Travailler au Crédit Suisse sous contrat britannique

Halte aux idées reçues !!! La délinquance la plus lucrative (et la plus dangereuse) n'est pas celle que tout le monde croit… Nous attendons vos réactions.

Modérateurs: Yves, superuser

Travailler au Crédit Suisse sous contrat britannique

Messagede superuser » 19 Mai 2012

Un courriel intrigant est arrivé à la rédaction de Rue89 : «Je voulais vous faire part d’une situation de marchandage actuellement traitée par les Prud’hommes. Le Crédit Suisse met a disposition certains salariés dans sa succursale à Paris sous contrat britannique. Cela permet de faire d’importantes économies, notamment sur les charges sociales qui sont payées en Grande-Bretagne. Cela permet de plus au Crédit Suisse de se débarrasser des salariés en un coup de téléphone.»

Nous avions entendu parler d’Easyjet et Ryanair condamnés pour avoir salarié sous contrat britannique et irlandais du personnel navigant et des pilotes travaillant en France. Mais d’une banque d’affaires appliquant la même méthode à du personnel français peu mobile, jamais.

Analyste financier à La City

Le jeune homme préfère garder l’anonymat. Il cherche un nouvel emploi. Et «le monde de la finance n’est pas grand», sourit-il dans un rictus inquiet.

Après un déjeuner passé à raconter son histoire, Laurent – c’est par ce nom d’emprunt qu’il a signé son courriel – se précipite vers le serveur dans l’idée de régler l’addition. Il a encore du mal à se faire à la situation. Licencié, sans indemnités, il n’a plus de source de revenus. Il est retourné vivre chez ses parents à 30 ans. A La City, il gagnait 100.000 euros par an.

Laurent était analyste financier. Il conseillait les entreprises françaises du CAC40 sur la création de montages «destinés à monétiser leurs participations dans d’autres entreprises», explique-t-il. L’air peiné d’avoir à vulgariser alors qu’il y a quelques mois encore il évoluait au milieu de «gros dirigeants» pour travailler «sur des situations qui allaient changer la structure financière des entreprises et faire l’objet d’articles dans les journaux». Quatre ou cinq «deals» par an et le profit était assuré.

Interdiction de retourner à Londres

Un appartement en colocation, une petite amie, des journées de travail de plus de douze heures. Durant trois ans, l’analyste n’a croisé que des financiers, c’est ce qui lui plaisait. Ses supérieurs l’encourageaient. Puis, ça a commencé à changer...

«Je venais à Paris pour voir mes clients, une fois par semaine, puis deux fois, puis de plus en plus. Jusqu’au jour où on m’a interdit de rentrer à Londres. Quand je n’étais pas au bureau à Paris, mes supérieurs me demandaient où j’étais. Mes billets de train n’étaient plus pris en charge. Bref, je devais rester en France. J’étais carriériste avant tout, j’ai accepté.»

Laurent passe ses semaines à Paris. Il avait emménagé à Londres avec son amie, ils se séparent. Un contrat de «détachement» lui est rapidement proposé. Un contrat britannique pour travailler en France, dans les locaux de la succursale parisienne du Crédit Suisse : «Mes chefs m’ont vendu du rêve en me disant qu’ils avaient négocié ce contrat pour moi, que personne d’autre ne pouvait l’avoir, que je ne paierai pas de charges... Je n’étais pas spécialement mécontent, je n’avais pas le choix non plus, j’ai signé.»

Le Crédit Suisse paie le rapatriement de ses biens personnels en France.

Un «privilège» fatal

Laurent n’ose pas raconter à ses collègues qu’il est «détaché», pensant que c’est un privilège. Enfin, il préfère le penser : «Je me posais quelques questions, mais je ne pouvais pas demander à passer sous contrat français. C’était un signal négatif à envoyer à mes employeurs, qui aurait signifié que j’avais peur de perdre mon emploi.»

Ce qui finit de toute façon par arriver : «Depuis quelques temps déjà, j’envoyais des mails pour proposer des idées de transaction et personne ne me répondait. Et puis un beau jour, j’ai été convoqué dans le bureau de l’un de responsables. Les RH de Londres étaient déjà en ligne, en mode conference call. On m’a dit que la demande allait mal, que ma situation avait été identifiée comme étant à risque, que je perdais mon emploi. On m’a prié de faire mes cartons, rendre mes clés et quitter les lieux le jour même. J’ai demandé s’il n’y avait pas de procédure à respecter. Non, m’a-t-on répondu, parce que j’étais sous contrat britannique. Seule obligation, me verser deux mois de salaire. Mais ensuite ?»

Laurent n’a pas cotisé aux Assedic, il ne touche pas d’allocations chômage. Ses droits à la Sécurité sociale sont épuisés. Ironie du sort, le Crédit Suisse lui propose de rapatrier ses biens en Grande-Bretagne.

En violation des lois de police françaises

Deux dispositifs juridiques encadrent pourtant le travail d’entreprises étrangères en France, résume Me Jacquet Duval :

• Les lois de police françaises s’appliquent à tout salarié qui travaille sur le sol français de manière stable, quels que soient les accords passés entre les parties. Le droit du travail relève de ces lois : le salarié européen qui travaille en France dépend de la convention collective de son secteur, est soumis aux durées de travail françaises, suivi par la médecine du travail, etc.

• La directive européenne de 2011 limite à deux ans la durée du détachement d’un travailleur européen en France, le temps d’une mission spécifique. Au-delà, l’entreprise doit payer ses cotisations sociales en France. Le salarié, lui, cotisera alors aux Assedic.

L’avocate spécialisée en droit social constate cependant la multiplication des cas de détachement de salariés français en France, notamment dans les compagnies aériennes, mais également dans les banques d’affaires. Pour les salariés concernés, elle parle d’«impatriés» : «C’est une distorsion de la loi qui permet d’avoir des salariés à moindre coût, sans payer les cotisations sociales françaises. Les salariés, eux, pensent faire une économie».

Contacté, le Crédit Suisse n’a pas souhaité réagir.

http://www.rue89.com/rue89-eco/2012/05/ ... ais-232233
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Re: Travailler au Crédit Suisse sous contrat britannique

Messagede nanard » 19 Mai 2012

...Il a encore du mal à se faire à la situation. Licencié, sans indemnités, il n’a plus de source de revenus. Il est retourné vivre chez ses parents à 30 ans. A La City, il gagnait 100.000 euros par an


Snif, snif.
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Re: Travailler au Crédit Suisse sous contrat britannique

Messagede maguy » 19 Mai 2012

Snif, snif.

Je n'osais pas le dire :lol:

IL a été apparemment incapable de prévoir le pire et de mettre de l'argent de côté, pourtant quand on travaille autant on n'a pas trop le temps de le dépenser.
Laurent était analyste financier. Il conseillait les entreprises françaises du CAC40 sur la création de montages «destinés à monétiser leurs participations dans d’autres entreprises

Encore un jeune loup aux dents longues qui faisait un métier pas trop joli, rachat de sociétés = licenciements après pillage des brevets et du savoir-faire.
J’étais carriériste avant tout, j’ai accepté.

Et oui, encore l'histoire de l'arroseur arrosé ou du pigeon qui devient statue. J'ai du mal à le plaindre...
La vérité est comme le soleil, elle fait tout voir et ne se laisse pas regarder.
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Re: Travailler au Crédit Suisse sous contrat britannique

Messagede serabeth » 19 Mai 2012

Encore un jeune loup aux dents longues qui faisait un métier pas trop joli, rachat de sociétés = licenciements après pillage des brevets et du savoir-faire.

Si ça se trouve, c'est un autre jeune loup aux dents longues qui a inventé le coup de " l'impatrié " sous contrat britannique ... :mrgreen:
Ha! elle est belle la jeunesse... :D
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Re: Travailler au Crédit Suisse sous contrat britannique

Messagede maguy » 19 Mai 2012

Ha! elle est belle la jeunesse...

Pas très futée surtout...

J'me voyais déjà, la la la
Plus on monte haut et vite, plus dure sera la chute. Cela s'appelle de l'expérience quand on prend le temps de réfléchir.
La vérité est comme le soleil, elle fait tout voir et ne se laisse pas regarder.
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Re: Travailler au Crédit Suisse sous contrat britannique

Messagede steph60 » 21 Mai 2012

Bonjour,

Que ce "jeune loup aux dents longues" prenne une telle claque après avoir gagné 100 000 euros peut faire sourire ... mais je pense qu'il a raison de se battre pour que son cas soit divulguer sur la place publique. Il s'expose aux moqueries et surtout au risque de ne pas retrouver facilement du travail dans sa branche. Et peut être qu'il fait ça avant tout pour lui même (récupérer des droits ? laver une humiliation ?) ... mais n'empêche, si personne n'arrête ces employeurs, ces pratiques vont s'étendre à tous ceux qui bossent près des frontières pour X ou Y raison et des catégories sociales plus fragiles vont en prendre plein les dents et signer n'importe quoi comme contrat. Il a raison de dénoncer et rien que pour ça je ne me moquerai pas de lui.
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Re: Travailler au Crédit Suisse sous contrat britannique

Messagede maguy » 21 Mai 2012

steph60 a écrit:Bonjour,

Et peut être qu'il fait ça avant tout pour lui même (récupérer des droits ? laver une humiliation ?) ... mais n'empêche, si personne n'arrête ces employeurs, ces pratiques vont s'étendre à tous ceux qui bossent près des frontières pour X ou Y raison et des catégories sociales plus fragiles vont en prendre plein les dents et signer n'importe quoi comme contrat. Il a raison de dénoncer et rien que pour ça je ne me moquerai pas de lui.

Il ne trouvait rien à redire, que je sache, lorsqu'il bénéficiait lui-même des largesses du système. Il en profitait sans vergogne, sans même avoir réfléchi aux conséquences. Il est "carriériste" avoue-t-il lui-même. Il a pris des risques, a joué et a perdu. Alors qu'il ne vienne pas pleurer.

C'est le propre de la jeunesse de se croire invincible et d'être naïf. Maintenant il se méfiera, mais lui au moins en aura profité.

La plupart des gens signent n'importe quel contrat par ignorance souvent et se retrouvent beaucoup plus démunie en fin de compte.
La vérité est comme le soleil, elle fait tout voir et ne se laisse pas regarder.
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