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Accueil s'informer Social, économie et politique Nicolas Sarkozy, traître de l'esprit de 1945

Nicolas Sarkozy, traître de l'esprit de 1945

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N'étant pas à une imposture près quand il s'agit d'enfumer les Français, not’ Président, s'apprêtant à asséner un dernier coup de boutoir à notre modèle social avant de quitter son poste, a invoqué hier l'héritage du Conseil national de la Résistance dont il se veut le garant et le protecteur...

Désormais, Nicolas Sarkozy veut être «le président qui protège». Drôle de façon de se réincarner pour 2012 alors que, depuis 2007 et même avant, il n'a protégé que les riches et fragilisé tous les autres !

Pour ce bateleur en campagne dont la réélection semble compromise, tous les slogans sont bons. Et aussi les symboles, question de montrer qu'il est cultivé et qu'il s'y connaît en Histoire pour mieux nous en conter... Souvent, sa préférence va à la récupération de symboles de la gauche comme Jaurès, Blum ou Guy Môquet. Ainsi fait-il grincer les dents de ses opposants politiques, tout en flattant le prolo de base un peu ignare.

Hier, à Bordeaux, il s'agissait de nous embobiner sur l'avenir de notre protection sociale, mise à mal avec la crise. Qui dit protection sociale dit Sécu. Et qui dit Sécu dit "trou de la Sécu". Pour bien nous enfumer sur ce thème délicat, Sarkozy a donc dégainé son symbole de gauche : le Conseil National de la Résistance qui, à la Libération, a élaboré le programme instituant les fondements de notre modèle social tant envié… et méthodiquement écorné depuis sa création.

Les incantations du pompier pyromane

Nicolas Sarkozy estime — comme beaucoup d'entre nous — que l'esprit de 1945 a été trahi… mais pas pour les mêmes raisons :

«Pouvons-nous regarder notre système de protection sociale comme si rien ne s'était passé entre 1945 et 2011 ? […] Ceux qui ont trahi l'héritage du Conseil national de la Résistance, ce sont ceux qui ont refusé depuis des décennies toute réforme par lâcheté et par opportunisme politique. Ceux qui ont trahi l’héritage du CNR, ce sont ceux qui, pendant des décennies, ont bien soigneusement dissimulé aux Français qu’ils finançaient leur système de protection sociale à coup de déficits. Pendant des décennies, on a donc protégé les Français à crédit sans le leur dire. […] Là est la trahison de l’esprit et de la lettre de notre modèle social.»

Nicolas Sarkozy a identifié les traîtres. Sont-ce les politiques qui, depuis quarante ans, ont voté des réformes qui nous ont plongé dans la spirale de l'endettement ? Que nenni... Est-ce la mue du capitalisme qui, s'étant financiarisé dans les années 80 avec la bénédiction des politiques, a généré du chômage de masse, la précarisation de l'emploi et une baisse généralisée des salaires, asséchant par ricochet les recettes de la protection sociale ? Pas du tout !

Pour Nicolas Sarkozy, les responsables sont… les fraudeurs (et surtout les pauvres). «La fraude, c’est la plus terrible et la plus insidieuse trahison de l’esprit de 1945. C’est la fraude qui mine les fondements mêmes de cette République sociale que les frères d’armes de la Résistance ont voulu bâtir pour la France et nous ont finalement léguée. […] Le Conseil national n'a pas voulu d'un système d'aumône. Il a voulu construire un système digne pour une France démocratique et libre.»

A-t-il fustigé les employeurs, les professions libérales et les riches contribuables — en fait, son électorat… — qui, bien qu'étant les plus assistés du pays, fraudent à des niveaux incomparables en toute impunité ? Certainement pas. Plus cynique que jamais, il s'en est pris aux 35 heures et à la retraite à 60 ans, défendant SA réforme des retraites qui, il est vrai, est nettement plus proche de l'esprit de 1945 (:lol:)...

Ce qu'il a éludé

Nicolas Sarkozy a suggéré, sans s'étendre plus avant, qu'il s'était passé quelque chose entre 1945 et aujourd'hui. En effet,
le tournant du milieu des années 1980 est capital et doit être choisi comme véritable point de référence pour comprendre ce que les salariés ont perdu. Sous l'impulsion d'idéologues ultralibéraux intégristes tels que Milton Friedman et ses disciples, le capitalisme a changé de braquet : alors qu'après la guerre, le temps de la reconstruction, il toléra trois décennies durant un relatif partage des richesses, il a brisé le contrat social en se financiarisant. Depuis 1982, la part des salaires (qui alimente la protection sociale) dans le PIB a perdu 10 points en faveur des profits (sans pour autant servir à l'investissement et à la création d'emplois). C'est pourquoi la protection sociale a bien du mal à suivre, faute de recettes suffisantes.

Nicolas Sarkozy ne s'est jamais élevé contre ce capitalisme sauvage et antisalarial qui avantage le pouvoir actionnarial et la spéculation au détriment de l'économie réelle et des individus dont il n'a même plus besoin pour s'enrichir : au contraire, il l'a toujours cautionné ! C'est donc lui —
«le Président des Riches» — et ses prédécesseurs qui ont réduit des millions de gens à l'«aumône» en laissant les emplois disparaître et en encourageant le travail en miettes qu'il pousse désormais à son paroxysme. Quant au mot «réforme», dans sa bouche, chacun a pu constater qu'il est synonyme de régression sociale.

Sarkozy, un traître qui ne s'ignore pas

Souvenons-nous des propos de Denis Kessler, ex vice-président exécutif du Medef qui, en octobre 2007, loua
avec chaleur le programme du nouveau chef de l'Etat, fraîchement élu : «Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork tant elles paraissent variées, d’importance inégale et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de la retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme... A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance».

Comment, aujourd'hui, Nicolas Sarkozy peut-il oser se présenter comme l'héritier du CNR et le garant de l'esprit de 1945 ?

Le jour où il imposera un financement complémentaire de la protection sociale par une taxation conséquente, au même niveau que celle du travail, des profits et autres revenus financiers qui prospèrent grâce aux sacrifices des salariés et des chômeurs, là, on pourra lui reconnaître ce rôle. Mais ce que Nicolas Sarkozy veut instaurer pour renflouer les caisses, c'est une «TVA sociale» qui réduira le coût de travail afin de s'aligner sur l'Allemagne, monstrueuse erreur de diagnostic et véritable usine à gaz qui pénalisera, comme toujours, les salariés et les plus faibles.

Retour aux sources

Puisque Nicolas Sarkozy invoque l'Histoire, souvenons-nous. En 2005, treize vétérans du Conseil National de la Résistance nous appelaient à lutter contre les attaques d'une droite qui s'emploie à détruire toutes les conquêtes sociales de la Libération, dont la Sécurité sociale et son système de retraite :



«Comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques, intellectuels, et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie», disaient-ils.

Le message de ces vieillards humanistes et lucides est plus que jamais d'actualité.

SH

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Mis à jour ( Jeudi, 17 Novembre 2011 09:31 )  

Commentaires 

 
# nanard 2011-11-16 11:49 Merci Sophie de dénoncer cet imposteur. Du goudron et des plumes et hop à la poubelle !! Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# superuser 2011-11-17 11:25 Ça m'a fait du bien !

Hélas, on peut d'ores et déjà avoir une idée du programme 2012 de l'UMP, puisque le grand patronat commence à s'immiscer dans la campagne présidentielle avec des propositions "sans tabou" : TVA sociale, baisse des dépenses d'assurance chômage et de santé, abolition des 35 heures, allégement de la fiscalité des revenus du capital, et pas touche aux allégements de cotisations… FLIPPANT.

www.lepoint.fr/economie/le-programme-choc-du-patronat-pour-la-presidentielle-15-11-2011-1396628_28.php
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# hervé85 2011-11-16 12:05 Ce président n'est pas à la hauteur, car un président se doit de rassembler et non de diviser ! Et que fait-il ? il use toujours des mêmes ficelles : opposer les uns et les autres pour mieux régner. Il cache ainsi l'échec de sa politique depuis 5 ans. Cette façon de faire sert d'écran de fumée et ne trompe personne. De plus, de jours en jours il casse en toute impunité le modèle social Français. C'est d'une autre Sté dont nous avons besoin : une société humaine et non dictée par la finance et ses lécheurs de bottes ! Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# tristesir 2011-11-16 12:31 En attendant, les salariés du privé viennent de se prendre un jour de carence supplémentaire pour les arrêts maladie, tandis que les salariés du public s'en prennent un.
Vous voyez des manifestations monstre pour faire reculer le gouvernement sur cette mesure ignoble?

La crise a du bon pour la dictature financière: les gens acceptent plus rapidement toute régression sociale.

Si la crise n'avait pas existé, elle aurait du être inventée.
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# superuser 2011-11-16 12:48 C'est, dans toute sa splendeur, la "stratégie du choc" décrite par Naomi Klein :



Un bouquin indispensable, à lire absolument !
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# Richard91 2011-11-16 15:34 Que voulez-vous, Nicolas c'est le président d'une république 'irréprochable' (sic). Son parti n'arrête pas depuis 2007 de stigmatiser une population : les roms, les roumains, les étrangers, les fonctionnaires, les profs, les chômeurs et plus récemment les toubibs. Il parlait des fraudeurs mais est-il 'clean' dans de diverses affaires notamment Karachi, Bettencourt? Ca m'étonne pas ses dernières déclarations qu'il espère pour mieux rebondir à quelques mois des Présidentielles car sa côte de popularité en chute libre depuis longtemps. Comme certains parmi vous le pensent aussi, pour moi, les vrais fraudeurs c'est… :( Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# tristesir 2011-11-16 16:38 Les italiens ont réélu sans fin Berlusconi et c'est le marché qui a décidé qu'il ne fallait plus qu'il occupe le premier rang (mais il n'est pas hors-jeu pour autant)

Si le marché a décidé que Sarkozy devait se succéder à lui-même ils peuvent parvenir à leur fin il ne faut pas en douter.
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# Thannhauser 2011-11-16 23:35 Je suis d'accord avec l'article, mais voilà ce que je trouve peu rassurant: admettons S. perdra les élections, le nouveau (F.Hollande) sera au mieux un executant des "marchés", de Wall Street. Je doute qu'il aura la force de caractère nécessaire pour faire face à Merkel et la germanisation néolibérale de l'Europe. Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# superuser 2011-11-17 09:11 Bah oui, tu as raison… Marianne en parle ici :

Qui sera le Papademos français ?

www.marianne2.fr/Qui-sera-le-Papademos-francais_a212537.html
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# adamet 2011-11-18 10:48 Sarkozy et la droite font de plus en plus fort dans la chasse aux pauvres !
Tant pis pour les dégâts en matière de santé publique ou sur la vie des gens

voir http://anpag.org/article.php3?id_article=1117
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