Elles sont cinq familles en France, entre l’Yonne et l’Ariège, qui ne touchent plus d’allocations familiales. Peu s’en soucient dans le bruit des actualités que l’on sait. On ignore qui elles sont, on devine simplement le manque financier qui doit s’ajouter à tant de détresse.On sait juste que ces familles sont coupables des absences scolaires de leurs enfants. On connaît aussi l’auteur de leur disgrâce : Éric Ciotti, député UMP et président du conseil général des Alpes-Maritimes, qui a réintroduit dans notre droit cette punition financière en janvier dernier. Une loi efficace, jure-t-on en haut lieu, qui aurait ramené 7.000 enfants à l’école, par peur, et tant pis pour ces cinq familles — 20 personnes, 30 ? — chassées de la bénévolence nationale.
Éric Ciotti est un personnage de notre République, qui fait du bruit à la droite de la droite et réalise le rêve de tous les politiques : changer la vie. Éric Ciotti n’est pas un réformateur social qui rendra notre société un peu moins insupportable : il change la vie des faibles, qu’il pourchasse et stigmatise avec une constance remarquée. L’été dernier, il proposait dans ce journal d’envoyer en prison les parents des jeunes délinquants. En ce joli mois de mai, il vient de lancer une «brigade antifraudeurs», financée par son conseil général, qui traquera ceux qui abuseraient du RSA.
Un département, en charge de l’aide sociale, qui se proclame policier et y consacre 16 fonctionnaires : véhémente gabegie ! Le soubassement idéologique et l’effet de propagande — les chômeurs sont des tricheurs en puissance — ne sont pas inédits : Patrick Buisson et Laurent Wauquiez les avaient installés, mais avec moins de sens pratique. Les incorruptibles de Ciotti feront rendre gorge aux miséreux, c’est plus commode que de taxer les fortunes. Ainsi s’installe une République brutale au prétexte de l’équité, où les mêmes paient toujours et encore. Victimes absolues, cibles anonymes qui n’existent que pour être blessées.
Dans l’horreur de l’affaire DSK, on redécouvre — l’avait-on oublié ? — l’abîme social qui sépare un gouvernant du monde d’une immigrée africaine à New York. Certains en tirent des leçons de morale faciles et odieuses. Ce n’est pas la richesse d’Anne Sinclair qui devrait intriguer, qu’elle n’a volée à personne et qui n’a jamais influé sur les positions publiques de l’homme de gauche Strauss-Kahn. Mais il est bon de se rappeler ce qu’est l’existence des oubliés de l’actualité, que réveillent les seules tragédies.
La vie des peuples invisibles, là-bas, et ici aussi. Immigrés de nos chambres d’hôtel ; femmes brutalisées que les bruits médiatiques, entre DSK et Tron, renvoient à ce malheur qu’elles n’osent exprimer ; naufragés de la vie, éperdus de chômage et qui ne tiennent plus leurs gosses, et que tous les Ciotti du monde ne rateront pas. Invisibles de tous les pays, pardonnez-nous.
(Source : Le JDD)
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Commentaires
Eric Ciotti, à défaut de changer au positif le quotidien de nos concitoyens, se lance dans un nouveau combat : «la chasse aux fraudeurs du RSA». Fraudeurs qui, dans l’esprit du président de conseil général des Alpes-Maritimes, ne peuvent–être «qu’originaires des classes laborieuses, bénéficiant des largesses de politique d’assistance mise en œuvre, cherchant par tous les moyens à fuir la recherche d’un emploi».
Cette vision digne de la bourgeoisie du XIXe siècle est le lot quotidien des leaders de l’UMP de ce département. Alors que le chômage et la précarité sont à un niveau très haut, que notre société est traversée par le mal-vivre, la majorité UMP est plus préoccupée par la stigmatisation des allocataires du RSA que de s’attaquer aux vrais problèmes. Celui de l’emploi, bien sûr, mais aussi des milliards de fraudes qui sont avant tout le fait du patronat.
Entre 29,1 et 40,2 milliards d’euros : c’était en 2007 l’estimation par le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) du montant des fraudes au fisc et aux organismes de protection sociale. «La fraude aux prélèvements obligatoires est certainement le délit qui, en termes financiers, fait le plus de victimes», pouvait-on y lire. La TVA est l’impôt le plus fraudé, pour un montant entre 7,3 et 12,4 milliards d’euros, devant l’impôt sur les sociétés (4,6 milliards), l’impôt sur le revenu (4,3 milliards) et les impôts locaux (1,9 milliard).
Le reste concerne les prélèvements sociaux pour une somme entre 8,4 et 14,6 milliards d’euros, l’essentiel étant dû, selon le rapport, au travail au noir. L’ensemble de ces «fraudes et irrégularités», dont le total équivalait à l’époque au déficit budgétaire de l’État (36,5 milliards d’euros), sont avant tout le fait des entreprises. Et parmi elles, les grands groupes occupent une place privilégiée car ils possèdent les moyens et les techniques pour échapper au fisc, à l’image de madame Bettencourt dont l’actualité récente a révélé qu’elle payait bien peu d’impôt par rapport à ces revenus.
Monsieur Ciotti, député des Alpes-Maritimes, serait bien mieux inspiré dans l’intérêt de notre pays de légiférer pour mettre un terme aux fraudes des riches !
Cécile DUMAS, secrétaire fédérale du PCF des Alpes-Maritimes
www.humanite.fr/26_05_2011-ciotti-et-la-fraude-sociale-s%C3%A9lective-pcf-06-473014 Répondre | Répondre avec citation | Citer
Encore un psychotique!
Ou bien comme disent les anglos, on l'enferme et on jette la clé. ;) Répondre | Répondre avec citation | Citer
Je ne m'intéresse pas à la situation de cette personne pour qu'il n'y ait pas de malentendu.
Les riches imposent leur volonté jusqu'à la définition des mots "vol" et "voleur". Un patron qui se met la plus-value dans la poche cela ne s'appelle pas un "vol" dans notre société. C'est même encouragé et vanté.
"Derrière chaque grande fortune se cache un crime", disait Balzac. Répondre | Répondre avec citation | Citer
C'est ce que Prudhon (ou Marx ?) appelait le “gain“. Cette plus-value qui par évidence devrait être partagée par tous ceux/celles (salarié-es) qui ont contribué à la production du produit ou du service.
Mais pour contourner cette évidence, patrons et financiers (avec le soutien de l'Etat, cette nuisance publique) font croire aux nouveaux investissements . Croyances et mensonges !
Ce “Gain“ ou cette Plue-Value ne se perçoit même plus du tout dans les salaires.
La politique et l'économie (financière) sont une totale escroquerie ! Répondre | Répondre avec citation | Citer
Tandis que nos sommités s’acharnent à vouloir réduire l’impôt sur la grande fortune tout en s’en prenant à l’assistanat et aux bénéficiaires «cancéreux» du RSA, il serait intéressant de nous interroger sur la légitimité pour les plus nécessiteux de recourir à la fraude pour satisfaire leurs besoins élémentaires.
Mauvais arguments
D’abord, éliminons l’idée qu’il puisse y avoir une légitimité à justifier la fraude par le bas au seul prétexte que d’autres ne se gênent pas. A commencer par les margoulins des sommets qui se goinfrent sans vergogne à grands coups de paquets fiscaux et fourberies “légales”. L’attitude classique du “œil pour œil, fraude pour fraude” ne conduit qu’au désordre, au n’importe quoi et pour finir au triomphe de la loi du plus fort.
Bottons ensuite les fesses aux habituels contre-arguments sentencieux :
• «frauder les minima sociaux est injuste pour ceux qui suent sang et eau à travailler pour un misérable SMIC» : manœuvre classique des plus aisés pour diviser les plus nécessiteux ;
• «la fraude, le travail au noir, les escroqueries en tout genre lèsent et appauvrissent la collectivité» : faux puisque le produit financier de ces prétendues “arnaques” est immédiatement réinjecté dans l’économie réelle ;
• «la loi s’impose à tous» : faut-il encore, comme on va le voir, que la loi soit légitime !
Les droits de l’homme légitiment la désobéissance civile
En réalité, il n’est pas à chercher très loin pour trouver une légitimation à l’acte de désobéissance civile qu’est la fraude aux minima sociaux. Un seul article de la Déclaration universelle des droits l’homme de 1948, celle-là même qui fonde notre République, y suffit :
«Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires.» (article 25)
Dans un pays regorgeant de richesses et des moyens matériels ou humains pour les produire, ceux qui privent une frange de plus en plus importante de la population des moyens financiers suffisants pour satisfaire ses besoins vitaux élémentaires se délégitiment eux-mêmes et délégitiment les lois qu’ils prétendent faire appliquer.
D’insupportable s leçons de morale
À l’inverse, ceux que l’organisation sociale et économique d’un pays riche maintient sans raison valable en-dessous du seuil de pauvreté sont parfaitement légitimés à recourir à tous les moyens nécessaires pour satisfaire leurs besoins vitaux. La fraude, le système D, la menue rapine, le travail au noir, la saisie autoritaire des biens de première nécessité qui font défaut peuvent légitimement être considérés comme des armes de légitime défense. Comme le pain de Jean Valjean dans “les Misérables” de Victor Hugo.
Les malversations des classes dominantes, même légalisées par ces dernières, sont, elles, assimilables à de vulgaires actes de crapulerie sans autre motif que la soif de domination. Que dire alors des insupportables leçons de morale que certains de leurs éminents représentants infligent aux autres ?
«Quand quelque chose nous apparaît non légitime, même si c’est légal, il nous appartient de protester, de nous indigner et de désobéir» (Stéphane Hessel)
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