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Quinquas : les parias de l'emploi

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Alain Vincenot est un journaliste indépendant à la plume fluide et agréable, qui a choisi d'humaniser le chômage des «quinquas» à travers une abondance de portraits-témoignages : c'est à la fois la qualité et la limite de son enquête, car faire témoigner les victimes d'une guerre ne permet pas de montrer pourquoi cette guerre existe et à qui elle profite... Et si la préface de Jacques Attali donne de l'attrait à la couverture de son livre, elle n'apporte rien à son contenu qui pouvait se dispenser de ce petit laïus compassionnel.

Certes, dans son introduction d'une quarantaine de pages, il dresse un état des lieux plutôt limpide : c'est même un excellent résumé de tout ce que vous pourrez trouver sur Actuchomage, dans notre "Dossier Seniors" et au fil de nos actualités, ou sur d'autres sites comme SeniorActu ou celui des Quinquas Citoyens. Une investigation concise qui liste les chiffres de la DARES, les résultats des études de Jean-François Amadieu et son Observatoire des Discriminations, d'Emmanuelle Marchal pour le Centre d'Études de l'Emploi, entre autres.

L'auteur énumère avec justesse les contradictions que révèle ce phénomène, qu'elles soient politiques ou sociétales (hypocrisie et vanité des mesures, jeunisme ambiant), et aborde les graves conséquences qu'il induit (perte du savoir, déséquilibre démographique, cotisations sociales en danger). Pour lui, il est évident que les entreprises sont responsables de ce vaste gâchis : leur souci de rendement et de rentabilité, leurs vues à court terme et leurs préjugés sont pointés notamment à travers les propos… de Francis Mer, ancien ministre de l'Economie et des Finances sous Raffarin.

Alors que l'emploi s'amenuise et que les entreprises profitent des départs en retraite des «papy-boomers» pour réduire encore leurs effectifs, faut-il continuer à élaborer des dispositifs qui obligent les «quinquas» à rechercher des emplois inexistants, ou qu'on refuse de leur attribuer ? Et pourquoi faut-il que le financement de la protection sociale - chômage, retraite - ne repose que sur l'emploi, que l'on s'évertue à faire disparaître ? Ces questions ne sont pas vraiment posées. Plus généralement, l'auteur élude la dramatique pénurie qui s'est amorcée en l'an 2000 (600.000 postes détruits en trois ans dans le secteur marchand avec un solde négatif et historique de 72.900 emplois en 2003, une chute vertigineuse et à ce jour non compensée qui stigmatise les plus vieux, mais aussi les plus jeunes, les plus basanés, les plus gros, les plus laids, et les handicapés…). D'ailleurs, on remarquera que les «seniors» qui vont témoigner ensuite se sont fait virer à cette époque lors de fusions/restructurations.

La destruction et la non-création d'emplois sont bien LA responsabilité supplémentaire qui incombe au patronat : mais chut, c'est un sujet qui fâche... L'objectif est de présenter la situation d'une certaine catégorie de chômeurs, tout en restant accessible au plus grand nombre. Car Alain Vincenot a réduit son angle aux «quinquadres» qui, ignorant «la solidarité pratiquée jadis au sein des populations ouvrières ou parmi les employés», se retrouvent particulièrement isolés et démunis (plus on tombe de haut, plus dure est la chute). Le chômage des cadres âgés est-il plus spectaculaire ou plus honorable ? Dommage : aujourd'hui on est «senior» à 40 ans, et toutes les CSP sont touchées.

Les témoignages concrets vont donc épaissir l'introduction. La lecture successive du parcours de chacun est parfois fastidieuse, mais le vécu du licenciement - qui a succédé à du harcèlement ou à une mise au placard -, de la recherche d'emploi - ou au moins d'une issue -, et le ressenti du chômage recèlent quelques pépites.

«Quelle est la différence entre un chômeur et un salarié ? Le premier pense à son travail environ huit heures par jour, tandis que l'absence d'emploi hante le second vingt-quatre heures sur vingt-quatre», dit Eric, 52 ans, et de s'interroger encore : «Aux jeunes on reproche le manque d'expérience. Moi qui ai l'expérience, on me reproche de ne plus être jeune. Que faire ?»

«A force de virer le poivre et le sel, les entreprise risquent de manquer de saveur !», ironise Jean-Luc, 56 ans, découvrant la légende d'une carte postale humoristique dénichée par sa fille. Jamais d'entretien, rien : pourtant il a un magnifique CV en couleur, et «la qualité du papier et des enveloppes que j'utilise est digne d'un ministre».

Laure, 51 ans, a tout essayé. Elle a même payé de sa poche des séances de speedmeeting, coaching, stages et autres «tickets d'entrée» proposés par des «margoulins qui vous font miroiter, moyennant finance, mille et une opportunités fumeuses». «Il existe une véritable économie du chômage», assure-t-elle.

Véronica, 55 ans, s'étonne de l'attitude des employeurs à l'encontre des seniors, «d'autant plus incompréhensible que la cinquantaine représente un bonus chez les PDG et les hommes politiques. Pourquoi se métamorphose-t-elle en handicap chez les salariés ?»

Pierre, 58 ans, découvre le mouton à cinq pattes : «Il faut disposer d'un bagage universitaire très pointu, afficher un nombre conséquent d'années d'expérience, avoir exercé de hautes responsabilités et avoir moins de 40 ans. J'aimerais qu'on m'explique comment on peut concilier le tout». Il raconte ce que lui a déclaré un recruteur de son âge, directeur d'une grande école de commerce, lors d'un rare entretien : «La seule place que je puisse vous offrir, c'est la mienne. Or, je ne tiens pas à vous la céder».

Marie-France, 59 ans, dit : «Depuis que je cherche du travail, je n'ai jamais autant travaillé». Et de conclure : «Je dois monter moi-même mon propre truc. Sinon, je n'aurai jamais de boulot»>.

Ces saines paroles sont communes à tous les privés d'emploi dans un monde qui, lui, devient franchement malsain.

Sophie HANCART

Alain VINCENOT, Quinquas, les parias de l'emploi - Ed. Belfond (2006) - 18 €
Mis à jour ( Mercredi, 05 Août 2009 17:00 )  

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