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Chômage et dépression : Attention, danger !

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Dans une société où tout s'articule autour du travail et où la dépression demeure taboue, des pouvoirs publics aux simples citoyens, la souffrance psychique des privés d'emploi indiffère. Et cette indifférence est non seulement indigne mais funeste. Reportage.

À tort ou à raison, le travail et ses avatars — performance, réussite, pouvoir… — sont les piliers de notre société. Véritable passeport d'intégration sociale, c'est le travail qui justifie notre utilité au monde et notre place dans celui-ci; c'est lui qui est censé nous faire vivre; c'est par lui qu'on espère s'accomplir; enfin, c'est sur lui que s'appuie notre système de protection sociale.

Hors du travail, point de salut ! La chose se vérifie pleinement lorsqu'on en est exclu alors qu'on en a l'âge et que cette privation, supposée provisoire, s'éternise.

Avec la crise, non seulement le chômage a explosé, mais il dure. Entre les “DELD” inscrits à Pôle Emploi depuis plus d'un an et les allocataires du RSA uniquement suivis par les services sociaux, on compte près de 3 millions de personnes plus ou moins «éloignées», sinon «très éloignés de l'emploi». Un chiffre inquiétant à bien des égards.

Outre la pauvreté monétaire dans laquelle ils se retrouvent — et qui tire vers le bas l'économie toute entière; outre le fait d'essuyer des échecs répétés; outre le déclassement professionnel — on les considère comme «inemployables», un mot qui sonne comme une insulte; outre le fait qu'une partie des Français, stimulés par les déclarations stigmatisantes de certains hommes politiques, estime que ces individus sont responsables de leur situation; outre les ruptures familiales encourues, le sentiment de honte, de culpabilité et l'isolement dans lequel ils sombrent, la plupart d'entre eux s'enfonce dans la dépression, qu'elle soit chronique ou majeure.

Mais il n'y a pas que les chômeurs de longue durée qui peuvent en être atteints. Perdre son emploi est traumatisant, surtout quand on était très impliqué dans son travail. Comme un boomerang, la dépression peut surgir après le licenciement : les meilleurs ne sont pas épargnés. Si elle n'est pas traitée correctement par des professionnels, elle persiste et le sujet devient incapable de rechercher un emploi dans des conditions satisfaisantes, de faire face à de nouvelles épreuves, et encore moins de se battre...

Tout comme le chômage, la dépression est un tabou : ceux qui ne les ont pas vécus ne peuvent pas comprendre. Aux yeux de beaucoup de nos concitoyens, l'enlisement dans le chômage est l'apanage des incapables et la dépression réservée aux “faibles”. Bien qu'on en parle de plus en plus, la dépression est un mal invisible dont on ne mesure ni l'importance, ni les conséquences. La personne dépressive est enfermée dans une pièce dont elle ne voit pas d'issue. Quand, d'un point de vue professionnel, économique et social, on se trouve dans une impasse et que, d'un point de vue psychologique, on perd totalement confiance en soi, en l'avenir — bref, qu'on perd le goût de la vie —, l'issue peut être fatale.

Les personnes qui travaillent disposent d'une médecine qui les suit et les oriente. La majorité des salariés ont une mutuelle. Il existe même des consultations sur la souffrance au travail, qui est désormais reconnue. Mais pour ceux qui ont perdu leur emploi, il n'y a plus rien. C'est au chômeur de se débrouiller avec son mal-être et d'aller frapper à des portes où sa souffrance, s'il n'a pas les moyens de s'offrir un psy, ne sera pas considérée (centres médico-psychologiques, “appui social individualisé” de Pôle Emploi…). Toutes ces erreurs d'aiguillage le diminuent et lui font perdre un temps précieux.

A travers l'enquête filmée ci-dessous, nous avons voulu mettre l'accent sur ces graves lacunes et tirer la sonnette d'alarme. De la même manière que l'on comptabilise les accidents du travail ou les accidents de la route et que les pouvoirs publics se mobilisent pour les prévenir, les suicides en général mais en particulier chez les chômeurs doivent faire l'objet d'une observation précise, de même que des dispositifs de prévention et de soins accessibles dans des délais raisonnables doivent être mis en place.

Car il y a urgence. En Italie, par exemple, chaque jour un chômeur se donne la mort. En France, on notait déjà un surtaux de suicides dans la population chômeuse mais depuis le début de la crise, entre 2008 et 2010, ce sont 750 chômeurs supplémentaires qui ont décidé d'en finir. «On peut craindre le pire pour 2012 et 2013, particulièrement chez les 40-55 ans», estimait en février le Professeur Michel Debout, spécialiste de la question, et qui nous a fait l'honneur de participer à notre reportage.

De deux choses l'une : ou la société estime que, à l'instar des SDF (un mort par jour dans la rue), ça fait des parasites en moins et que c'est toujours ça de gagné pour les caisses de retraite; ou elle prend enfin le problème au sérieux.

Nous remercions Vincent et Chantal pour leurs témoignages. Nous remercions également Nadia Cherkasky (psychologue clinicienne, fondatrice du Passe-Âge, structure associative qui accueille et suit gratuitement les personnes en détresse) et le Pr Michel Debout (psychiatre, président de France Prévention Suicide) pour leur expertise. Jouer meilleur site de gun games aujourd hui.


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Le Passe-Âge, numéro vert : 0800 800 180
L'Observatoire des suicides : www.observatoiresuicides.fr (nous vous encourageons à signer leur appel)


Nos interviews dans leur version longue...

Les quatre années perdues de Vincent :



Au final, Chantal se débrouille seule :



Important : Quand on est dépressif et incapable de chercher du travail, il est conseillé aller chez son médecin solliciter un arrêt maladie et d'y rester tout le temps nécessaire afin de ne pas gaspiller son indemnisation chômage.

On note que le point commun entre Vincent et Chantal, c'est l'hôpital où ils ont trouvé une issue. C'est là où Vincent a pu enfin être suivi sérieusement par un psy. Et Chantal s'y fait prescrire son antidépresseur par le biais de son tabacologue (on rappelle qu'un chômeur sur deux fume…). L'hôpital, on n'y pense pas mais c'est un lieu où existent des solutions, gratuites de surcroît.

L'avis de Nadia Cherkasky :



L'avis du Pr Michel Debout :



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Mis à jour ( Samedi, 28 Mai 2016 12:09 )  

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