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Il faut revaloriser le Smic !

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Gérard Filoche nous rappelle que c'est dans les pays où les salaires sont les plus bas que les durées du travail et le taux de chômage sont les plus élevés.

Évidemment, la prime de 1.000 euros de Sarkozy, c’est de la fumée : la voilà réservée, sur la base du volontariat patronal, aux entreprises de plus de 50 salariés qui versent des dividendes à leurs actionnaires, soumise à négociation et défiscalisée, non soumise à cotisations sociales, donc payée en partie par les impôts des salariés. Or, seules 3% des entreprises françaises ont plus de 50 salariés et 1/3 de celles-ci versent des dividendes. Environ 1,5 million de salariés sur 18,3 millions y seraient éligibles, et encore…

Pendant ce temps-là, les salaires des 5 millions de fonctionnaires sont gelés, c’est-à-dire qu’ils baissent, puisque l’inflation progresse de 2 à 4 points.

Un bluff trompeur

Pourtant, l’effet d’annonce électoral a joué. Dans tel meeting, à La Courneuve, on rencontre des modestes employés d’une maison de retraite de plus de 50 salariés qui croient encore recevoir bientôt 1.000 euros… parce que cela a été dit «à la télé».

L’élection présidentielle mobilise 42 millions d’électeurs, elle se joue au second tour entre 18 et 20 millions de voix. Laisser traîner dans les oreilles que Sarkozy fait donner 1.000 euros et que le Parti socialiste ne sait plus à quelle hauteur il propose de porter le Smic, cela pose problème.

Anne-Sophie Lapix, sur Canal +, dimanche 22 mai à midi, interroge Bertrand Delanoë : «En 2007 vous étiez pour un Smic à 1.500 euros, pas cette fois. Pourquoi ? N’était-ce pas un marqueur ?» Bertrand Delanoë esquive, explique que cela concerne tous les salaires et pas seulement le Smic, et qu’il faudra une conférence annuelle pour revoir ceux-ci… Il s’enlise. Pourquoi exiger 1.500 euros en 2006 et ne pas exiger 1.600 euros en 2011 ? Pourquoi ne plus chiffrer ? Qu’est ce que ça cache ?

Sarkozy a bloqué le Smic pendant cinq ans. Cinq ans !

C’est si long, si dur que 10% des salariés ont été rajoutés aux 8 millions de travailleurs pauvres. On ne peut pas vivre décemment à ce prix.

Pire, il démantèle le principe même du Smic ! Déjà, le 28 février 2010 à Blois, Fillon s’était autocritiqué «d’avoir cautionné une hausse trop rapide du Smic» et depuis, le gouvernement a baissé sciemment les bas salaires :

1) Ils ont fixé le taux du Smic au 1er janvier au lieu du 1er juillet, pour mieux peser par le bas sur la négociation de branche ou d’entreprise qui a lieu en début d’année.

2) La fixation se fait désormais au plus bas niveau sur les propositions d’une «commission d’experts» prétendue indépendante, selon le souhait de Laurence Parisot.

3) La COE — Commission d’orientation de l’emploi — va mettre en œuvre une désindexation du Smic, en conformité avec le «pacte de compétitivité» de Merkel/Sarkozy.

4) Le gouvernement a supprimé jusqu’en 2013 les sanctions éventuelles applicables aux entreprises bénéficiant d’exonérations de cotisations (à hauteur de 20 milliards entre 1 et 1,3 fois le Smic) qui ne respecteront pas le Smic.

5) Les branches dont le salaire minima conventionnel est inférieur au Smic ont obtenu l’autorisation d’y rester pendant 2 ans.

6) Le Medef pousse à l’annualisation du Smic et sa régionalisation. Ce qui aurait définitivement pour double effet de le rendre incontrôlable et de le supprimer comme instrument d’une politique nationale des salaires.

7) L’inflation a repris et c’est avec retard, sans rattrapage, que le Smic sera réajusté de 2% par la loi le 1er juillet 2011.

Tout cela parce que le Smic serait trop contraignant, trop élevé, etc...

À qui faire gober qu’une prime de 1.000 euros corrigerait le blocage du pouvoir d’achat organisé par Sarkozy depuis 5 ans ? C’est un leurre, c’est une farce qui cherche à masquer ce déclin organisé du Smic.

Or, la moyenne de nos salaires n’est pas trop élevée : elle se situe dans la moyenne de l’Union européenne. Les cotisations sociales des employeurs ont baissé de 40 à 14% depuis 1993. En Espagne où les salaires sont plus bas, il y a davantage de chômage; dans les pays scandinaves ou les salaires sont plus élevés, il y en a moins. Ce sont les pays les plus pauvres qui ont des durées du travail plus élevées. Les salariés ayant les plus bas salaires et le moins de qualifications reconnues sont les plus exposés au chômage. Les salariés de la restauration, par exemple, qui ne sont soumis à aucune concurrence internationale, ont le plus triste sort.

Et le sinistre Laurent Wauquiez propose d’amputer ceux qui sont réduits aux minima sociaux à 75% du Smic. Il prétend que les chômeurs sont des «assistés» ! Pur mensonge, car les chômeurs sont des «assurés» : ils ont cotisé à une assurance-chômage et leurs indemnités en retour sont un dû, pas un assistanat. Les seuls «assistés» de ce pays sont les patrons qui reçoivent 45 milliards d’exonérations de cotisation sociales sans aucune contrepartie.

Les salariés sont en train de s’appauvrir chaque jour !

Les prix valsent depuis des mois, énergie, logement, transports, assurances, alimentation, etc… au point qu’au 1er juillet 2012, c’est la loi qui impose de faire un rattrapage et de réajuster le Smic pour courir après l’inflation.

Le salaire médian est de 1.580 euros, c’est-à-dire que 50% des salariés gagnent moins. 98% des salaires sont en dessous de 3.200 euros. La principale fonction de «président du pouvoir d’achat» du «gagner plus» de Sarkozy s'est traduite par un appauvrissement de ceux qui produisent l’essentiel des richesses de ce pays et qui n’en reçoivent pas la part qu’ils méritent.

Une prime de 1.000 euros ? Et on ne serait pas pour un Smic de 1.600 euros ?

Alors que les négociations sur les salaires sont bloquées, alors que les syndicats n’ont pas été consultés et que le patronat en profite pour refuser, l’antisocial forcené de l’Elysée joue du pipeau avec une vraie fausse prime, content de n’avoir pas une opposition en face qui ose réclamer un Smic digne de ce nom.

Cela peut-il durer ?

Un rattrapage du Smic à 1.600 euros, comme le réclame la CGT, principal syndicat de ce pays, est urgent et nécessaire.

Que l’on ne dise pas que cela ferait fermer des entreprises (à part les canards boîteux et autres fraudeurs) : en juin 1968, la hausse de 33% du Smig (et de 55% du Smag) n’a fait fermer aucune entreprise, cela a même relancé l’économie ! Cela a permis aux salariés de mieux vivre et d’acheter des choses essentielles qu’ils ne pouvaient pas s’offrir auparavant. Appliquer une hausse de 33% aujourd’hui porterait le Smic à… 1.750 euros !

Les minima conventionnels devraient être automatiquement aligné par la loi sur le Smic : car il est indécent que des branches négocient en dessous de la loi.

Ni l’intéressement, ni la participation ne sont du «vrai salaire», avec cotisations sociales, du net et du brut. Les «primes» éphémères ne remplacent la hausse régulière, le nécessaire rattrapage des salaires.

Lorsqu’il y a des NAO — des négociations annuelles obligatoires —, l’État a un rôle à jouer, car c’est de lui que dépend «l’extension» des conventions collectives : il peut ainsi peser sur leur contenu, et sur les carrières, les niveaux, les coefficients, les échelons, les grilles de métiers. Des garanties de progression collective, détruites par le Medef depuis huit ans, peuvent être restaurées sous la pression de la puissance publique pour les salariés.

1.600 euros, il faut le dire !

Mais pour cela, le Parti socialiste et toute la gauche doivent savoir dire à quelle hauteur on veut situer le Smic. Car c’est le marqueur, le «booster» pour les autres salaires, les autres négociations.

Dans tous les sondages, la principale question est celle des salaires. Il faut reprendre aux actionnaires ce qu’ils ont pris aux salaires. Pour gagner en 2012 à coup sûr et mobiliser notre électorat, la revendication est incontournable.

Gérard Filochewww.filoche.net

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Mis à jour ( Lundi, 04 Juillet 2011 13:05 )  

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