La dernière de Copé

Halte aux idées reçues !!! La délinquance la plus lucrative (et la plus dangereuse) n'est pas celle que tout le monde croit… Nous attendons vos réactions.

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La dernière de Copé

Messagede superuser » 28 Sep 2010

On le sait, dans son livre où il “a écrit tout haut ce que tout le monde pense tout bas“, Martin Hirsch, avec une pudeur de jeune fille, fustige les «conflits d'intérêts»...

Certains matins, il arrive que les mots se dérobent. On les cherche, mais ils glissent. Ainsi à propos de la réaction de Jean-François Copé au livre de Martin Hirsch.

"Il se trouve que Martin Hirsch et moi nous avons un point commun que nous avons découvert en parlant : ses parents, comme mon père pendant la guerre, ont été sauvés par des Justes." Et Copé d'ajouter : "Je me suis demandé s'il ne faisait pas de la délation."

Les mots manquent pour qualifier l'ignominie de cette riposte, comme ils manquaient à Hirsch, à qui France Inter a fait réécouter la bande-son ce matin. Ainsi donc, poser la question du conflit d'intérêts de Copé, qui serait payé jusqu'à 20.000 euros par mois par un cabinet d'avocats, pour "deux ou trois après-midis par semaine", ce serait l'équivalent de dénoncer des Juifs sous l'occupation ? Arborer en bandoulière les persécutions subies par son père devrait valoir à Copé brevet d'impunité éternelle ? Et après, on va chercher des poux à Viviane Reding, qui a convoqué la même référence historique, à propos des expulsions de Roms ? On menace, comme Sarkozy, de boycotter un sommet européen si elle ne s'excuse pas ?

Si les mots manquent aussi, mais cette fois par lassitude, c'est pour qualifier l'incuriosité journalistique devant la scandaleuse situation de Copé. Qu'il soustraie ces fameuses "deux ou trois après-midis par semaine" à la lourde tâche pour laquelle il a été élu (réformer ce pays qui en a tant besoin, et aider le président de la République) est un premier scandale, que le journal d'Etienne Mougeotte devrait dénoncer tous les jours (à sa décharge, il en soustrait bien davantage pour se consacrer à la réalisation de ses très hautes ambitions pour 2017, mais il n'est pas seul dans ce cas). Mais qu'il oppose un refus sans appel à toute question sur les dossiers que lui confie ce grand cabinet d'affaires, au montant des revenus qu'il en retire, et que la question ne lui soit pas systématiquement posée dès qu'il parle dans un micro (c'est à dire sept fois par jour en moyenne, jours fériés compris), devrait être inacceptable. On l'entend déjà, quand il se trouvera un jour ou l'autre, immanquablement, au centre d'un maëlstrom à la Woerth : "Mais enfin, cette situation était connue ! Elle était sur la place publique. Et cela ne gênait personne !"

Tout ceci ne retire rien aux ambiguïtés de l'opération Hirsch. La tonitruante dénonciation du scandale des timbres-poste est distrayante, mais peut-être un peu surdimensionnée, et sans véritable rapport avec la question des conflits d'intérêts. Son refus d'inclure dans ses attaques ses amis Woerth et Brücker est humainement admirable, mais affaiblit un peu l'ensemble de la démonstration. Sa myopie sur les multiples détournements des missions de la police ou de la Justice, par exemple, au bénéfice de Sarkozy, de ses amis et de sa parentèle, suffit à elle seule à disqualifier l'entreprise, sans qu'il soit besoin de convoquer le fantôme épuisé des Justes.

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Saint Hirsch contre les conflits d'intérêt (mais pas tous)

Messagede superuser » 28 Sep 2010

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Début du grand craquement, ou énième coup bas ? Certains nomenklaturistes du Sarkozistan s'étripent ces jours-ci à propos d'un livre, publié par un homme d'autant plus dangereux qu'il campe aux marges du pouvoir. Martin Hirsch, ancien hiérarque d'une association caritative fondée par un ecclésiastique immensément populaire dans le pays, "l'abbé Pierre", s'est retrouvé par caprice de l'homme fort, quasi-ministre pendant quelques années. Cette colombe a côtoyé tous les dignitaires sarkozis, d'assez près pour connaître leurs petits secrets. Mais en même temps, il a toujours refusé d'en faire tout à fait partie. Un pied dedans, un pied dehors : potentiellement, de la dynamite, tant au Sarkozistan on ne sort jamais de la nomenklatura que les pieds devant.

L'homme publie un livre "contre les conflits d'intérêts".
Le thème est à la mode depuis que l'affaire Woerth a brutalement révélé au peuple comment une poignée de milliardaires influencent la politique fiscale du pouvoir, et bénéficient de passe-droits de toutes sortes.

Voir les dignitaires du Sarkozistan disserter gravement des "conflits d'intérêts" est un spectacle du plus haut comique pour l'observateur extérieur. Au Sarkozistan, tout le monde baigne dans le"conflit d'intérêts". Les critiques littéraires publient eux-mêmes des romans, que leurs chers collègues critiquent avec bienveillance (ou férocité). Les oligarques siègent dans de multiples conseils d'administration, s'interdisant ainsi de contrôler vraiment l'entreprise de l'oligarque voisin, puisque lui-même contrôle la vôtre. Les nomenklaturistes passent allègrement d'un ministère à un haut poste dans une grande banque, qu'ils contrôlaient encore la veille. Généraux en retraite, anciens ministres, anciens conseillers, anciens patrons : chacun fait commerce de son entregent, de son "carnet d'adresses". Jamais personne ne "balance". Arrive donc l'héritier de "l'abbé Pierre", voix flûtée, jolie tête d'enfant de chœur.

Hirsch a lu les journaux sur l'affaire Bettencourt : il s'est dit que l'heure était au déballage. Mais attention : Hirsch explique sans rire qu'il ne va pas déballer sur Woerth : il fait de la montagne avec lui. Il ne va pas non plus déballer sur un médecin en vue, le professeur Brücker, également mouillé dans l'affaire Woerth-Bettencourt pour avoir, en échange d'un million d'euros, écarté de la milliardaire les médecins qui auraient pu attester qu'elle n'avait plus toute sa tête. Non, lui aussi est un ami de Hirsch.

Hirsch a donc soigneusement choisi ses cibles. Même si cela relativise l'appréciation que l'on peut avoir de sa sincérité, la bagarre que provoque son livre est tout de même intéressante.

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Ses attaques se concentrent essentiellement sur deux hommes en vue du régime. L'un, Copé (ci-dessus à gauche, actuellement engagé dans une féroce bataille d'appareil contre le dignitaire de droite), le chef de la branche parlementaire du pouvoir, est en même temps avocat d'affaires. Pourquoi est-il grassement payé (20.000 euros par mois selon Hirsch, pour deux ou trois après-midis par semaine; Copé, quant à lui, n'indique pas de montant) par le cabinet d'avocat qui l'emploie, sinon pour se livrer au trafic d'influence ? Les médias du Sarkozistan sont remarquablement discrets à ce sujet, comme ils l'étaient l'an dernier sur l'épouse du ministre du Budget, quand elle était salariée d'une milliardaire du cosmétique fraudeuse du fisc. Recevant Copé vendredi soir, la chaîne d'Etat France 2 l'a exclusivement taquiné sur la lutte de pouvoir, mais sans lui souffler mot des attaques de Hirsch. Quand seront publiés des enregistrements pirates des conversations de Copé dans son bureau d'avocat, tout le monde se réveillera et hurlera en même temps. En attendant, silence.

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L'autre (Longuet, le chef de la faction parlementaire dans la deuxième chambre du Parlement, le Sénat, un inépuisable coffre à privilèges et à appartements de fonction, plusieurs fois dénoncé) est accusé d'avoir payé une datcha dans le Sud du petit Etat-voyou avec des timbres-poste. A cette occasion, les citoyens sarkozis ont découvert un petit privilège, un de plus, que personne n'avait jamais évoqué : à chaque fois que la Poste du pays édite un nouveau timbre-poste, des tirages rares sont envoyés en cadeau à certains hauts dignitaires (lesquels ? Combien ? Mystère…) qui s'empressent de les revendre. Les fonds ainsi recueillis sont assimilés à une "prime", comme l'avoue joliment Longuet. Bref, Longuet reconnait avoir reçu des timbres, quand il était ministre, pour un montant de mille euros par mois environ, mais certainement pas assez pour financer sa datcha. Les humoristes se pourlèchent. Demain, on passera à autre chose.

Vous me demanderez si les médias du Sarkozistan taisent ces révélations. La réponse est non. Ils en parlent (au moins les magazines écrits, à l'exclusion évidemment des journaux télévisés de forte audience). C'est "l'affaire du jour". Hirsch a donné de longues interviews à tous les magazines illustrés de la semaine. Alors, pourquoi restent-elles sans lendemain ? Parce que les médias sarkozis sont maîtres dans l'art de "passer à autre chose". Parce qu'ils "lâchent l'affaire", et la lâchent très vite. Parce que tout ceci, répètent les accusés en boucle, est "légal" (ce qui n'est d'ailleurs pas faux, tant le petit Etat regorge d'avocats astucieux).

Ces "révélations", régulières au Sarkozistan, se heurtent aussi à un fatalisme général. S'agissant de Hirsch, on notera en outre que ce favori de l'homme fort s'attaque à deux apparatchiks parlementaires alors qu'est discutée une réforme des retraites très impopulaire, et que le "Château" peut avoir intérêt à tuer dans l'œuf toute velléité de rebellion des parlementaires. Le saint homme n'est peut-être pas sans arrière-pensées. Le chef de la faction parlementaire Copé s'est d'ailleurs défendu… en attaquant Hirsch lui-même, actuellement président d'un organisme à voiture de fonction ("l'agence du service civique"), qu'il avait lui-même créé alors qu'il était sous-ministre, en "déterminant lui-même le traitement de son directeur" rappelle Copé, perfide. C'est grâce à ce type d'équilibre maffieux de la terreur que se perpétue tant bien que mal le système, au Sarkozistan. Plutôt bien que mal, d'ailleurs.

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