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L'inquiétante dégringolade de l'intérim

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Moteur de la précarisation de l'emploi considéré comme «indicateur avancé du marché du travail», l'intérim est à son plus bas niveau depuis mai 2010.

L'économie française a détruit 11.700 emplois au deuxième trimestre, principalement dans le secteur de l'intérim. Avec près de 60.000 emplois rayés de la carte en un an, ce secteur a atteint en juin son plus bas niveau depuis mai 2010, une dégringolade de mauvais augure pour un marché du travail déjà sinistré.

Selon Pôle Emploi, l'intérim accusait en juin un repli de 9% sur un an (en avril, il avait chuté de 11%), recensant 605.200 emplois, soit 59.600 de moins qu'un an plus tôt. Et les chiffres provisoires de l'Insee publiés mardi parlent de près de 20.000 emplois détruits pour le seul 2e trimestre.

Les intérimaires, premiers sacrifiés

Eric Heyer, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), souligne que "les destructions d'emplois dans l'industrie tapent d'abord dans l'intérim". Cette thèse est confirmée par le récent cas PSA Peugeot Citroën, où les intérimaires figurent au premier rang des salariés menacés par le plan social annoncé avec fracas en juillet. Les syndicats redoutent ainsi la disparition de 1.500 postes à Poissy (Yvelines) alors que 300 intérimaires seront congédiés de l'usine de Sochaux (Doubs) en octobre, emboîtant le pas à 300 de leurs collègues remerciés en juin.

Le travail temporaire, auquel a notamment recours l'industrie (45% des effectifs), est réputé précurseur des évolutions du marché de l'emploi. "L'intérim conserve une légère avance sur le cycle économique, mais cet effet s'est atténué. L'emploi est devenu plus flexible, les contrats plus temporaires et, de ce fait, il réagit beaucoup plus vite aux inflexions de l'activité", analyse Philippe Waechter, directeur de recherche chez Natixis Asset Management.

Hémorragie dans la construction

Après l'effondrement lié à la crise de 2008, l'emploi intérimaire avait connu un rebond, avant de se replier de façon quasi-continue depuis l'été 2011. Entre mai 2011 et mai 2012, la baisse des effectifs serait, de 11,7% dans le BTP. Au premier trimestre 2012, la construction a perdu 4.300 postes, 1.800 au 2e trimestre selon l'Insee, période où le travail temporaire a poursuivi sa baisse (-19.900 postes, soit -3,5 %).

Les intérimaires dans le bâtiment font les frais d'un climat conjoncturel qui se dégrade, les entrepreneurs du secteur restent pessimistes concernant leur activité dans les prochains mois avec des commandes inférieures à la normale, selon l'Insee, et un risque de voir 15.000 emplois permanents supprimés d'ici mi-2013. Pour le seul premier semestre, les heures travaillées par les ouvriers permanents et intérimaires sont en baisse de 7,5% par rapport aux six premiers mois de 2011, et l'activité a reculé de 2,7% en volume. La FNTP table sur une baisse d'activité de 3% en 2012 par rapport à 2011, liée à la dégradation de l'économie française et les difficultés des collectivités locales.

L'industrie connait quant à elle une baisse de 11,5% et les services de 10,8%. Compte tenu du contexte économique difficile ces derniers mois, "l'intérim n'a pu jouer pleinement son rôle de tremplin vers l'emploi durable", admet le Prisme. Bien au contraire, la part des intérimaires n'a fait qu'augmenter parmi les nouveaux inscrits chez Pôle Emploi, progressant de 10,2% entre juin 2011 et juin 2012.

Qui sont ces intérimaires ?

Selon Pôle Emploi, près de 3 intérimaires sur 4 sont des hommes (73,6%) et 4 sur 5 sont des ouvriers (79,2%, dont 42,6% d'ouvriers qualifiés et 36,6% d'ouvriers non qualifiés) venant essentiellement de l'industrie (45%, contre 32,4% dans le tertiaire et 22,1% dans la construction). Si d'ordinaire, près d'un sur deux a moins de 30 ans (alors que seuls moins de 10% ont plus de 50 ans), un nouveau phénomène a vu le jour. En effet, d'après André Fadda de l'Union syndicale de l'intérim de la CGT, durant les 3 dernières années, "nous avons noté une progression très importante de nouveaux intérimaires âgés de plus de 45 ans en provenance d'entreprises ayant fermé, surtout de PME liquidées dans la construction navale, l'automobile, l'agro-alimentaire..."

Les régions qui ont le plus recours à l'intérim sont les Pays de la Loire, la Haute-Normandie, la Franche-Comté, le Centre et la Bretagne.

Selon le Ministère du Travail, une mission dure moins de 2 semaines (1,8). Ces salariés sous contrat de travail temporaire sont embauchés et rémunérés par une agence d'intérim qui les met à la disposition d'une entreprise pour une durée limitée et pour l'exécution d'une tâche précise. Toujours selon le Ministère du travail, un intérimaire travaillerait en moyenne moins de 3 mois dans l'année (2,6).

"Jusque dans les années 1990, il y avait peu d'intérimaires, dans les 200.000. Très vite, le volume est devenu très important, s'approchant des 700.000, faisant de l'intérim non plus un élément précurseur mais bien un élément central du marché du travail", remarque Eric Heyer. Pour l'économiste, cette évolution témoigne d'une "flexibilisation et d'une précarisation" concentrées sur une population, dessinant un marché du travail dual. "Sur 20 millions d'embauches en 2011, deux tiers concernent des contrats de moins d'un mois", souligne ainsi M. Heyer.

(Source : L'Expansion)

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Mis à jour ( Lundi, 20 Août 2012 17:25 )  

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