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Accueil s'informer La revue de presse Thierry Breton, cost-killer et chantre du néo-management

Thierry Breton, cost-killer et chantre du néo-management

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Après France Télécom, l'ex-ministre a importé ses méthodes chez Atos Origin. Bonjour les dégâts.

L'ex-PDG de France Télécom, ex-ministre de l'Economie sous Jacques Chirac et ancien patron de Bull et Thomson, prend la tête en 2008 d'une société discrète, Atos Origin, 50.000 employés. Deuxième société de service en ingénierie informatique (SSII) française, il veut en faire le leader européen du service informatique.

Son atout : le «cost killing» (réduction drastique des coûts). Pour ce faire, Thierry Breton a une technique qui tient en trois lettres : le TOP, pour «Total Operational Performance». C'est ce programme que l'ancien professeur de mathématiques met en place partout où il passe : chez Thomson, chez France Télécom et, depuis novembre 2008, chez Atos Origin.

Ce «lean management» qui nous vient du Japon

A la direction générale, Jacques Pommeraud est en charge de l'un des éléments clés du programme, celui qui doit améliorer la productivité, le «lean». L'outil s'est imposé : «Nous l'avons mis en place parce que le niveau de compétitivité du groupe était inférieur à celui de ses concurrents comparables», dit-il.

«La technique vient du Japon, de chez Toyota. Elle consiste à éliminer tous les gaspillages, à améliorer la qualité et la motivation des équipes. Appliquée aux services, elle concerne essentiellement le management», explique-t-il. Et, pour le mettre en place, la méthodologie est rodée. Le travail de chaque salarié est observé, mesuré, puis des axes d'amélioration définis afin d'éliminer temps et gestes inutiles.

Ces chantiers «lean» de douze semaines prennent chez Atos le nom doux et poétique de «vagues», que naviguent des «skippers». Et qui mènent à des résultats encourageants, comme le dit Jacques Pommeraud : «Du côté de la productivité, les gains sont typiquement à deux chiffres. Et du côté des équipes, l'adhésion s'est accrue : les salariés sont satisfaits de devoir se concentrer sur ce qui apporte de la valeur ajoutée au client plutôt que de continuer à accomplir certaines tâches administratives».

En mars, pourtant, un internaute, ingénieur chez Atos, nous alerte : «J'ai toujours travaillé avec plaisir dans la société mais, depuis deux ans, la situation ne cesse de se détériorer. La compétence ne compte plus, le client est oublié, la seule préoccupation, c'est de savoir combien ça rapporte et quand c'est facturé». Un cas isolé ?

Absentéisme, crises de larmes et antidépresseurs

C'est Atos Infogérance qui a, la première, testé en France les vagues de «lean». Celles-ci se sont même succédées à un rythme soutenu entre juillet 2009 et octobre 2010. A tel point que le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) s'est inquiété pour la santé des salariés et a demandé une expertise à un cabinet agréé par le ministère du Travail, Sécafi. Qui alerte :

• l'absentéisme explose pour atteindre 30% en mai 2010 ;
• les troubles du sommeil et les états réactionnels aigus (pleurs, etc.) sont en augmentation ;
• près de 300 employés, sur les 850 «leanés», prennent des substances psycho-actives au moment de l'enquête.

Le travail s'intensifie, les marges de manœuvre diminuent. En cause, l'intensification du travail, tout d'abord, comme l'analysent les auteurs. Fabrice Fischer, de Solidaires, lui, la vit au quotidien : «Depuis janvier, quatre personnes ont démissionné sans être remplacées. Nous nous retrouvons à huit, alors que nous sommes passés de dix à dix-sept clients».

La vague déferle et «libère» ceux qui font moins bien

Mais le rapport pointe également :

• une perte de sens du travail,
• des besoins de reconnaissance non-satisfaits,
• une dégradation des relations.

Car le «lean» permet aussi d'identifier des «low performers», ceux qui font moins bien que la moyenne du service. La vague déferle et les «libère» pour les déposer à la «workforce», qui les aide à mettre à jour leur CV et à passer des entretiens en interne, détaille Jacques Pommeraud : «Quand on fait des gains d'efficacité, on a besoin de moins de personnes que prévues pour une mission. Il faut former celles qui ne sont plus “staffées”. Pour mieux les vendre ensuite aux clients sur d'autres missions».

La formation, c'est le nerf du «lean» japonais. Pourtant, dans trois des quatre entités d'Atos, les efforts de formation ont diminué en 2009, calcule le cabinet d'expertise comptable Sextant dans son rapport au comité d'entreprise.

Certains salariés craquent, et partent

En 2010, 1.000 salariés quittent l'entreprise. Peut-on y voir un lien ? Pour Jack Toupet, coordinateur CGT, c'est une évidence : «Les salariés se retrouvent à attendre, sans travail. Parfois, au bout d'un moment, on leur propose des postes qui ne peuvent pas leur convenir. Certains craquent, et partent».

Ce n'est pas le but, assure Jacques Pommeraud, de la direction générale : «TOP, c'est une transformation d'Atos sans plan social. Simplement, dans les services informatiques, le taux de départ naturel est très élevé». Les budgets d'Atos Infogérance intègrent pourtant une réduction globale des effectifs de 20% dans le cadre du «lean management», reporte Sécafi.

Un copier-coller de France Télécom

Il faut dire que la recette a fonctionné chez France Télécom. Nommé en 2002, Thierry Breton y avait réduit l'endettement de 25% en trois ans. Les effectifs, eux, passaient de 146.900 en 2001 à 121.000 en 2005.

Déjà, c'est TOP qui s'applique, les «vagues» en moins, se souvient Philippe Meric de Sud-PTT : «Chez nous, il n'y avait pas de mode d'emploi, c'était au manager d'identifier les plus lents, pour la cellule de reclassement». Certains se voient ainsi proposer d'ouvrir une pizzeria ou un bowling, comme le raconte Ivan du Roy, auteur du livre «Orange stressé» (éd. La Découverte, 2009). Quand les congés de fin de carrière écrèment les rangs.

En février 2005, Thierry Breton quitte France Télécom après avoir conçu les plans Next et Act, petits cousins de TOP. Ce sont ces trois programmes qui sont mis en cause en mai 2010, suite aux suicides, dans le rapport du cabinet Technologia.

Tandis que, chez Atos Origin, Thierry Breton rachète les services informatiques de Siemens, espérant devenir le leader européen... Dans la division allemande, TOP sera mis en œuvre dès le 1er juillet.

(Source : Rue89)

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Mis à jour ( Mercredi, 25 Mai 2011 21:48 )  

Commentaires 

 
# superuser 2011-05-25 05:55 Avec l'UIMM, Thierry Breton est un nouvel exemple de «cancer de la société française»… Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# Adrien T. 2011-05-25 10:37 « Act », c’est justement le nom d’un des « programmes » appliqués dans les associations de réinsertion depuis déjà 10 ans, extrêmement « destructeur » pour reprendre les mots d’une rmiste, appliqués par des psychologues se désignant eux-mêmes comme des « O.S. » de la psy.
Tout est centré autour du « deuil » que doit effectuer l’intéressé, par un détournement brutal de la démarche psychanalytique (axée elle, sur la connaissance de soi), pour lui faire accepter le déclassement social.
Ce qu’il faut faire comprendre aux classes moyennes inférieures, c’est que tout ce qui est expérimenté sur les « assistés » et la manière dont ils sont traités, finit toujours par remonter vers eux.
Il est dommage que ce n’est qu’à ce moment-là que la presse commence à parler de ces méthodes.
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# Maxerem 2011-05-25 10:49 nous avons le prototype du dirigeant à la française: on "dirige" du haut et on mélange les genres entre politique et business.
TB a beaucoup "cassé", mais il ne s'est pas illustré par sa capacité à entreprendre, à fédérer les équipes et à réussir, y compris au ministère de l'économie …

Son profil risque d’être mal perçu dans une société Allemande ( mais je ne connais pas Siemens ).

Wait & see.
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# hervé85 2011-05-26 12:59 Bienvenue au royaume des robots ! le modèle toyota comme exemple, c'est une deshumanisation à marche forcée. Ceux qui mettent en place de tels systèmes sont malades mais non soignés, pires ils dirigent des entreprises. En fait, ce qui est dangereux c'est que des gens obéissent encore et se soumettent à de telles pratiques; Cet exemple est le reflet de notre sté qui marche sur la tête. Une sté où les êtres humains sont traités comme du bétail ! Un changement profond est requis pour refuser et désobéir civilement à de tels individus. Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# Murie 2011-06-05 20:13 Ce type devrait se retrouver derrière les barreaux pour les crimes qu'il a commis (mise en danger/encouragement au suicide/ de personnes sous sa responsabilité (salariés)). Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# anonyme 2011-06-14 17:27 Qu'il commence par appliquer ses propres méthodes de merde sur lui-même ce pourri de patron-fonctionnaire du caca-rente qui n'a jamais réellement travaillé de sa vie. Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# superuser 2012-03-30 17:24 Thierry Breton élu «Stratège 2011» par Les Echos

Le prix du «Stratège 2011» a été remis ce jeudi à Thierry Breton. Les Echos le récompensent pour avoir, «trois ans après son arrivée aux manettes d’Atos Origin, transformé la société de services informatiques. Outre l’amélioration de la rentabilité, il a insufflé une nouvelle ambition en annonçant fin 2010 le rachat de la branche informatique de Siemens, faisant de Atos un nouveau leader du secteur en Europe.»

Parmi ses métiers, note Les Echos, admiratif, «chasseur de dettes». Pour ne pas dire «cost killer» : «Adepte de la méthode forte, il parle vrai pour mobiliser et sa première priorité est toujours de réduire les dépenses et de faire rentrer le cash.»

Le messie Breton

Breton accomplirait des miracles. Responsable à 31 ans du Futuroscope de Poitiers, il en fait un succès, avant de redresser Bull, et de prendre au printemps 1997 la tête de Thomson Multimédia où sa réussite lui vaut l’adulation des milieux d’affaires. Qui se réjouissent quand, après sa période France Télécom, Thierry Breton devient ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie.

Des rétablissements spectaculaires à relativiser, temporise dès 2002 le journaliste Bernard Poulet dans L’Expansion : «Ceux qui ne l’aiment pas – ils sont peu nombreux – soulignent que le Futuroscope est aujourd’hui en faillite (mais il l’a quitté en excellente santé, il y a douze ans), que le redressement de Bull n’aura été qu’une illusion (l’entreprise n’a jamais refait surface et le gouvernement a encore dû débourser 450 millions d’euros alors que les investisseurs étrangers sont repartis) et, surtout, qu’il est loin d’avoir tous les mérites du “sauvetage” de Thomson Multimédia.»

Son «TOP programme» de «cost killing»

Car, pour réduire les coûts, Thierry Breton a une méthode qui permet des résultats à court terme. Mais à plus long terme ?

Sa méthode, c’est TOP, pour «Total operational performance». Un programme que l’ancien professeur de mathématiques met en place partout où il passe.

C’est la traduction «bretonne» du «lean management» japonais : il s’agit d’éliminer tous les «gaspillages». Le travail de chaque salarié est observé, mesuré, puis des axes d’amélioration définis pour éradiquer temps et gestes jugés inutiles. Mais également les «low performers», ceux qui font moins bien que la moyenne du service.

«Adepte de la méthode forte»

Une technique qui produit surtout assez rapidement la panique dans les équipes. Atos Infogérance a été la première à tester en France les «vagues de lean», à un rythme soutenu entre juillet 2009 et octobre 2010. A tel point que le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) s’est inquiété pour la santé des salariés et a demandé une expertise à un cabinet agréé par le ministère du Travail, Sécafi. Qui alerte :

• l’absentéisme explose pour atteindre 30% en mai 2010 ;
• les troubles du sommeil et les états réactionnels aigus (pleurs, etc.) sont en augmentation ;
• près de 300 employés, sur les 850 «leanés», prennent des substances psycho-actives au moment de l’enquête.

Une situation qui n’est pas sans rappeler celle de France Télécom…

La méthode a pourtant plu. Au moins au jury final des Echos, composé de «personnalités qui figurent sans conteste parmi les leaders du monde patronal français», comme Michel Pébereau (BNP Paribas), Bernard Arnault (LVMH), Jean-Louis Beffa (Saint-Gobain), Henri de Castries (Axa) ou encore Jean-Cyril Spinetta (Air France-KLM). Que des amis, et quelques très bons ennemis.

www.rue89.com/rue89-eco/2012/03/29/thierry-breton-elu-stratege-2011-la-prime-au-stress-230669
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