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A.N.P.E. mon amour

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Le jour où l'ANPE a convoqué Françoise - chômeuse quinqua de très longue durée et à l'époque RMIste - pour "l’inviter" (vous avez bien compris : l’obliger…) à participer à un stage d'accompagnement de recherche d'emploi, le comportement de la conseillère l'a tellement sidérée qu'elle a aussitôt saisi l'occasion d'en faire un livre. Car Françoise cultive de longue date des talents d'écrivain, et elle en a tellement gros sur la patate que l'envie de témoigner par ce biais est devenue pour elle une nécessité.

Rappelons que ces stages et autres ateliers font sortir les chômeurs des statistiques : de la catégorie 1 sur laquelle se base notre taux de chômage officiel, ils passent en catégorie 5, occultée comme les six autres. D'où l'intérêt de forcer le plus grand nombre à participer à ces simagrées qui coûtent cher et entretiennent l'illusion.

Absurdité, tel est le mot qui revient sans cesse à l'esprit au gré de la lecture d'ANPE Mon Amour. Avec Nous, Pas d'Espoir ! Pour notre grand bonheur, Françoise croque le détail qui tue : tous ces petits faits et gestes, ces anecdotes qui en disent bien plus que n'importe quel discours. Et pour notre plus grande joie, Françoise a de l'humour et de la fraîcheur à revendre. Tant de bon sens est sans appel, tout ce gâchis d'intelligence et de compétence fait mal. Mais le comique des situations est souligné avec (im)pertinence, et surtout, dans cette farce moderne où l'on se trimballe "l'humour en bandoulière" l'humain n'est jamais éludé, contrairement aux pratiques en vigueur...

Françoise est venue avec son bloc. Studieuse, elle a tout noté trois mois durant. Cours après cours, elle dresse un rapport quasi journalistique, avec "le regard de l'entomologiste", du premier jour où débarque cette douzaine de chômeurs découragés qui ne se connaissent pas dans un coin perdu d'une zone industrielle où rien n'est indiqué (Bonjour l'organisation !), jusqu'au dernier où rapplique une responsable de l'ANPE pour casser l'ambiance mais… qui s'y frotte s'y pique !

Son récit est entrecoupé de chapitres qui nous dévoilent son parcours professionnel, puis sa galère de chômeuse. De tous ces fragments assemblés aux titres soigneusement choisis, nous avons très vite la vision d'ensemble de son objectif : démontrer la culpabilisation et le mépris permanents qu'on réserve aux victimes du non-emploi de masse. Activités "occupationnelles" aussi inutiles qu'onéreuses, haute incompétence des administrations et dérives du "social", tout est brossé, tout est là.

Pourquoi continuer à maltraiter les exclus du travail alors qu'il n'y a pas d'emplois pour tout le monde ?
C'est pourtant LE VRAI PROBLÈME : mais chacun se tait sur cette évidence, il n'y a pas de solutions, et, bien sûr, vous êtes tous coupables !!! Coupables d'être des "fainéants" alors qu'on tue l'emploi. Coupables d'être des "assistés" alors qu'on gaspille en vain des fonds publics.

Quel silence assourdissant ! Que d'alibis honteux pour donner bonne conscience à la collectivité ! Mais la machine à broyer les individus ne fonctionne pas à tous les coups : Marc, le formateur, est sympathique, et même s'il a l'air d'y croire, il accepte les critiques et laisse s'instaurer des rapports humains. Volontairement ou pas, si ses cours n'ont servi à rien, il aura au moins contribué à la formation d'une belle cohésion de groupe. Faute de cohésion sociale avec CDI à la clef, on s'est, le temps de quelques rencontres, un peu réchauffé le cœur (et la panse !… ça atténue l'angoisse).

"Le CV est au chômeur ce que le préservatif est au cavaleur". Remanié dans tous les sens, on repart chez Kafka. Après le CV, on décortique la lettre de motivation, puis l'on se prête aux simulations d'entretien d'embauche... Toutes ces belles leçons pour vous dire qu'on est à 90% dans la subjectivité - l'apparence - et à 10% dans l'objectivité - donc, les compétences ne pèsent pas lourd.

La schizophrénie pointe son nez quand il s'agit de savoir s'il faut à la fois être soi-même et hypocrite, spontané et calculateur. Doit-on se renier à ce point pour plaire au plus grand nombre et décrocher un job au Smic ? Le drame surgit quand le cours dérape sur les "réussites du passé", révélant des souffrances intimes sans préambule ni suivi : quelle irresponsabilité, et quelles foutaises ! Bilan personnel et connaissance de soi, élaboration d'un projet, communication... "Reformulation", "feed-back", où comment on détourne le sens des mots pour vous faire avaler des couleuvres. Tests bidons "du niveau CE2", psychologie de bazar et symboles à la noix, où comment on prend les chômeurs pour des crétins. Ensuite : cours de sophrologie… pour se détendre ?

"J'en ai assez d'être pris pour une merde et de dépendre de gens médiocres", lâche Philippe. Et nous aussi, finalement.

Françoise a la dent dure, mais sa générosité est intacte : elle a dédié son livre à ses parents "et à leurs gènes qui m'ont transmis l'énergie pour combattre" ainsi qu' "À tout le groupe, formateur compris". Et de ces incompétents qui nous gouvernent, on se dit qu'ils pourront bien couper toutes les fleurs, ils n'empêcheront pas le retour du printemps.

Sophie HANCART

Françoise BONNE, A.N.P.E. Mon Amour - Ed. L’Harmattan (2006) - 20 €

Pour vous ouvrir l'appétit, voici l’avant-propos du livre de Françoise...


=> L'interview de Françoise BONNE pour Actuchomage 2006
Mis à jour ( Mercredi, 05 Août 2009 15:11 )  

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