Au nom de la «solidarité financière entre l'ensemble des justiciables», l'article 20 du projet de loi exige une contribution «pour chaque instance introduite en matière civile, commerciale, prud'homale, sociale ou rurale devant une juridiction judiciaire, ou par instance introduite devant une juridiction administrative». Sauf réveil d'une partie de la majorité, le texte va passer sans douleur.
L'acquittement de cette contribution, sous forme de droit de timbre fixé à 35 euros, deviendra une condition de recevabilité du dossier. Le gouvernement a tout de même décidé d'exonérer les justiciables bénéficiaires de l'aide juridictionnelle (AJ) et les victimes d'infractions pénales.
Une réintroduction masquée des anciens frais de justice
Cette mesure va creuser l'écart entre la justice des plus riches et celle des plus pauvres. Contacté par Rue89, Pascale Taelman, présidente du Syndicat des Avocats de France, s'insurge : «C'est tout à fait scandaleux. Il faudra payer une taxe pour pouvoir saisir la justice ! Il s'agit de réintroduire les frais de justice pourtant supprimés il y a des dizaines d'années.»
Après la suppression de la prise en charge du droit de plaidoirie par l'Etat au début de l'année, c'est un deuxième coup de maillet sur les justiciables modestes. Me Volland, avocate à Ivry-sur-Seine, explique : «Ce sont les personnes à la limite de l'attribution de l'aide juridictionnelle qui vont payer le prix de cette mesure. Ceux dont le salaire dépasse de quelques euros le plafond exigé pour l'AJ.» Elle continue : «Le deuxième problème, c'est que dans certains cas, même les bénéficiaires de l'AJ devront payer. Il m'arrive très souvent, dans les affaires urgentes, de commencer la procédure avant même d'être désignée, pour aller plus vite. Je vais donc devoir demander à mes clients de payer ces 35 euros, et pour l'instant aucune disposition ne permet leur remboursement dans ce cas là.»
«Une taxe pour renflouer les caisses»
Le gouvernement, au vu du rapport de Philippe Marini fait au nom de la commission des Finances, justifie aussi cette réforme par le coût de aide juridictionnelle et par les «abus de justiciables procéduriers». Contacté par Rue89, François Bouchart, vice-président du conseil des Prud'hommes de Nice, conteste : «Il s'agit d'une disposition antisociale et injuste, qui n'aura aucun effet dissuasif. Elle n'est pas prise pour éviter les abus, puisqu'elle n'empêchera pas les gens de faire des saisines. 35 euros, ce n'est pas une somme assez rédhibitoire.»
D'accord sur ce point, Me Volland affirme que la mesure n'a été prise que pour dégager des ressources et pour financer une «réforme mal gérée, dont le budget n'a pas été anticipé». «Coincé», le gouvernement se retrouve obligé «d'aller ponctionner les justiciables pour trouver l'argent qu'ils auraient du prévoir».
Une décision contraire à la Convention européenne des droits de l'homme
Convaincue que les recettes dégagées par cette mesure ne permettront pas de résoudre la crise de l'AJ, sa collègue, Me Seniak, ajoute : «La question de l'aide juridictionnelle est trop centrale, trop fondamentale, trop nécessaire pour que l'on se contente d'une solution peu réfléchie. Tout le système de l'AJ doit être remis en place. Bien sûr, il s'agit d'une réforme casse gueule, et dont les nombreux enjeux entravent la motivation des politiques.»
Enfin, il s'agit d'une mesure qui pourrait contrevenir à l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui défend le principe d'égal accès à la justice. C'est ce même article qui a d'ailleurs justifié la réforme de la garde à vue.
(Source : Rue89)
DERNIÈRE MINUTE : Le 6 juillet, la loi de finances rectificative pour 2011 a été adoptée dans le plus grand des silences. Entre autres, elle prévoit bien l'instauration d'une «contribution» de 35 euros que tous les justiciables devront acquitter (sauf les bénéficiaires de l'aide juridictionnelle) à compter du 1er octobre, sous peine de voir leur requête exclue de tout examen. Plus d'infos ici...
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«Après la suppression de 61 conseils de Prud’hommes et les réformes de cette juridiction défavorables aux salariés, le gouvernement poursuit sa politique semant d’embûches procédurales et financières le recours au juge. Ce fut notamment le cas avec l’assistance obligatoire par un avocat (entre 3.000 et 5.000 €) lors de pourvois en Cour de Cassation, ce qui a eu pour effet d’abaisser de 30% le nombre de recours», indique la centrale syndicale jeudi.
«Aujourd’hui, un nouveau pas est franchi avec l’instauration du paiement d’un timbre fiscal de 35 € pour toutes instances introduites devant les juridictions civiles, sociales, et prud’homales. Ce dispositif remet en cause la gratuité de la procédure prud’homale et de fait handicape l’accès au juge pour des milliers de salariés», souligne la CGT qui considère que «la volonté du gouvernement de réduire le contentieux prud’homal par tous moyens, et ainsi priver les salariés de la possibilité de faire valoir leurs droits, rejoint la volonté patronale de tout faire pour éviter d’être condamné alors que les licenciements, les non paiements de salaires et autres délinquances patronales continuent de frapper des milliers de salariés».
«Les conseils de Prud’hommes ont avant tout besoin de moyens en personnel et en budget, pour répondre aux demandes de justice des salariés face à un patronat qui s’exonère du respect des droits les plus élémentaires. La CGT considère que la remise en cause de la gratuité de la procédure en matière prud’homale revient, pour celles et ceux, qui dans une large majorité, sont privés de leurs emplois et d’un revenu décent, à s’acquitter d’une taxe pour obtenir réparation d’un préjudice que leur a fait subir leur employeur».
«Cette mesure est contraire à l’article 6 de la Convention européenne des Droits de l’homme qui édicte le principe d’égal accès à la justice pour tous», conclut la CGT qui exige le retrait de cette disposition.
www.toulouse7.com/2011/06/30/lacces-du-tribunal-des-prudhommes-taxe-a-35-euros-la-cgt-sinsurge/ Répondre | Répondre avec citation | Citer