, une intelligentsia de droite se fait entendre aux Pays-Bas. Nous nous sommes vus longtemps comme une société foncièrement ou­verte, cosmopolite, portée sur l'acceptation des différences, le dialogue, l'apprentissage des langues. Et nous sommes aujourd'hui confrontés à une pensée dominante qui met en avant la religion, la famille et l'identité nationale, des valeurs oubliées depuis la fin des années 50 et qui sont revenues en force avec les angoisses liées à la mondialisation et à l'immigration.»
Dick Pels, sociologue

Le rapport au travail n'est, lui non plus, pas épargné. Alors que les Pays-Bas affichaient aussi sur ce point un anti-conformisme salutaire qui ne nuisait nullement à leur réussite économique, privilégiant la qualité de vie et l'épanouissement personnel — par exemple, choix du temps partiel sans pénalisation salariale ni de carrière —, voici que le gouvernement néerlandais est gagné par la contagion anglo-saxonne puis européenne consistant à stigmatiser les chômeurs (qui sont là-bas peu nombreux), contraindre les individus à ne refuser aucun emploi, et à leur faire goûter aux joies de la «flexibilité» : LIRE ICI

Confusion des genres

Si les Pays-bas ont le sentiment de vivre la fin d'une époque, ils ne sont pas les seuls. Mais le pire, c'est que ce retournement général n'a aucune justification économique sérieuse (d'ailleurs, c'est dans les pays les plus riches qu'il sévit avec le plus de force). Comme son nom l'indique, il s'agit d'une «bataille» purement «idéologique». Sauf que les «libéraux» se sont emparés des richesses matérielles, éludant au passage le libéralisme en tant que philosophie humaniste, tolérante, responsable et progressiste, qui s'oppose naturellement au conservatisme. Leur «néo-libéralisme» se montre de plus en plus déshumanisé, sans limite et irresponsable.

Il est bon ici de rappeler l'origine de ce qu'on appelle «la gauche» et «la droite». La latéralisation des opinions politiques est née le 11 septembre 1789 quand, au cours d'une séance de l'Assemblée Constituante où était débattu le droit de veto du roi Louis XVI, resté en place et qui en abusait, les partisans de ce droit royal se sont installés à la droite du président de séance tandis que ses détracteurs se sont assis à gauche. A droite, les «conservateurs» qui défendent des valeurs d'ordre, d'obéissance et de religion, les principes de l'espèce et un certain darwinisme social. A gauche, les «progressistes» qui veulent s'affranchir de l'autoritarisme, de la servitude volontaire et prôner une solidarité institutionnelle ainsi qu'une éthique.

Aujourd'hui, les nantis au pouvoir sont actuellement les seuls à avoir une vraie conscience de classe qu'ils sont prêts à défendre, y compris en agitant de vieux spectres rétrogrades qu'ils n'hésitent pas à faire passer pour des valeurs modernes. On vous fait grâce des politiques d’«ouverture» visant à faire croire qu'il n'y a pas grande différence entre la gauche et la droite, ou de la récupération de symboles comme Guy Môquet ou Jean Jaurès : nous sommes entrés dans une vaste (et non faste) période d'escroquerie intellectuelle.

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Mis à jour ( Jeudi, 24 Juillet 2008 15:41 )  

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