"Le mot de faillite n'est plus un mot abstrait", a prévenu François Fillon lundi, en prologue de sa présentation d'un nouveau plan de rigueur pour les années à venir. L'objectif du gouvernement est de ramener le déficit public à 4,5% du PIB en 2012 avec une croissance économique de 1% seulement. Il en va, a une nouvelle fois souligné le Premier ministre, du précieux "triple A" de la France. L'effort supplémentaire prévu par ce deuxième plan de rigueur en moins de trois mois s'élève à 18,6 milliards d'euros pour 2012 et 2013, dont 7 milliards en 2012, qui s'ajoutent aux 11 milliards annoncés par François Fillon le 24 août dernier. Le Premier ministre assure que ce plan fait porter "l’essentiel" de l'effort sur les plus aisés. C'est faux.Une charge concentrée sur les consommateurs et les contribuables
Parmi les mesures phare de ce nouveau plan de rigueur figure le relèvement du taux réduit de la TVA de 5,5% à 7% "comme en Allemagne", à l'exclusion de l'alimentation, de l'énergie et des services destinés aux handicapés. Cette mesure concernera en particulier le taux réduit dans la restauration ainsi que les travaux de rénovation dans le bâtiment, mais aussi les prix des livres, de nombreux types de ventes immobilières, les transports de voyageurs (rail, route, mer, eau, air, taxis ou remontées mécaniques), les importations d'œuvres d'art, les prestations des avocats dans le cadre de l'aide juridictionnelle ou encore les prestations de collecte des déchets. Gain attendu : 1,8 milliard d'euros par an, que paieront in fine l'ensemble des Français.
Mesure moins visible mais plus rémunératrice, les barèmes de l'impôt sur le revenu et de l'impôt sur la fortune en 2012 et 2013 vont être désindexés de l'inflation, c'est-à-dire gelés au niveau de 2011. Mécaniquement, un grand nombre de contribuables, même modestes, vont basculer dans une tranche supérieure, donc payer plus d'impôts. Le gouvernement en attend 1,7 milliard de recettes en 2012 et 3,4 milliards en 2013.
Les niches fiscales liées à l'immobilier subissent un nouveau coup de rabot, parfois définitif. Le dispositif Scellier, mis en place en 2009 pour soutenir l'investissement locatif, sera ainsi purement et simplement supprimé en 2013 alors qu'il devrait survivre sous une forme allégée. Le prêt à taux zéro +, autre béquille du marché immobilier, sera quant à lui recentré sur le neuf. En clair, on ne pourra plus en bénéficier pour acheter dans l'ancien. Enfin, le crédit d'impôt développement durable, pour favoriser travaux économes en énergie, sera également diminué. Ces mesures ne commenceront toutefois à porter leurs fruits qu'en 2013 avec une économie estimée alors à 1 milliard d'euros.
Gel des prestations sociales et accélération de la réforme des retraites
Le relèvement de l'âge légal de 60 à 62 ans sera par ailleurs avancé de 2018 à 2017, une mesure qui va "se traduire par quelques mois d'activité supplémentaire pour les générations nées entre 1952 et 1956". Et qui doit rapporter 100 millions en 2012 et 500 millions en 2013, pour une économie globale de 4,4 milliards d'euros d'ici à 2016. Autre mesure touchant le plus grand nombre : la revalorisation de la plupart des prestations sociales, hors pensions et minima sociaux (principalement les allocations familiales et les aides au logement), qui sera non seulement reportée de 3 mois mais gelée à 1% pour 2012, et indexée non plus sur l'inflation mais sur la croissance. Cela représente une économie supplémentaire de 500 millions d'euros.
Du côté des entreprises, une majoration — temporaire — de 5% de l'impôt sur les sociétés frappera en 2012 et 2013 celles dont le chiffre d'affaires dépasse 250 millions d'euros. Les recettes attendues s'élèvent à 1,1 milliard d'euros par an. Soit une facture totale qui s'élèvera à 6,2 milliards d'euros en 2012 si l'on inclut les mesures du premier plan de rigueur annoncé en août.
Les mesures cosmétiques
L'écart de taxation entre les revenus du travail et du capital va être réduit. En effet, le prélèvement libératoire forfaitaire (PFL) est relevé de 19% à 24%. Ce PFL permet à un contribuable de s'acquitter de l'impôt dû sur les revenus des placements bancaires (bons du Trésor, intérêts d'assurance-vie…).
L'Etat va lui aussi se mettre à la diète, mais dans une moindre mesure : les salaires du président de la République et des ministres vont être gelés, une mesure avant tout symbolique... Au total, sans que l'on connaisse encore le détail des économies, les dépenses devraient être réduites de 1,5 milliard en 2012. Les partis politiques sont aussi touchés : le plafond des dépenses de campagne prises en charge par l'Etat va baisser de 5%. "Ce sera également le cas pour les aides aux dépenses politiques, qui étaient restées stables en 2010 et 2011."
Résultat, ce sont les ménages qui vont payer le plus lourd tribut de la rigueur. Sur un total de 18 milliards d'euros d'économies nouvelles prévues en 2012, un peu plus de 10 milliards pèseront sur eux : 4,1 milliards pour ce deuxième plan de rigueur — auxquels il faudra probablement ajouter plusieurs millions liés à la maîtrise renforcée des dépenses de santé, qui pourrait se traduire par de nouveaux déremboursement des médicaments ou une moindre prise en charge du ticket modérateur —, ajoutés aux 6,1 milliards des mesures votées en août dernier (taxes sur les sodas, sur les mutuelles, etc…). Au risque de peser sur la consommation, principal moteur de la croissance française.
(Source : L'Expansion)
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Commentaires
Le prélèvement forfaitaire libératoire
Deux choix s'offrent aux Français qui perçoivent des revenus du capital ou des dividendes :
• s'acquitter de l'impôt sur le revenu
• s'acquitter du prélèvement forfaitaire libératoire, une somme qui est retenue avant que leurs revenus ne leur soit versés.
Mesure proposée par François Fillon : alors que le prélèvement forfaitaire libératoire était fixé à 19%, il est aujourd'hui élevé à 24%. Vincent Drezet, secrétaire national du Syndicat National Unifié des Impots (SNUI), estime que cette mesure est injuste : «Les 48.000 individus qui ont fait le choix du prélèvement forfaitaire libératoire ont des revenus très variables : certains perçoivent 60.000 euros de revenus par an, d'autres 20.000. Ce ne sont pas forcément des personnes aisées».
Les profils sont en effet très différents : cadres moyens, supérieurs, professions libérales, commerçants qui placent pour leur retraite… Dire que l'effort repose sur les plus aisés «n'est pas faux, mais ce n'est pas la vérité totale : certains des plus petits épargnants vont aussi perdre de l'argent».
Selon Vincent Drezet, cette mesure évite au gouvernement de s'attaquer aux véritables acquis fiscaux des entreprises. «Il aurait suffit de toucher à une demi niche fiscale, comme celle du régime d'intégration fiscale, qui permet aux groupes qui ont au moins deux filiales d'économiser de l'argent, pour gagner autant sans pénaliser une partie de la classe moyenne.»
Surtaxe de 5% de l'impôt sur les sociétés
Une surtaxe de 5% d'impôt sur les sociétés : c'est ce que devront payer les entreprises dont le chiffre d'affaires dépasse 250 millions d'euros par an. Pour Mathieu Plane, économiste senior au département analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), cette mesure est «comme la taxe exceptionnelle pour les hauts revenus : symbolique».
L'économiste explique qu'en France, plus une entreprise réalise un chiffre d'affaire élevé et se développe et moins, proportionnelle ment, elle paye d'impôts : «Dès qu'une entreprise exporte, a des filiales à l'étranger, elle fait de l'optimisation fiscale : elle réussit à baisser ses impôts en délocalisant ses profits, en jouant avec les crédits impôts recherche… Ce n'est pas la PME locale qui va faire ça». Ainsi, le rapport publié par le député UMP Gilles Carrez en juillet 2011 montre que si l'impôt sur les sociétés payés par les PME s'élève en moyenne à 33% de leurs revenus, il descend à 8% pour les entreprises du CAC 40.
Pour Mathieu Plane, l'idée du gouvernement est assez mauvaise : elle ne rapportera, de plus, pas beaucoup d'argent. Les recettes que l'Etat dégage grâce à l'impôt sur les sociétés - la plupart sont des banques et des assurances - vont en effet être plus faible à l'avenir. Avec la crise, les profits de ces établissements vont diminuer, leurs impôts aussi, ainsi que les sommes dégagées par la surtaxe de 5% calculée sur cette base.
S'il s’agissait de taper les grands groupes comme Total, c'est loupé. Cette mesure s’avérera indolore pour le pétrolier qui, grand spécialiste de l'optimisation fiscale, comme la très grande majorité des groupes du CAC 40, affiche un résultat imposable nul voir négatif dans l’Hexagone. Et comme 5% de 0 cela fera toujours 0, son PDG Christophe de Margerie pourra sans peine redistribuer ses bénéfices sous forme de dividendes.
www.rue89.com/rue89-eco/2011/11/07/la-rigueur-et-les-riches-deux-mesures-pas-si-douloureuses-226331 Répondre | Répondre avec citation | Citer
Privés de 10 milliards de revenus via des impôts/taxes supplémentaires et des prestations sociales diminuées, les ménages verront donc leur pouvoir d’achat réel se dégrader fortement. En 2013, cela devrait amputer leur revenu disponible brut de 0,8%. Avec la récession qui s’annonce, il ne faudra pas non plus compter sur la hausse des revenus salariaux, qu'il s'agisse de ceux des personnes en emploi ou de ceux qui sont au chômage. En tuant la consommation, principal moteur de la croissance, Nicolas Sarkozy s’apprête à nourrir l’hydre de la récession.
www.marianne2.fr/Rigueur-deuxieme-lame-en-route-vers-la-grande-depression_a212271.html Répondre | Répondre avec citation | Citer
http://2ccr.unblog.fr/2010/12/03/niches-en-or-massif/ Répondre | Répondre avec citation | Citer
Quand, en septembre 2007, François Fillon disait qu'il était «à la tête d'un Etat en faillite», il n'exprimait pas un constat mais un fantasme. Aujourd'hui, à force de zèle et de gabegies répétées en faveur de sa caste, le fantasme de ce maniaque est quasi exaucé ! Répondre | Répondre avec citation | Citer
www.despasperdus.com/index.php?post/2011/11/08/Fillon%2C-laur%C3%A9at-du-Pinochet Répondre | Répondre avec citation | Citer