Le choix de la défaite par Annie Lacroix-Riz

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Le choix de la défaite par Annie Lacroix-Riz

Messagede José » 30 Jan 2010

Quelles sont les causes de la défaite française de 1940 ? Comment comprendre l’engagement des banquiers et industriels dans la " collaboration économique " avec les Allemands entre la défaite et la libération de Paris sans s’interroger sur la phase précédente ? Les classes dirigeantes françaises ont-elles planifié dans la décennie 1930, comme leurs homologues belges guidées par la Banque nationale de Belgique, l’occupation prochaine de leur pays par l’Allemagne de Hitler ?

1 vidéo de 75 minutes. On comprend mieux comment et pourquoi on en est là !

http://www.internationalnews.fr/article ... 60345.html
José
 
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Re: l'internationale capitaliste

Messagede superuser » 31 Jan 2010

On le sait : en 1914 on a envoyé, la fleur au fusil, moult chair à canon défendre des intérêts exclusivement industriels - ceux des capitalistes, dits alors "à papa"… - sous couvert de "patriotisme". Mais dans cette guerre la France n'était pas partie perdante et, malgré le prix payé en horreurs et en vies humaines, elle l'a tout de même gagnée.

Puis, pour s'en remettre au mieux et plus vite, ce capitalisme "à l'ancienne" a trouvé une combine de génie : il s'est "financiarisé". Pire : pompant aux socialistes de l'époque l'idée d'une Internationale prolétaire, leur coupant ainsi et pour toujours l'herbe sous le pied, il s'est peu à peu discrètement mondialisé. Un véritable coup de maître.

Dès lors, forcément, il a cessé d'être "patriote"... Ce qu'on appelle aujourd'hui la "mondialisation" s'est mise en place à cette période, mais le terme n'était utilisé que pour parler des guerres.

Il est clair qu'en 1940, la capitulation de la France a non seulement été mal vécue, mais a suscité d'énormes doutes. Je suis en train de relire le LUTÉTIA de Pierre Assouline, roman qui se déroule entre 1938 et 1945 dans ce palace qui, après avoir été le QG de l'Abwehr durant l'Occupation, a accueilli les déportés de retour des camps : outre la beauté de son écriture, le choc et la suspicion provoqués par cette capitulation quasi immédiate ainsi que les magouilles financières à grande échelle ("Donne-moi ta montre et je te donnerai l'heure…") qui lui ont succédé sont très bien évoquées.

Crises après crises, on sait aujourd'hui que le "capitalisme financier" porte en lui des germes hautement toxiques : d'ailleurs, ses crises sont qualifiées de "systémiques" par les analystes les plus anti-conformistes. Mais c'est pas grave, bien au contraire !

Après octobre 1929, en une décennie, le célèbre krach boursier a fait le lit de la seconde guerre mondiale à cause son impact sur ce qu'on appelle aujourd'hui "l’économie réelle"... Cependant, dans les années 30, puissance en devenir, la "phynance" naissante adoptait de nouvelles stratégies afin d'asseoir sa prospérité/son parasitisme par le truchement des banques, avec l'incontournable complicité des grands chefs d'états. Son but : anéantir toute velléité de progrès social, par tous les moyens. Ainsi, nombreux sont ceux qui ont préféré soutenir, directement ou par des voies détournées, le nazisme/fascisme contre toute tentative progressiste (considérée comme déviante) en agitant le spectre du communisme soviétique. Prosaïquement, c'était la peste contre le choléra. Fondamentalement, c'était les intérêts des élites contre ceux des peuples (je parle du progrès social en général, non de l'URSS, bien qu'à l'époque il était facile de s'aveugler sur la révolution russe et ses avatars).

"Complot" ou "lobbying", au choix ! Rien n'a changé : on en est toujours là aujourd'hui.
La pieuvre est solidement vissée dans le tissu économique. Et pour ces classes dirigeantes, indéboulonnables, chaque "crise" est l'occasion d'innover et d'asseoir un peu plus leur domination. On peut dire que l'écrasement est total. :cry:

Merci, José : très intéressant ! Je vais me procurer le livre d'Annie Lacroix-Riz.
(Dommage pour le bruit de fond, dans cette vidéo, qui nous fait déplorer qu'elle parle un peu dans le vide... :( )
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Annie Lacroix-Riz chez Mermet

Messagede superuser » 20 Juin 2010

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Années 30 - austérité - Annie Lacroix-riz

Messagede stm_artin » 19 Oct 2011

Je vous propose un extrait du livre d'Annie Lacroix-riz concernant les solutions gouvernementales à la crise dans les années 30 assorti d'un lien vidéo ou elle fait le parallèle avec les années 2000. (tres corrosif à voir pour se faire plaisir)

http://www.dailymotion.com/video/x5njza ... acroi_news

Pour la petite histoire, Annie Lacroix-riz à fait l'objet de controverses; extrait de wikipedia:
-> Cette historienne est aujourd'hui plus proche de l'historiographie anglophone issue de l'école de la New Left américaine des années soixante (Flemming et Williams), courant d'historiens marxistes.

-> À propos de la famine en Ukraine de 1932-33, elle écrit : « L’URSS a connu en 1932-1933 une sérieuse disette conduisant à un strict renforcement du rationnement, pas une famine et en tout cas pas une famine à "six millions de morts"... » et dénonce une « opération de propagande », un « bobard », une « campagne de presse ». Cet article a suscité en 2006 de vives réactions, dans les associations de la diaspora ukrainienne, dont le Congrès mondial ukrainien. À la suite de ces propos, une association d'Ukrainiens d'extrême-droite (ifrap), soutenue par l'historien Courtois, a organisé une pétition pour « appeler les plus hautes autorités de l’État à tout mettre en œuvre pour lutter contre le révisionnisme stalinien »,

petite note de steph:
J'ai modifié certains paragraphes, afin que ce soit buvable sans faire trop d'efforts de concentration.

extrait:
Les solutions gouvernementales du début des années 1930

--> politiques droitières et gouvernement sous tutelle:
Avec la crise économique, les milieux financiers lancèrent une campagne visant la baisse des salaires, la baisse des charges pour les entreprises et à promouvoir l'assainissement des finances. Malheureusement, au second tour des élections d'avril 1928, 3 millions de voix se reportèrent sur les candidats des "factions du désordre", mettant cette ambition en situation d'échec relatif. Relatif car l'offensive se poursuivit malgré tout avec un gouvernement Point Carré qui atténua la porté du scrutin(voir ->1 et ->2).
La mise en oeuvre effective de cette politique put ainsi voir le jour. Le parti radical socialiste-Janus se montrant raisonnable l'ère Point Carré se maintint de fait et les milieux financiers trouvèrent ce gouvernement aussi plaisant que celui de 1926.

Selon les archives:
1 -> Pour la Sureté nationale: Ces élus issus du scrutin d'avril, furent dénommés; "les républicains raisonnables".
2 -> la banque de France aurait forcé la main pour la convention stabilisatrice qu'elle obtint au début de l'été 1928.
3 -> Remarque:
Selon les archives; la Sureté nationale ajouta en commentaire que: Les milieux financiers et politiques feraient bien de tirer les enseignements des faits ci dessus cités, en supprimant le second tour de scrutin à l'occasion duquel les gauches se regroupaient).

Des formules gouvernementales et parlementaires droitières fondées sur l'austérité et l'assainissement financier se succédèrent, comblant de bonheur la presse générale ou financière. Elles intégraient les radicaux, dont le seul point original du programme, l'école unique, était vouée à l'echec par la pression cléricale, et qui se résignaient à leur destin, comme Herriot, sous le cartel des Gauches, devant le comité exécutif de son prati: Il n'y a rien à faire! Nous sommes prisonniers des banques qui détiennent 50 milliards de bons à court terme.

--> Quand les élections perturbent les plans de l'oligarchie:
Le triomphe de la dictature bancaire, malgré la participation des radicaux jusqu'en janvier 1936 (puis au delà, Front populaire inclus) dans les formations de coalition, n'était pas suffisant. Le capital jugeait son pouvoir trop menacé par les impératifs électoraux récurrents et par la sensibilité consécutive des parlementaires. Tout échec des organisations patronales dans le contrôle de leurs agents politiques les mettait en fureur. Après lui avoir apporté leur soutien, elles s'emportèrent en mai 1930 contre Tardieu parce qu'il n'avait pu empêcher le glissement à gauche qu'indiquaient les votes des Assurances sociales et la suppression des actions à vote plural. Le ministre du budget, François piétri, était pourtant un homme de confiance. Détenant des intérêts considérable dans plusieurs affaires en Indochine, cet homme de la banque d’Indochine était aussi lié au groupe Worms. Il avait à l'été 1931 taillé, sans pitié, férocement, dans les prévisions de dépenses des différents ministères. Mais les financiers doutaient de sa capacité à mettre en oeuvre l'austérité. On n'a pas d'exemple d'un budget voté, à quelques mois du renouvellement de la Chambre, comportant d'importantes réductions des prévisions.

Illustrant aussi cette instabilité électorale, Daladier, réagissant à une forte baisse de salaires enregistrée dans l'industrie dès 1930-1931 de 5 à 15%, interpella sur la question du salaire des mineurs à la séance de la Chambre du 26 mars 1931. Il dénonça avec fougue l'oligarchie du sous-sol dominant l'état et le cabinet Laval qui subordonnait les intérêts de l'industrie française et les intérêts généraux du pays à l'égoïsme des houillères du Nord et du Pas-de-Calais dont les dirigeants avaient accumulé trois milliards de réserves de bénéfices. Pis encore, la baisse, quotidiennement exigée, du traitement des fonctionnaires, bête noire du grand capital, demeurait en 1931 à l'état de projet. Bien que Radicaux et républicains socialistes juraient vouloir faire voter en temps utile par la Chambre un budget bien équilibré, ils hésitaient toujours à passer à l'acte: la déflation, imposant certains sacrifices pour les fonctionnaires et pensionnés, dresserait contre eux une clientèle électorale nombreuse et remuante confondue avec la leur...
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Re: Le choix de la défaite par Annie Lacroix-Riz

Messagede tristesir » 23 Oct 2011

Passionnante cette vidéo. Mais il faut avoir la patience d'aller jusqu'au bout.
L'avenir appartient à ceux qui ont des employés qui se lèvent tôt.
Le travail c'est la santé du capital.
Tout travail mérite patron.
Si tu n'as pas délocalisé une usine Molex avant 50 ans, tu as raté ta vie !
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