Actu Chômage

lundi
26 juin
Taille du texte
  • Agrandir la taille du texte
  • Taille du texte par defaut
  • Diminuer la taille du texte
Accueil Vivre le chômage Le temps «libre» du chômeur

Le temps «libre» du chômeur

Envoyer Imprimer
Aux yeux de tous, le chômage est considéré comme une maladie honteuse. Le temps qu'il nous impose est la première remise en question : comment l'occuper en dehors de sa recherche d'emploi ? Ensuite, ce temps peu à peu réapproprié incite inévitablement à nous interroger sur la définition, la valeur et l'utilité mêmes du travail.

Il ne peut y avoir de critique du chômage sans que cela débouche sur une critique du travail et, par extension, sur une réflexion sur le temps telle qu'elle avait été amorcée par ces grands visionnaires que furent Raoul Vaneigem et Guy Debord (entre autres).
Cette histoire de chômage incite à penser plus haut que de réclamer du travail ou autre foutaise. Du travail il n'y en a plus, c'est une espèce en voie de disparition - lire Jeremy Rifkin - et je ne vois pas trop l'intérêt de créer des "réserves naturelles" de fonctionnaires comme il y a des réserves d'indiens aux USA.

En effet, la course à la transformation du sur-travail en non-travail par les améliorations techniques ou gestionnaires de la production fit que :
1. un nombre devenu dérisoire de producteurs suffit à la production
2. la spécialisation devient non plus régionale mais planétaire même, si certains feignent d'ignorer que la mondialisation de date pas d'hier et qu'elle remonte à l'époque où la machine à vapeur a permis aux bateaux de ne plus dépendre des "vents du commerce" (trade winds, autrement dit les alizés)

Ce temps libéré qui aurait dû faire le bonheur de l'humanité ne le fit pas. Non seulement l'idéologie religieuse sado-masochiste du christianisme fustigea les "fainéants" puique 'l'oisiveté était la mère de tous les vices", mais les chômeurs furent privés de toute reconnaissance sociale pour ne devenir plus qu'une caste digne des intouchables, à ceci près qu'elle n'est pas tout à fait héréditaire.
"Nous n'avons rien à nous que le temps,
dont jouissent ceux mêmes qui n'ont point de demeure.
"
Balthasar Gracian (L'Homme de cour)

Ce temps "libre" des chômeurs est bien dérangeant. Car "la liberté est le crime qui contient tous les crimes, c'est notre arme absolue". Comment est-il perçu ?

L'absolue domination du temps par le productivisme spectaculaire ne peut concevoir le temps libre que comme marchandise séparée. Le temps n'est que de consommation et non de vie ("La paresse" de Paul Lafargue). Un prolétaire est "en vacances", un chômeur non : il doit avoir honte de son temps libre au point que certains s'autopersuadent que la "recherche de travail" est un "travail comme un autre".

Une ouvrière de la SNECMA me disait jadis : "Qu'est-ce que vous allez faire toute la journée au chômage, vous allez vous ennuyer ?" A mettre aussi en parallèle avec les réactions désolées de ceux qui, lorsqu'on annonce qu'on est au chômage, considèrent presque qu'on est sidaïque au dernier lymphocite T4 par mm3. Faut qu'on les rassure en expliquant qu'à part la trésorerie effectivement misérable, on dispose d'une chose que nous envient les cadres surmenés : DU TEMPS !

Donc, quel devrait être l'activité militante d'une organisation de chômeurs ? Pleurer après le retour du "plein emploi" salarié ? Un épiphénomène qui n'a même pas duré 40 ans dans sa généralisation, et qui est à comparer avec les 3.000 ans d'activités économiques recensées sur le territoire France ! Se faire embaucher chez Pénélope SA ? J'imagine bien ce genre d'emploi "aidé" : une équipe de tricoteuses le jour et de détricoteuses la nuit selon l'aphorisme "faire et défaire, c'est toujours travailler".

Ou bien entamer une réflexion critique sur le temps, son emploi et son partage (on ne parle donc plus de travail). Et que faisons-nous nous-même de ce temps ? Je vous incite à lire la réflexion des "chômeurs heureux" allemands. L'action subversive est ici : l'appropriation volontaire du temps du chômage dans la dialectique du vivant et non cette résignation morbide du castré de l'usine : "Je traîne en pantoufles toute la journée", comme déprimait un ouvrier licencié.

Temps libre ou temps mort, telle est la question. Un prof d'économie marocain m'expliquait que le problème au Maroc était que le temps de travail (et le temps en général) n'avait pas de valeur. Et c'était réciproque des deux côtés employeur/employé. Si le travailleur exigeait un meilleur salaire impliquant la contre-partie d'une meilleure production, on montait le niveau pour passer effectivement au capitalisme avec ses points positifs sur les créations de richesses et ses conflits d'intérêts de classes. A rester à ce niveau zéro rien n'était possible, me disait-il. "Excellent !" lui dis-je, "tu viens de me donner une définition du Tiers-Monde : le lieu ou le temps n'a aucune valeur". A rapprocher de l'histoire russe de l'époque brejnevienne : "Ils font semblant de nous payer et nous on fait semblant de travailler". Jouez aux meilleurs jeux de kizi games aujourd hui.

En fait, quand on observe ce qu'est devenu le travail en France : précarité, "stages en entreprise" non payés, on observe bien une tiers-mondisation qui n'est pas uniquement ethnique par le fait des colonies de peuplement des immigrés. L'étude officielle sur feu le CNE montrait bien que l'effet d'aubaine escompté par les employeurs est à relativiser par le fait que, aussi, du côté employé, on ne se sentait pas obligé de rester.

Cette réflexion sur le temps est donc la question centrale.

Maldoror
Mis à jour ( Jeudi, 29 Novembre 2012 09:27 )  

Votre avis ?

Que vous inspire l'élection d'Emmanuel Macron ?
 

Zoom sur…

 

Ces associations qui se battent pour les chômeurs

Au nombre de quatre au niveau national, elles méritent la gratitude et l'adhésion de tous les précaires et privés d'emploi. Grâce à elles - il faut le dire -, en 2004, les «Recalculés» n'aura...

 

La lutte contre le chômage est une escroquerie intellectuelle

Vous estimez que la lutte contre le chômage n'est, visiblement, pas la priorité de ceux qui nous gouvernent ? Vous vous étonnez qu'il n'y ait, sur ce point et depuis si longtemps, jamais de projet ...

 

Pôle Emploi abandonne enfin la rétroactivité des radiations

A partir du 1er janvier, la décision de radiation prendra effet à compter de la date de sa notification au demandeur d'emploi, et non plus à la date du «manquement». Le décryptage de Recours-Rad...

Soutenir Actuchomage