Poussés par Nicolas Sarkozy à négocier rapidement un accord national sur la variation du temps de travail en fonction de la situation de l'entreprise, les syndicats se rendront, remontés et à reculons, aux négociations "compétitivité-emploi" prévues avec le patronat à partir de vendredi prochain.
Le gouvernement a laissé deux mois aux partenaires sociaux pour aboutir à un accord et François Fillon s'est engagé à ne pas légiférer sur le sujet entre-temps. D'où la colère des syndicats cette semaine après le vote, mardi 31 janvier au soir, en seconde lecture par l'Assemblée nationale, d'une disposition visant à se passer de l'accord du salarié en cas de "modulation" de la durée de travail (répartition du temps de travail sur tout ou partie de l'année).
Cette disposition est introduite par l'article 40 d'une proposition de loi (la n°3706 du député UMP Jean-Luc Warsmann, déposée depuis le 28 juillet 2011) qui n'a pas grand chose à voir avec la réglementation du travail, puisqu'elle est «relative à la simplification du droit et à l'allègement des démarches administratives». Cet article a donc toutes les allures d'un cavalier législatif.
La CFDT, pourtant prête à négocier un cadre juridique si le débat ne se limite pas à celui du coût salarial, a demandé mercredi au Premier ministre d'intervenir pour que le vote de cet article 40 soit bloqué au Parlement.
Chantage à l'emploi
La question du consentement individuel des salariés est en effet au cœur des négociations qui démarrent le 17 février. Le gouvernement veut promouvoir des accords collectifs qui s'imposeraient à tous, accédant ainsi à une revendication du Medef. Les accords dits de "compétitivité-emploi" visent à permettre à l'entreprise d'ajuster la durée de travail de ses salariés — et donc les salaires — à la conjoncture, en échange d'une garantie de maintien des emplois.
Opposée à un accord national qui ferait "sauter le verrou de l'accord individuel du salarié", FO dénonce "un tour de passe-passe entre gouvernement et législateur", et la CGT un "coup de force". Ces deux syndicats sont sur le fond les plus virulents.
Pour FO, ces accords ne sont que des "chantages à l'emploi" à l'issue incertaine pour les salariés. Et le syndicat de rappeler le précédent du site de Continental à Clairoix (Oise), fermé en 2010 malgré un accord, signé fin 2007, sur le retour aux 40 heures par semaine qui devait assurer sa survie jusqu'en 2012.
Pour Bernard Thibault (CGT), ces accords ouvriraient la vanne de la "déréglementation du temps de travail". "On ne sera pas là pour négocier de la régression sociale", prévient Maurad Rabhi qui représentera la CGT aux négociations. "A la différence du dispositif de chômage partiel, les accords de compétitivité font totalement supporter le coût de la crise au salarié", s'insurge-t-il.
Des salariés consentants
Parce que ces accords sont déjà possibles avec l'aval individuel de salariés qui préfèrent conserver leur emploi même en étant moins payés, la CFDT et la CFTC souhaitent négocier des garanties et des recours pour les salariés. "On peut concevoir qu'un effort temporaire soit fait" en cas de passe difficile pour l'entreprise et "à la condition de sécuriser" les accords, explique Joseph Thouvenel (CFTC). Mais les utiliser, comme le souhaite également le gouvernement, dans les phases de croissance d'activité, "serait un glissement vers le grand n'importe quoi, c'est-à-dire la déréglementation et l'ultralibéralisme", prévient-il. La CFTC veut "contractualiser" l'engagement de l'entreprise avec des "sanctions financières" s'il n'est pas respecté.
"Quand peut-on dire à un moment que c'est conjoncturel ou bien structurel ?", leur rétorque Stéphane Lardy (FO).
La CFDT a écrit au Premier ministre qu'elle était "prête à s'engager" sur "la question de la compétitivité des entreprises". Elle veut mettre sur la table les questions de "gouvernance d'entreprise, de partage des richesses et d'investissement en recherche et développement".
Les syndicats se rejoignent pour dénoncer le calendrier serré imposé par l'Elysée. Nicolas Sarkozy "veut uniquement faire de ces négociations un outil de campagne électorale", estime Maurad Rabhi (CGT).
(Source : Les Echos)
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Commentaires
Mais si les syndicats sont furieux, y'a pas de soucis à se faire. On peut dormir sur nos deux oreilles. Répondre | Répondre avec citation | Citer
comment garantir maintznant un contrat de 25 heures par semaine ??? Répondre | Répondre avec citation | Citer
La bonne blague
Et à qui profiterait cette nouvelle disposition???
Les entreprises bénéficient déjà d'une possibilité de modulation au sein de l'entreprise.
Par contre tous les employeurs privés qui exploitent femme de ménage, nounou et autre jardinier, que font-ils de leurs salariés au moment d'un séjour à la neige ou d'un voyage sous le soleil???
Jusqu'à présent ils étaient obligés de rémunérer le petit personnel à ne rien faire.
Avec cette nouvelle disposition, les employeurs pourront leur demander de rattrapper les heures non effectuées…Lorsque je vous disais que les exploiteurs ne sont plus ceux que l'on croyait!!!
Et pourquoi une telle urgence au risque de se mettre à dos les syndicats???
Elections et c'est fou ce que les employeurs domestiques sont de bons électeurs. Ils vont se montrer reconnaissants après un tel cadeau. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Je pense qu'il faudrait l'offrir à tous les syndicats (je vous laisse le soin de le découvrir par vous-même…) pour la Saint Valentin parce que je trouve qu'il n'y a pas de remise en question de leur part, valable pour tous !!!
Quant au film il a l'air lucide et j'en enverrais bien une copie à Sarkozy…juste avant son départ si possible…
Etant donné je précise que dans son film Jean Yanne critique le capitalisme y compris les syndicats ce qui me semble plutôt sain et clairvoyant… Répondre | Répondre avec citation | Citer
Un flou entretenu par le patronat
La première négociation sur la compétitivité-emploi entre syndicats (CGT, CFDT, CFTC, FO, CFE-CGC) et patronat (Medef, CGPME, et Upa) a laissé ses participants dans le vague. Le patronat a eu du mal à donner une définition précise de ces accords modulant le temps de travail et le salaire, en cas de ralentissement économique, soi-disant dans le but de conserver les emplois. Patrick Bernasconi, négociateur pour le Medef, a réaffirmé que «ces accords doivent être discutés au sein de l'entreprise».
Pour la CGT, opposée à la compétitivité-emploi tout comme FO, si le patronat a entretenu le flou, c'est qu'il est gêné d'exprimer la finalité de ces accords. Comme l'explique Agnès Le Bot, négociatrice pour la CGT, «le Medef essaye d'obtenir plus de flexibilité au détriment des salariés. Ils ont beaucoup tergiversé, mais on connait leur ambition de fond».
Coup de force
Lors des discussions, le patronat n'a pas vraiment réprouvé le vote à l'Assemblée Nationale, le 31 janvier, de l'amendement Warsmann qui permet de modifier les horaires des salariés sans leur demander leur accord, alors que ce coup de force court-circuite les négociations en cours.
De leur côté, la CFTC, la CFDT et la CFE-CGC sont favorables à ces accords, sous certaines conditions. La CFTC souhaite par exemple qu'en contrepartie de la modulation du temps de travail et du salaire, l'entreprise donne des garanties sur le maintien de l'emploi.
Les présidentielles trancheront
Les prochaines dates de négociations sont prévues pour le 20 mars, le 27 mars et le 13 avril. Pour la prochaine séance, les objectifs restent flous. Mais il est clair que les partenaires sociaux prendront leur temps, sans tenir compte du délai de deux mois que François Fillon leur avait imposé pour discuter de cette question. Avec une dernière date de négociation à 9 jours du premier tour de la présidentielle, il n'y a aucune chance qu'ils rentrent en vigueur avant les élections.
www.humanite.fr/social-eco/le-flou-regne-autour-des-accords-competitivite-emploi-490418 Répondre | Répondre avec citation | Citer