Actu Chômage

mardi
21 novembre
Taille du texte
  • Agrandir la taille du texte
  • Taille du texte par defaut
  • Diminuer la taille du texte
Accueil La revue de presse Les Français sont vraiment des fainéants

Les Français sont vraiment des fainéants

Envoyer Imprimer
COE-Rexecode, cabinet d'études économiques proche du patronat, relance la polémique. Selon lui, nos salariés travaillent nettement moins que nos voisins européens : la faute aux 35 heures.

Un an après son rapport sur «le grand écart» de compétitivité entre la France et l'Allemagne où il avait dénoncé à tort les divergences d'évolution du coût du travail [1], COE-Rexecode met, cette fois, l'accent sur la durée du travail. Avec des «chiffres inédits» calculés par l'office européen de la statistique Eurostat permettant, «pour la première fois», d'avoir des données comparables pour chacune des catégories de travailleurs.

A une semaine du sommet social, «cette démarche permet de corriger certains jugements erronés selon lesquels la durée du travail serait plus élevée en France qu'en Allemagne», juge son président Michel Didier. Les entreprises adhérentes de l'institut devraient applaudir [2].

Selon l'étude, la durée effective annuelle de travail des salariés à temps plein en France est, avec la Finlande, la plus faible d'Europe. En 2010, ces Français ont travaillé en moyenne 1.679 heures, soit 225 heures de moins que les Allemands (situés dans la moyenne de l'Union), 177 heures de moins que les Britanniques et 134 heures de moins que les Italiens.

A première vue, ces chiffres ne semblent pas cohérents avec d'autres sources statistiques. Selon l'OCDE, par exemple, les Français ayant un emploi ont travaillé en moyenne 1.562 heures en 2010, soit 143 heures de plus que les Allemands (1.419 heures). Mais COE-Rexecode explique que les données de l'OCDE sont une extrapolation des comptes nationaux annuels des pays et qu'elles recouvrent l'ensemble des travailleurs, salariés et non salariés, temps complets et partiels. Or, le temps partiel est plus élevé en Allemagne (26% des salariés) qu'en France (18%).

En France, le temps partiel est moins court

Le tableau présenté par Rexecode est donc bien différent si l'on regarde les autres catégories de travailleurs. A 978 heures en 2010, la durée effective du travail pour les salariés à temps partiel en France se situe dans la moyenne européenne et se trouve bien supérieure à l'Allemagne (883 heures). Le contraste est encore plus saisissant du côté des travailleurs indépendants où la durée du travail en France (2.453 heures en 2010 à temps plein) compte parmi les plus élevées d'Europe, faisant jeu égal avec l'Allemagne.

Autre enseignement, selon Rexecode, c'est en France que la durée du travail a le plus baissé depuis une décennie : -13,9% (pour les salariés à temps plein) contre -6,1% outre-Rhin, -5,3% au Royaume-Uni ou -5,9% en Italie. «La France a ajouté à une baisse tendancielle quasi générale en Europe l'effet des 35 heures», poursuit Michel Didier.

Une méthodologie contestée

L'Insee met toutefois en garde : «Si les chiffres d'Eurostat pour 2010 sont conformes aux nôtres, la méthodologie de notre Enquête emploi a été profondément remaniée en 2003 et ne permet pas d'établir une évolution de la durée effective du travail depuis 1999», indique Fabrice Lenglart, directeur des statistiques démographiques et sociales, surpris par l'ampleur du recul de la durée du travail présentée par l'étude. Les chiffres recalculés par Eurostat font d'ailleurs état d'une forte baisse de la durée du travail au moment même de cette rupture méthodologique, soit après la mise en place des 35 heures. Selon les comptes nationaux de l'Insee, la durée annuelle moyenne du travail des salariés a baissé de 5,2% entre 1999 et 2010.

Avis partagés

Au vu du taux d'emploi (+6,3% en Allemagne contre +3,4% en France depuis 1999) et du PIB par habitant (+13,3% contre +7,3%), COE-Rexecode juge que l'Allemagne a, malgré une démographie déclinante (-2,9%), réussi son «partage du travail» en encourageant la négociation d'entreprise et le temps partiel. A l'inverse, la France «n'a pas tiré parti d'une démographie dynamique» (+8%), la baisse de la durée légale du travail «n'ayant pas stimulé de façon significative le taux d'emploi».

Sans contester l'intérêt des chiffres, l'OFCE ne partage absolument pas les conclusions qu'en tire COE-Rexecode. «Le bilan de la réduction du temps de travail sur l'emploi et la précarité est nettement plus favorable à la France qu'à l'Allemagne», juge l'économiste Mathieu Plane. Il relève que la France a créé 7% d'emplois de plus que l'Allemagne entre 1999 et 2010 et que le volume total des heures travaillées y a moins baissé qu'outre-Rhin. «La baisse de la durée du travail s'est faite par la durée légale en France, contrairement à l'Allemagne où elle est passée principalement par la hausse du temps partiel, ce qui est une forme plus brutale d'ajustement car souvent subi», analyse-t-il [3].

Heureusement, les Français sont plus productifs que les Allemands : la productivité horaire est de 133,5 en France (sur une base 100 = moyenne européenne) contre 123,9 en Allemagne, selon Eurostat. Si les Français travaillaient effectivement autant que les Allemands, soit 4 heures de plus par semaine selon Rexecode, seraient-ils tout aussi productifs ? La question reste ouverte. Elle sera en tout cas au coeur des débats de la campagne présidentielle alors que l'UMP préconise de supprimer les 35 heures.

(Source : Les Echos)

[1] Cette étude était basée sur des chiffres tronqués d'Eurostat, qui avait reçu des données erronées de la part de l'Insee. Deux mois après, l'Insee a reconnu son erreur et rectifié le tir, Eurostat de même dans la foulée, mais pas Rexecode ni Laurence Parisot, qui a continué à fustiger nos coûts salariaux alors l'étude de Rexecode sur la compétitivité de l'industrie française par rapport à l'industrie allemande était fausse !

[2] Parmi les adhérents de ce lobby patronal, on compte quasiment toutes les grandes banques françaises et aussi de grands groupes comme Bouygues, Areva, PSA, Lafarge ou L'Oréal.

[3] En 2010, l'Allemagne comptait 9 millions de précaires et 20% de travailleurs pauvres. 75% des emplois créés en Allemagne ces dernières années sont des mini-jobs, et 36% des salariés allemands exercent des emplois "atypiques" (intérim, CDD, à temps partiel ou très partiel). En dix ans, les salaires réels ont baissé de 4% en Allemagne alors qu'ils ont augmenté de 15% en France. Et le taux de pauvreté allemand est supérieur au nôtre de 2 points.


Lire aussi :
Articles les plus récents :
Articles les plus anciens :

Mis à jour ( Jeudi, 02 Août 2012 06:32 )  

Votre avis ?

La fin programmée des contrats aidés vous inspire quoi ?
 

Zoom sur…

 

Ces associations qui se battent pour les chômeurs

Au nombre de quatre au niveau national, elles méritent la gratitude et l'adhésion de tous les précaires et privés d'emploi. Grâce à elles - il faut le dire -, en 2004, les «Recalculés» n'aura...

 

La lutte contre le chômage est une escroquerie intellectuelle

Vous estimez que la lutte contre le chômage n'est, visiblement, pas la priorité de ceux qui nous gouvernent ? Vous vous étonnez qu'il n'y ait, sur ce point et depuis si longtemps, jamais de projet ...

 

Pôle Emploi abandonne enfin la rétroactivité des radiations

A partir du 1er janvier, la décision de radiation prendra effet à compter de la date de sa notification au demandeur d'emploi, et non plus à la date du «manquement». Le décryptage de Recours-Rad...