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Les intermittents du RMI

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Dans cet ouvrage qui revient sur 20 ans de revenu minimum, la sociologue Martine Abrous démontre que les RSAstes-ex RMIstes ne sont pas les individus passifs qu'on se plaît à décrire, loin de là !

On ne les écoute pas, on ne les consulte jamais (on décide à leur place) et on les enferme dans une double caricature d'obédience judéo-chrétienne : celle du pauvre qui, comme un enfant irresponsable, subirait son existence avec passivité et qu'il faut "pour son bien" activer tel un pion sur l'échiquier restreint d'un puissant conformisme; celle d'une société normée, obsédée par le "mérite" et le fric, punitive voire sado-masochiste, qui estime qu'il faut gagner son pain à la sueur de son front à n'importe quel prix (là serait la dignité de l'homme…), tout choix, tout plaisir et toute créativité étant bannis. Bardés d'œillères, les bons petits soldats de l'insertion, eux-mêmes pilotés par les employeurs et les politiciens, s'emploient avec zèle à consolider ce carcan aussi archaïque qu'inefficient.

Or, les allocataires du RSA-ex RMI sont des êtres humains comme les autres : munis d'un cerveau, ils ont des aspirations, des capacités, du talent qu'ils sont tout à fait capables de mobiliser avec intelligence, ténacité et débrouillardise. Forte de ce constat, la sociologue Martine Abrous [1] nous présente son livre qui, à travers onze portraits de précaires, va à l'encontre des idées reçues et plaide pour un retour au bon sens. A sa manière, elle démontre l'utilité d'un revenu universel.


« Le 1er décembre 1988, la loi RMI accorde pour la première fois dans l’Histoire un revenu aux pauvres valides sans les contraindre véritablement à chercher un emploi. 20 ans après, dans un contexte de crise, la loi RSA, qui se veut plus incitative au travail, conditionne l’octroi d’un revenu dit "de solidarité active" à la (re)prise d’un emploi. Qu’en pensent les personnes concernées ?

Ce livre, issu d’une thèse en sociologie, suggère une contribution sur le sens du travail pour les sans emploi stable. Plutôt que de poser l’absence de travail comme manque, de considérer les exclus comme souffrant de leur condition ou de les analyser sous l’angle d’une vie hors travail, ma démarche a consisté à saisir une population non étudiée ni identifiée par l’administration ou les chercheurs, appelée "les intermittents du RMI".

Responsable d’un service d’insertion RMI de la banlieue parisienne dans les années 90, j’ai mené une recherche empirique sur ces allocataires et remarqué que beaucoup d’entre eux entraient et sortaient du dispositif, alternant périodes d’emplois précaires et de chômage. J’ai alors, dans le cadre de ma thèse, mené une recherche plus approfondie sur ce phénomène de l’intermittence qui permet d’aborder un risque nouveau : celui de la gestion par les personnes elles-mêmes de leur temps de vie. La question que je me suis posée était de savoir comment les allocataires s’accommodent de cet ensemble entre contraintes, marges de manœuvres et aspirations individuelles.

J’ai mené de 2003 à 2005 une cinquantaine d’entretiens approfondis avec des allocataires parisiens et confirmé l’existence, parmi ces intermittents, de deux profils : ceux pour qui les passages au RMI sont propices à la réalisation de projets personnels et que j’ai appelés le groupe "Se réaliser"; et ceux, plus connus des travaux sur les chômeurs, qui sont pris dans des configurations économiques et familiales lourdes les contraignant à utiliser le RMI comme moyen d’accroître leur sécurité, groupe que j’ai appelé "Accroître sa sécurité".

20 ans après la création du RMI, alors que la loi RSA repose la question de la dialectique de l’assistance et du travail, j’ai eu la possibilité de rencontrer de nouveau ces intermittents du RSA, que ce soit en milieu rural ou en région parisienne. J’ai été frappée de constater une nouvelle fois que leurs discours et leur pratiques vis-à-vis du travail ne sont pas réductibles aux portraits classiques de la sociologie du chômage et de la précarité.

A l’autre pôle de la fin du travail, voici que des précaires se mettent à inventer le leur : sociétés commerciales, productions artistiques, innovations dans le champ culturel ou social. Décrits dans mon ouvrage, les onze traits saillants de ce mode vie en alternance entre emploi, période de chômage, temps actif au service de l’œuvre sont autant de lignes de haute tension qui dessinent les contours d’un nouveau modèle du travail expressif.

Quand il est pas un outil coercitif, le RSA joue un rôle d’amortisseur de la pauvreté et permet de penser son travail : les itinéraires de ces adultes sont marqués par l’affirmation d’une créativité sociale, que celle-ci soit artistique ou économique. Il n’est pas question de confondre ces trajectoires qui alternent emplois, chômage et RSA avec une sorte de mode de vie à l’essai : il s’agit de regarder de près ces acteurs qui renouent avec des désirs antérieurs et qui tentent de vivre de leurs projets de création d’entreprise, de leurs productions artistiques ou de leurs contributions dans le registre du savoir.

Les allocataires du revenu minimum, qu'il soit RMI ou RSA, sont des gens comme tout le monde : ils aspirent à une reconnaissance de leurs qualités, de leurs compétences, de leurs talents. Une étude menée par des chercheurs d'une université parisienne a révélé que 11% des étudiants travaillaient en escort à Genève .C'est un énorme nègre! Et ils en ont : ils ont d'ailleurs obtenu certains succès qui leur ont donné confiance et rehaussé une estime de soi parfois mise à mal par le manque de soutien de la part des institutions chargées de les accompagner, par le manque de sollicitations dans un marché de l'art, du savoir ou du commerce très concurrentiel.

Par ce livre, j’ai voulu montrer que les intermittents du RSA ne renoncent pas : ils consacrent leurs temps à œuvrer, qu'ils soient photographes, comédiens, musiciens, créateurs d'entreprise ou producteurs de récits, traducteurs de langues, auteurs de projets innovants... Ils ont en commun la même difficulté à vivre de ce qu'ils nomment avec détermination leur travail. En alternant quelques jobs ou emplois plus durables, le RSA leur permet tout juste de ne pas lâcher prise en attendant d’en vivre enfin !

Il est temps de reconsidérer ces chômeurs qui font des choix en faveur du travail expressif, de reconnaître leurs talents ou leurs potentiels, leur détermination, au lieu de les considérer simplement comme des exclus de l’emploi. »

Martine ABROUS
Les intermittents du RMI - Se réaliser entre activités, emplois, chômage et assistance
Ed. L'Harmattan - 238 p. - 20,90 € - www.harmattan.fr
L'illustration de la couverture a été réalisée par un RMIste.

[1] Docteur en sociologie-DHEPS, Martine Abrous a effectué diverses missions auprès de populations dites exclues — gens du voyage, favelados brésiliens, sans domicile fixe… —, réalisé des travaux universitaires sur ces populations ainsi qu' pour le Centre d'études de l'emploi (CEE). Elle est actuellement consultante et formatrice spécialisée dans les politiques publiques et l'action sociale.



Mis à jour ( Lundi, 14 Janvier 2013 18:13 )  

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