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La défense des Chômeurs et Précaires en panne de cohérence et de leaders

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Alors que de très gros dossiers s’entassent ou s’annoncent, les collectifs et associations de défense des Chômeurs et Précaires font preuve d’une désorganisation préoccupante. À ce stade, on peut même parler d’un amateurisme coupable !

Comme si la conjoncture pourrie ne suffisait pas à faire notre malheur. Comme si tous les indices n’indiquaient pas une dégradation constante de nos conditions d’existence. Comme si face aux lourds dossiers qui s’accumulent (explosion du chômage, tentatives de suicides de demandeurs d’emploi, négociations UNÉDIC portant sur la prochaine convention d’Assurance-chômage), l’union de nos forces n’était pas vitale !

Ben non ! La douzaine d’organisations (associations, collectifs… ) qui militent en faveur des droits des Chômeurs et Précaires ne trouvent rien de mieux à faire que d’agir en ordre dispersé dans la confusion la plus totale.

Nous, sur Actuchomage, malgré notre Bac +1968 (un haut niveau d’études donc) et notre connaissance des différents protagonistes (associations, collectifs…), on n’y comprend rien. Que dalle !

D’un côté, on a les «historiques», entendez les organisations les plus anciennes : AC! Agir ensemble contre le chômage, l’APEIS (Association pour l’Emploi, l’Information et la Solidarité), la CGT Chômeurs, le MNCP (Mouvement National des Chômeurs et Précaires). De l’autre, les jeunes pousses qui pour certaines ont plus de 8 ans d'existence, comme nous. Je vous les donne dans le désordre : CIP (Coordination des Intermittents et Précaires), Stop Précarité, Recours Radiation, Actuchomage, Génération Précaire, Droits Nouveaux, L’Appel et la Pioche, Les CAFards, Démocratie Réelle (réunissant les Indignés et les Insurgés)… J’en oublie certainement. Faut dire qu’on s’y perd !

Non seulement la plupart de ces mouvements sont «groupusculaires» (ils ne réunissent que quelques dizaines de vrais militants) mais, en plus, ils n’arrivent pas à travailler ensemble. Enfin, des fois oui, des fois non ! L’union est à géométrie variable !

Globalement, les plus «anciens» ont du mal à travailler avec les «plus jeunes» et réciproquement. Mais ce n’est pas qu’un problème de «générations», car il arrive aussi, souvent, que les «anciens» n’arrivent pas à travailler ensemble. Les dernières manifestations de Chômeurs à Paris en sont la pire illustration.

En 2011, la CGT Chômeurs a refusé de s’associer à la manifestation nationale sous prétexte que la date ne lui convenait pas. Les trois autres historiques (AC!, APEIS et MNCP) ont alors accueilli quelques «jeunes pousses» pour compenser (notamment les Indignés et le collectif L’Appel et la Pioche animé à l’époque par Leila Chaibi, une militante dynamique et entreprenante). Nous-mêmes, APNÉE/Actuchomage, étions parmi les organisateurs. 

L’année suivante, en 2012 donc, la CGT Chômeurs réintégrait les rangs, mais toutes les jeunes pousses se retrouvèrent exclues de l’organisation de la manifestation de décembre dernier. Nous ne cherchons pas à connaître les raisons officielles ou officieuses de cette éviction. Nous ne faisons que constater. Autre exemple…

Dernièrement, après le suicide de Djamal à Nantes, le MNCP organisait l’occupation d’une agence Pôle Emploi dans le but d’obtenir un rendez-vous avec le ministre Michel Sapin. Le Mouvement fut rejoint par l’APEIS et AC!. Nous-mêmes, nous fûmes informés de cette action au dernier moment, pour la couvrir en vidéo. Ce que nous n’avons pu faire faute d’avoir été prévenus en temps et en heure. Mais là n’est pas la question qui nous intéresse.

Quelques jours plus tard, les organisations citées plus haut se retrouvaient devant le siège social de Pôle Emploi en mémoire à Djamal. Cette fois, la CGT Chômeurs était du rendez-vous, comme nous-mêmes, Recours Radiation, le DAL (Droit au Logement) ou la CNT (le syndicat Confédération Nationale du Travail).

De leur côté, Démocratie Réelle, Droits Nouveaux et quelques autres, manifestaient devant une agence Pôle Emploi située à la Bastille.

Notons que chaque rassemblement a réuni quelques dizaines de militants. Plutôt que d’être présents «en force» quelque part, le mot d’ordre est à la dispersion. Quarante tondus par-ci, trente pelés par-là… Voilà qui est super cohérent. On continue…

À l’issue de sa première action, le MNCP a finalement obtenu un rendez-vous avec Michel Sapin… le 15 mars, avec un mois de délai ! Il s’y rendra donc accompagné d’AC ! et de l’APEIS. Ah, vous aussi, vous avez constaté que la CGT Chômeurs ne sera pas de la délégation. Certainement pour de bonnes raisons ! Chacun est libre de faire ce qu’il veut. Sauf qu’on n’y comprend rien. C’est bien ça le problème !

Si en plus on ajoute à cette cacophonie une action prévue le 13 mars par Démocratie Réelle et Droits Nouveaux devant une agence Pôle Emploi, alors que le même jour le MNCP, AC! et l’APEIS organisent une conférence de presse avant leur rencontre avec Michel Sapin, alors là, c'est le souk complet !

Nous, APNÉE/Actuchomage, avons toute légitimité pour le constater et le déplorer. Car, mine de rien, notre activité première est d’informer nos lectrices et lecteurs de l’actualité des mouvements militants et, au mieux, de couvrir les actions envisagées (ce que nous faisons quand nous sommes disponibles et, plus encore, informés). Si nous-mêmes n’y comprenons rien (ce qui est le cas ici), on ne voit comment les autres, moins bien informés que nous, peuvent s’y retrouver.

Et là, nous tirons la sonnette d’alarme. Aujourd’hui, incontestablement, les mouvements de Chômeurs et Précaires sont faibles, dispersés, émiettés, divisés, opposés même pour certains. Plusieurs - et pas des moindres - sont devenus groupusculaires, quasiment inexistants. Sur Paris/RP, nous sommes incapables de réunir plus de 200 personnes sans l’aide des syndicats. Nos effectifs sont squelettiques.

À cela s’ajoute une absence de leaders. Certes, les organisations de Chômeurs et Précaires n’entretiennent pas le «culte du chef», cependant des porte-paroles charismatiques sont indispensables pour espérer mobiliser et faire passer les revendications. Claire Villiers (co-fondatrice d’AC!, décédée il y a deux ans), François Desanti (de la CGT Chômeurs Paris), Charles Hoareau (de la CGT Chômeurs Marseille), Malika Zediri (de l’APEIS, toujours présente mais plus discrète), Marc Moreau (d’AC! Paris)…, toutes ces femmes et ces hommes étaient sur le devant de la scène il y a dix ans ou plus, mais ils n’ont pas été remplacés.

La dernière fois que ces militants ont travaillé ensemble, c’était en 2003 et 2004 sur l’affaire des Recalculés de l’UNÉDIC qui a certainement été l'une des plus grandes victoires sociales de ces 20 dernières années, avec la réintégration d’un million de chômeurs dans leurs droits et 2 milliards d’euros débloqués par l’État. C’était il y a dix ans !

Leurs successeurs m’en voudront certainement, mais j'assume ma position : Ils ne sont pas à la hauteur des enjeux ! Et quand une personnalité émerge du lot, je pense notamment à Leila Chaibi (co-fondatrice du collectif L’Appel et la Pioche, Secrétaire nationale du Parti de Gauche à l’abolition du précariat, candidate aux législatives à Paris pour le Front de Gauche…), elle disparaît de la circulation parce que, de notre point de vue, elle faisait de l’ombre à certains.

Dans les mouvements de chômeurs, on n’apprécie guère celles et ceux qui se distinguent, qui s’expriment bien et qui savent coordonner, ce qui était le cas de Leila Chaibi à laquelle nous devons plusieurs actions exemplaires, notamment l’occupation de l’agence de notation Fitch Ratings (pour dénoncer la spéculation financière réalisée sur le dos des Chômeurs, via l’assurance-chômage qui emprunte sur les marchés financiers).

Voilà où nous en sommes. Cet article n’a pas l'ambition d’être 100% objectif. Si les faits évoqués sont indiscutables, leur interprétation est forcément subjective. Elle correspond à un ressenti étayé par 10 années de militantisme très actif.

Aujourd’hui, sur Actuchomage, nous avons la prétention d’affirmer que nous sommes les mieux informés sur les questions qui nous intéressent parce que notre activité première est de suivre au quotidien l’actualité du Chômage, de l’Emploi et des réseaux militants.

Plusieurs dizaines de personnes participent à cette veille. Beaucoup de nos Ami-E-s sont issus des rangs des organisations évoquées plus haut, jeunes pousses ou historiques. D’ailleurs, dans le contexte d’affaiblissement et de dispersion que nous connaissons, APNÉE/Actuchomage se porte plutôt bien. Nous sommes sans doute une des associations qui s’en sort le mieux, tant en termes de visibilité sur le Web et d’effervescence éditoriale (audiences, commentaires, forums, vidéos), que sur le terrain des actions militantes (nous avons travaillé l’année dernière sur un sujet aujourd’hui d’actualité : Chômage, Dépression et Suicide, en donnant la parole à des chômeurs et à des professionnels de la prévention).

Autre signe de notre dynamisme, nous sommes capables de réunir en un mois et demi les 6.000 euros de notre budget de fonctionnement annuel, sans relancer trois fois nos Ami-E-s. Je rappelle que le montant de l’adhésion à APNÉE/Actuchomage est de 5 ou 10 euros pour les minima sociaux et les Chômeurs indemnisés. Donc, ce n’est pas facile de réunir 6.000 euros… en 45 jours. Bref, nous ne sommes pas les moins bien organisés alors que nous ne disposons pas de permanent !

Mais, reconnaissons-le, depuis 9 ans, nous ne sommes pas écoutés. Et quand nous le sommes, nous ne sommes pas entendus ! C’est la raison pour laquelle, notre association se refuse à «cautionner» cette pantalonnade (synonymes : farce, bouffonnerie…), à savoir, ces revirements continuels d’alliances, de convergences, de divergences, d’actions collectives, de désunions collectives… Dans les semaines et mois à venir, nous nous contenterons donc de faire notre travail d’information quand nous serons informés. Et si nous ne le sommes pas, nous ne ferons aucun effort pour l’être. Car, je rappelle que, depuis 9 ans, nous mettons notre force de travail à la disposition des autres, sans beaucoup de reconnaissance, il faut le dire

Pour nous, il est temps que les organisations de Chômeurs et Précaires se ressaisissent et se mettent autour de la table pour réapprendre à travailler sérieusement ensemble. Nous estimons également qu’il serait nécessaire de réunir une partie des sensibilités qui nous composent sous une même bannière pour assurer une visibilité nationale à nos revendications auprès des institutions et des médias. Faute de quoi, ne comptez pas sur nous pour soutenir des actions disparates, cacophoniques et sans portée  !

Je crains malheureusement que cet appel se perde dans le désert (pour l’avoir déjà lancé à plusieurs reprises par le passé). Je soupçonne donc certains de se satisfaire d’une désunion qui, quelque part, sert leurs petits intérêts.  

Yves Barraud
Président d’APNÉE/Actuchomage

PS 1 : Je n'ai aucune prétention particulière. Franchement, je préférerais me mettre au service de personnalités charismatiques pour faire avancer les choses que d'avoir à rédiger pareil constat d'impuissance.

PS 2 : Les commentaires ont été neutralisés. Si vous souhaitez discuter de cet article, il vous suffit d’ouvrir un sujet sur nos forums plus adaptés aux discussions de fond et qui permettent une vraie identification des intervenants. Ceci pour éviter aux trolls et autres provocateurs de perturber les échanges. Nous ne manquerons pas de signaler ici l'ouverture d'un débat sur notre forum Exprimez-Vous.

PS 3 : Il va sans dire que nous ne couvrirons ni la conférence de presse organisée par le MNCP, AC! et l'APEIS le 13 mars, ni le rassemblement de Démocratie Réelle/Droits Nouveaux. 
Mis à jour ( Dimanche, 17 Mars 2013 18:08 )  

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