Amis chômeurs, LISEZ !!!

Ce n'est pas parce qu'on est devenu pauvre qu'on n'a plus envie de se cultiver ou de savoir ce qu'il se passe. Partagez vos coups de cœur et bons plans => livres, musique, cinéma, télé, expos, etc...

Modérateurs: superuser, Yves

Messagede Blix » 09 Jan 2007

Sans oublier la sortie du livre de Fabienne Brutus "La vérité sur l'ANPE" au format livre de poche pour la somme modique de 6 Euros, prix plus adapté à une partie de son lectorat... :D
Blix
 
Messages: 100
Inscription: 07 Nov 2006

Moi et Kaminski

Messagede diety » 27 Avr 2007

Roman de Daniel Kehlmann - traduit de l'allemand.
Actes Sud - avril 2004

Un critique d'art en mal de reconnaissance espère se faire une réputation en étant le premier à publier la biographie d'un vieux peintre tombé dans l'oubli. La fille du peintre qui vit avec son père au fin fond d'une campagne perdue voudrait maîtriser le projet de biographie et fait barrage au critique d'art en l'empêchant de rencontrer son père en dehors de sa surveillance. La vraie rencontre va-t-elle enfin pouvoir se faire, et quelles seront les découvertes ? Le biographe pourra-t-il tirer profit de l'artiste et de son oeuvre ?
Un jeu de réflexions sur la peinture, la relation entre le critique d'art et l'artiste; la sincérité et la vie se mettent en place, et c'est dans l'action qu'elles trouvent leur point culminant.

J'ai beaucoup aimé.

Image

Plus d'infos sur l'auteur
diety
 
Messages: 3348
Inscription: 16 Mar 2006

Marge brute, par Laurent Quintreau

Messagede superuser » 01 Juin 2007

Déniché à la bibliothèque :

Image

Quand l'entreprise est un enfer...
L'auteur nous fait pénétrer respectivement dans les onze cerveaux des participants à un comité de direction, du président détesté au directeur commercial macho, en passant par la responsable de com' arriviste et la DRH effondrée. Car il s'agit de restructurations, de dividendes, et de licenciements.

De 11h à 13h, dans l'intimité de leur matière grise, ces cadres dirigeants réunis autour d'une table vont penser à tout, de leur travail à leur vie privée, brossant ce qu'il endurent, leurs frustations et leurs névroses. L'humanité est ainsi décrite dans sa mesquinerie la plus profonde. Ça se lit tout seul; c'est à la fois hilarant, réaliste et cruel.
superuser
 
Messages: 14468
Inscription: 29 Juin 2004
Localisation: Paris

Notre aimable clientèle...

Messagede superuser » 02 Nov 2007

Image

Le roman d'Emmanuelle Heidsieck est sorti en 2005, mais il est toujours d'actualité. Je viens de le prendre à la bibliothèque : tout y est vrai, assez drôle, et furieusement prémonitoire à l'heure de la fusion ANPE/Unedic. Il rejoint l'esprit du documentaire de Jean-Michel Carré "J'ai (très) mal au travail".

Si vous êtes en panne d'idées de lecture, je vous le recommande : ça se lit vite et bien.
superuser
 
Messages: 14468
Inscription: 29 Juin 2004
Localisation: Paris

G. Paoli : Eloge de la démotivation

Messagede superuser » 25 Jan 2009

On vient de m'offrir ce livre que je me suis empressée de chroniquer tellement que je l'ai trouvé bon...

Image

Editions Lignes - 189 pages - 14 €
superuser
 
Messages: 14468
Inscription: 29 Juin 2004
Localisation: Paris

Messagede juska.khan » 27 Jan 2009

Merci pour cette découverte, ça a l'air sympa !
Agir ou subir !
juska.khan
 
Messages: 48
Inscription: 14 Jan 2009

Si la gauche relisait Orwell...

Messagede superuser » 26 Juil 2009

Célèbre pour sa critique visionnaire de l'enfer totalitaire, l'auteur de "1984" avait surtout partagé le sort des ouvriers et dénoncé la pauvreté dans nos démocraties. Des thèmes qui, soixante ans après la mort de l'écrivain anglais, résonnent d'une singulière modernité.

Image

George Orwell (1903-1950), l'un de ces écrivains-journalistes bourlingueurs qui firent les belles heures de la littérature des années 1930 et 1940, n'est pas que l'auteur de "1984". C'est au présent que, près de soixante ans après sa mort, cet écrivain et intellectuel parle à l'homme du XXIe siècle. Simon Leys, Bernard Crick, Jean-Claude Michéa ou Bruce Bégout, dans leurs essais récents ou récemment réédités, soulignent combien ses thèmes - pauvreté, tota­­li­ta­risme, liberté indi­viduelle, pro­pagande, presse ou idées de gauche -, forgés tout au long d'une vie d'homme curieux et engagé, ­résonnent d'une singulière et inquiétante moder­nité. Et qu'Orwell soit de la première moitié du XXe siècle ne change rien à l'affaire : la méfiance instinctive qu'il a toujours entretenue envers les systèmes aux discours bien ficelés, la critique qu'il n'a cessé de porter contre les démocraties, coupables à ses yeux de sous-estimer les inégalités sociales, témoignent non seulement de l'acuité de son regard, mais de sa ­générosité envers le peuple. Et de telle manière, dans un style si vivant et percutant, que le lire ou le relire aiguise la réflexion sur nos sociétés contemporaines.

George Orwell, de son vrai nom Eric Blair, naquit en Inde, dans l'Etat du Bihar, fit ses études au distingué ­collège d'Eton avant d'intégrer les rangs de la police birmane. Expérience qui, loin d'éveiller une vocation policière, engendra surtout le dégoût du colonialisme ("Une histoire birmane", 1934). C'est sans ­doute mû par un secret sentiment de culpabilité, doublé d'une volonté de s'inscrire dans les pas de Jack London, qu'il partage alors l'existence des chemineaux et des clochards - dont il tirera "Dans la dèche à Paris et à Londres" (1933) - et qu'il mène une longue enquête sur les mineurs du nord de l'Angleterre, à Wigan, Barnsley ou Sheffield ("Le Quai de Wigan", 1937). Si Orwell, avec son mètre quatre-vingt-dix, rampe ainsi dans les galeries des mines, c'est moins pour l'éventuel matériau roma­nesque que pour forger son écriture politique.

“Son socialisme s'abreuve directement
à sa propre expé­rience vécue de l'humiliation ­sociale
et de la solidarité des humbles.”


Socialiste, il l'est autant par empathie intuitive pour le peuple que par culture livresque : «Son socialisme s'abreuve directement à sa propre expé­rience vécue de l'humiliation ­sociale et de la solidarité des humbles», analyse le philosophe Bruce Bégout dans l'excellent essai "De la décence ordinaire". Une adhésion quasi charnelle le conduit ainsi à louer la «common decency», c'est-à-dire le sens moral inné de la classe ouvrière.

Cette volonté d'être au plus près des gens ordinaires qui écrivent l'histoire le mène enfin en Espagne, pour combattre Franco. Orwell s'engage dans les rangs du Poum (Parti ouvrier d'unification marxiste) aux côtés des Catalans d'obédience trotskiste. Dans "Hommage à la Catalogne" (1938), on retrouve cet amour du peuple, compassionnel selon certains mais surtout franc, sans arrière-pensées. Certes, l'Orwell surplombant tous les autres de sa haute taille - pour le bonheur d'un sniper franquiste, qui le blessera d'une balle dans le cou - n'est pas dupe de l'incroyable désordre qui règne dans cette armée de volontaires. La guerre est une succession de temps morts, de chasses aux poux et aux rats (engeance détestée par notre brigadiste), d'inutiles séances de maniement d'armes... Mais il a le sentiment d'être à sa place, de combattre le fascisme - bientôt aussi les communistes staliniens, qui voudraient éradiquer tous les opposants anarchistes.

Antifasciste et antistalinien ? La ­position, en ces temps où il fallait forcément choisir son camp, n'est pas commode. Mais George Orwell l'assume. En 1938, il adhère à l'Independent Labour Party, la gauche radicale antistalinienne anglaise et, la guerre approchant, reste socialiste internationaliste tout en se ­revendiquant patriote. Réformé pour tuberculose, il se résout, dans les années 1940, à ne combattre qu'avec sa machine à écrire. Pour lui, tout est politique. Dans ses chroniques à la BBC, dans celles surtout qu'il donne au journal de gauche Tribune, il peut partir d'un fait anodin, d'une scène de rue pour tenter d'en décrypter la vraie signification. Il n'épargne personne. Ses cibles ? Les ravages des propagandes nazie et stalinienne ("La Ferme des animaux", 1945), mais aussi une démocratie anglaise gangrènée par les injus­tices sociales.

“Parler de liberté n'a de sens qu'à condition
que ce soit la liberté de dire aux gens
ce qu'ils n'ont pas envie d'entendre.”


Si George Orwell adore son pays, ce «fouillis» de villes enfumées et de petites routes sinueuses et vertes, il veut en débusquer les lâchetés pour mieux en souligner les traits de courage. «Parler de liberté n'a de sens qu'à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu'ils n'ont pas envie d'entendre.» Aussi fustige-t-il certains intellectuels de gauche : alignés sur les thèses de Moscou, ils mentent, estime-t-il, et, trop nourris de phrases toutes faites, ils ne comprennent rien à ceux, affamés, qu'ils sont censés défendre. Aussi dénonce-t-il également l'état de la presse, notamment celle à gros tirage, comme le Daily Mirror : ignorant volontairement les questions internationales, elle est aux mains d'«une poignée de capitalistes qui ont intérêt au maintien du capitalisme et qui tentent donc d'empêcher les gens d'apprendre à penser».

A la lecture de ses chroniques dans Tribune, on comprend que l'ambition de George Orwell est de «transformer l'écriture politique en art» et de rétablir le centre de gravité entre langage et vérité. Pamphlets et slogans l'intéressent parce qu'ils pervertissent certains mots auxquels il faut redonner leur vrai sens, histoire que l'homme de la rue ne se laisse pas vriller les tempes par de simples slogans sur le fascisme ou le communisme - tel le personnage d’"Un peu d'air frais" (1939). George Orwell ne prend jamais ses lecteurs de haut, mais sollicite leur exigence et leur réflexion. Première condition, pensait-il, d'une liberté individuelle et collective toujours à conquérir.

http://www.telerama.fr/livre/si-la-gauc ... ,45459.php
superuser
 
Messages: 14468
Inscription: 29 Juin 2004
Localisation: Paris

Re: Si la gauche relisait Orwell...

Messagede zapzappette » 26 Juil 2009

si la gauche lisait Jacques Rancière ....
zapzappette
 
Messages: 26
Inscription: 14 Juil 2009

Re: Si la gauche relisait Orwell...

Messagede tristesir » 26 Juil 2009

Et si la gauche lisait tout simplement Marx, Lénine, Trotsky... :lol:
L'avenir appartient à ceux qui ont des employés qui se lèvent tôt.
Le travail c'est la santé du capital.
Tout travail mérite patron.
Si tu n'as pas délocalisé une usine Molex avant 50 ans, tu as raté ta vie !
tristesir
 
Messages: 14445
Inscription: 05 Déc 2005
Localisation: TAZ

Re: Si la gauche relisait Orwell...

Messagede patrice-merignac » 26 Juil 2009

et si dans notre pays il y avait assez de gens pour creer enfin une societe socialement responsable et cela enfin car je ne l'ais jamais meme entrevu meme par le ps
patrice-merignac
 
Messages: 336
Inscription: 18 Jan 2009

Un livre-roman sur le chômage en Allemagne

Messagede tranquille2 » 28 Juil 2009

http://www.monamiechomeuse.com/blog/?p=128

Présenté par ... une mamie chômeuse.
tranquille2
 
Messages: 518
Inscription: 08 Avr 2008

Re: Un livre-roman sur le chômage en Allemagne

Messagede maguy » 28 Juil 2009

Très drôle ce blog, très bien écrit en plus !

Garder son humour, surtout corosif, j'adore ! Merci
La vérité est comme le soleil, elle fait tout voir et ne se laisse pas regarder.
Victor Hugo
maguy
 
Messages: 14142
Inscription: 24 Déc 2005

Livre : La concurrence et la mort

Messagede naejjm » 01 Aoû 2009

La concurrence et la mort
de Philippe Thureau-Dangin

[La concurrence degré zéro de la pensée]

Quatrième de couverture

Ce n'est pas un livre d'économie, mais un livre sur l'économie.
D'une écriture ciselée et fluide, Philippe Thureau-Dangin nous mène au pays du libéralisme réel. L'envers de la société du spectacle, c'est une société de concurrence. Tout s'achète, tout se vend. Mais par le spectacle, les marchandises et la concurrence, les sociétés se donnent les moyens d' " oublier " les dégâts de la compétition. La concurrence est paradoxale, elle est à la fois ce qui arrête et ce qui pousse.
Passage et obstacle, liberté et contrainte - contrainte librement choisie - elle a pris la place de la mort comme aiguillon de nos existences. Mais à quelle fin ? Le triomphe du libéralisme dans les années 80, l'écroulement du socialisme réel, le capitalisme, seul et partout, signifiaient pour certains la " fin de l'Histoire " promise par Hegel. Il n'en est rien. Mais les Etats semblent paralysés pour mener une politique face aux intérêts privés qui dirigent l'économie.
Pourtant, de façon diffuse mais de plus en plus perceptible, la contestation - intellectuelle et sociale - gagne du terrain. L'essai de Philippe Thureau-Dangin s'inscrit dans cette mouvance. Il allie avec bonheur la réflexion critique et le plaisir du texte.

L'Expansion

La déviance du capitalisme
En ces temps d'inepties électorales, une lecture qui fait réfléchir procure un dépaysement bienfaisant.
La thèse du livre est simple. A l'issue des Trente Glorieuses, nos sociétés sont devenues les plus riches du monde et probablement les plus riches de l'histoire de l'humanité. Voilà qui risquait fort de ramollir les esprits. Au lieu de surmonter la crise par le haut, le capitalisme en danger a choisi de régresser en généralisant la concurrence.

Toute la question de l'économie aura été, pendant un temps, de créer de l'abondance dans un monde de rareté. Aujourd'hui, le système libéral de marché se donne comme première tâche de créer de la rareté dans un monde d'abondance.
La concurrence ne s'applique pas seulement aux biens, elle s'impose aussi dans tous les mécanismes de la société et notamment dans les relations sociales, renforçant les inégalités. Du coup, la crise (économique) débouche sur les crises (sociales, politiques, internationales). N'en déplaise aux libéraux, il existe un fil d'Ariane entre le libéralisme économique, d'une part, et les mouvements séparatistes, les soulèvements nationaux et les manifestations racistes, d'autre part.

Finalement, pour Philippe Thureau-Dangin, nous ne faisons plus face à la mort, car la concurrence (l'économie) a pris la place de la mort comme aiguillon de nos existences. Qui lutte pour un poste, pour une place, pour un contrat ou un honneur, ne pense pas à elle.

Si le sujet est grave, certains passages du livre ne sont pas tristes. Ainsi le parallèle entre nos moeurs et celles du Moyen Age, avec les grands suzerains féodaux (les multinationales) et leurs vassaux (les sous-traitants), les prélats d'Eglise (les gouverneurs des banques centrales) et les congrégations religieuses (les Etats, qui tiennent les registres d'état civil, les écoles et les hospices)... Livre sur l'économie et non pas livre d'économie, l'ouvrage est dense, certes, mais clair et surtout admirablement écrit. --Jean-Marie Gisclard--

L'Entreprise

La compétition serait-elle l'opium de l'économie?
Un essai décapant. Il est utile, en ces temps de malaise, de prendre un peu de recul pour mieux comprendre quelles sont les règles du jeu que nous sommes forcés de jouer à chaque instant. Exemple: le principe de concurrence qui s'est établi comme l'alpha et l'oméga des sociétés contemporaines, régnant sans partage sur l'économie, mais aussi sur le système éducatif ou le sport.
Démontant avec brio une légion d'idées reçues sur la question, Philippe Thureau-Dangin nous explique, de façon très convaincante, que la compétition n'est pas une donnée de la vie économique et sociale, mais une construction idéologique récente. Un livre aussi éclairant qu'agréable à lire. --Bernard Kapp--

:arrow: http://www.lire.fr/critique.asp/idC=30971/idR=213/idG=8

:arrow: http://www.partage.nextmove.fr/resource ... a+mort.pdf
naejjm
 
Messages: 1838
Inscription: 18 Sep 2008

Livre: Condition de l'homme moderne, Hannah Arendt

Messagede naejjm » 02 Aoû 2009

:arrow:" La modernité se caractérise essentiellement par un renversement, qui consiste à faire de la vie active, et non plus de la vie contemplative, ce qui constitue l'humanité de l'homme. Cette inversion est aussi ce qui fonde l'aliénation de l'homme moderne, qui finit par ne plus comprendre ce qu'il fait."



Amazon.fr
L'homme moderne perd sa vie à la gagner. Que fait-il, en effet ? Travailler pour subvenir à ses besoins ? Oeuvrer pour construire un monde d'objets dont les plus éminents sont les oeuvres d'art ? Agir au sens politique du terme pour instituer un monde commun régi par des valeurs communes ? Sans conteste, de ces trois modalités de la vie active (par opposition à la vie contemplative des Anciens), la dernière est désormais sacrifiée. Notre époque est ainsi marquée par le dépérissement du politique et le triomphe de l'économie. La condition de l'homme moderne est celle d'un homo laborans qui ne se reconnaît plus dans ce qu'il fait, et non celle de cet animal politique, comme le définissait Aristote, qui se construisait en construisant la cité.

L'horreur économique n'a pas attendu la mondialisation pour alerter les philosophes. Ne patientez pas jusqu'à la prochaine dépression boursière pour vous donner le loisir de lire ce classique résolument moderne ! Paul Klein

par Business Digest
La glorification de la vie active.
La modernité se caractérise essentiellement par un renversement, qui consiste à faire de la vie active, et non plus de la vie contemplative, ce qui constitue l'humanité de l'homme. Cette inversion est aussi ce qui fonde l'aliénation de l'homme moderne, qui finit par ne plus comprendre ce qu'il fait.
Travail, oeuvre, action : trois modalités fondamentales de la vie active.
La vie active désigne trois manières pour l'homme d'être lié au temps : l'homme travaille pour survivre, il produit des oeuvres pour conférer une permanence à son existence, ses actions sont la condition même de l'Histoire. En sur-valorisant le travail, la modernité condamne l'homme au caractère éphémère de la vie.
L'action comme condition du politique.
Sans l'action et le langage qui les sauvent de l'oubli, le travail et les oeuvres des hommes n'auraient aucun sens. En valorisant la production d'objets matériels au détriment de l'action des hommes dans le monde, la modernité aboutit nécessairement à une dégradation du politique : les hommes n'ont plus de monde en commun. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.

Business Digest
Notre rapport au monde, au travail, à l'action, est gouverné par une idéologie d'autant violente qu'elle s'impose sur un mode implicite. Il va de soi que celui qui ne produit pas n'existe pas ; il va de soi que travailler c'est produire et que vivre c'est consommer ; il va de soi qu'il faut produire plus, plus vite, avec le minimum de coûts. Hannah Arendt expose (souvent sur un mode confus et moins opératoire que Marx) la réduction idéologique mortelle auquel le monde moderne s'est soumis comme s'il s'agissait d'une fatalité. Fatalité du marché, fatalité de la mondialisation, fatalité du progrès au nom d'une seule et même loi : la productivité... Et celui qui parfois tente de négocier avec cette soit-disant fatalité apparaît comme un réactionnaire dépressif ou un utopiste dangereux qui n'a ni le sens du terrain ni le sens de l'histoire.

La victoire de «l'homo faber» est proclamée, et l'époque moderne se caractérise par un certain nombre de croyances qui consignent cette victoire : confiance aveugle placée dans la technique, assimilation de l'intelligence à l'ingéniosité, soumission au principe d'utilité, instrumentalisation du monde et identification de la fabrication à l'action.

Et pourtant si l'on se veut homme de terrain et de décision l'on est bien obligé de constater que la vie active ne s'épuise pas dans la notion de travail-production, que l'essentiel dans les entreprises se joue dans ces autres modalités de la vie active que sont l'oeuvre et l'action. Le diagnostic d'Hannah Arendt garde-t-il sa pertinence à l'heure du management, de l'innovation, de la création de richesse immatérielle, de marché de l'information ? Autrement dit les entreprises opèrent-elles encore cette réduction de la vie active au travail produisant des objets périssables, de l'homme au producteur-consommateur ? Oui et non.

Non, parce que ceux qui sont amenés à diriger des hommes, à conduire des projets, à mobiliser des énergies, à innover, sentent que leur action se définit davantage selon les catégories de l'oeuvre et du «faire» que selon celle du travail. Assurer une certaine permanence et cohérence à un projet, gérer des conflits, créer des synergies et un authentique sens de l'équipe, imaginer de nouvelles façons de faire ou de nouveaux produits, de fait cela ressort plus de l'action que du travail de production.

Oui, parce que ce qui pouvait apparaître comme une perspective il y a une quarantaine d'années est devenu la réalité quotidienne d'une partie de ceux qui voudraient contribuer au cycle production-consommation et qui s'en trouvent exclus.
Oui, d'autant que les critères selon lesquels on évalue le «faire» de la production sont devenus les seuls critères de l'action. L'homme quoiqu'il fasse est assimilé à un homo faber (une ressource) ses «actes» doivent être productifs comme une machine.

Le problème aujourd'hui est sans doute moins une exclusion des deux dernières catégories qu'une confusion idéologique qui vise à évaluer et à déterminer l'oeuvre et l'action à partir des critères du travail.
La réduction de l'homme à l'homo faber n'a pas supprimé l'homme qui pense, qui agit, qui décide et qui contemple, elle a fait pire, en le soumettant à des catégories ou valeurs qui ne peuvent être les siennes. La révolution économique et technique, dont on ne peut ni ne doit sous-estimer les effets, nous contraint à une rationalité limitée à ce qui est quantifiable et mesurable. Elle opère donc une confusion (à son avantage) entre ce qui est de l'ordre de la technique et ce qui s'y refuse, entre ce qui appartient à l'objet (connaissance technique, production, consommation) et ce qui est du ressort du sujet (décision, innovation, instauration d'un monde). Et le théâtre le plus spectaculaire de cette confusion, c'est l'entreprise.

Elle prône le risque, l'innovation, le management participatif (catégories du sujet, de l'oeuvre et de l'action) mais elle les évalue avec les critères de la production et de la technique : les effets doivent être immédiatement visibles et utiles c'est-à-dire productifs et certains. Or, celui qui prend un risque, qui invente une nouvelle manière de faire ou d'être, sent bien qu'il lui faut du temps (un autre temps que celui de la production), une maîtrise (une autre maîtrise que celle de la technique), une confiance en ceux avec qui il se lance (qui est bien autre chose qu'un contrôle qualité), bref des critères qui ne sont pas ceux de l'homo faber.

L'enjeu de l'entreprise, c'est de sortir de cette confusion entre ce qui appartient au monde de la technique (application qui doit être parfaite et productive) et ce qui relève du monde de l'humain (implication toujours fragile à renouveler) en évaluant selon les critères adéquats ce qui fait la spécificité de chaque mode d'action. Par exemple ne pas demander au même moment d'être innovants et performants, de prendre des risques et d'assurer une prévisibilité parfaite, d'être spécialiste et ouvert à toute possibilité, d'être rapide et réfléchi, de penser et de produire.

Ce n'est qu'en renonçant à ces confusions que l'entreprise cessera d'exacerber nos contradictions pour devenir un lieu possible de sens. -- Christine Cayol
naejjm
 
Messages: 1838
Inscription: 18 Sep 2008

Re: Livre :Condition de l'homme moderne ,Hannah Arendt

Messagede naejjm » 02 Aoû 2009

Gisèle Berkman travaille sur les représentations de l'activité de pensée

:arrow: http://sites.radiofrance.fr/chaines/fra ... 10078&pg=3
naejjm
 
Messages: 1838
Inscription: 18 Sep 2008

PrécédenteSuivante

Retourner vers CULTURE CHÔMEURS

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré