[...] L'INSEE a livré sa dernière étude des revenus et patrimoines des ménages en France. C'est un support d'analyse précieux, tant l'information sur ces sujets fait souvent défaut.
On est d'abord frappé par les inégalités de revenus. On y lit également la confirmation de quelques constats évidents.
1. Les Français ne sont pas très riches. 50% d'entre eux gagnaient annuellement moins de 26.900 euros en 2000, et moins de 29.000 euros en 2008 (revenu disponible par ménage). La moyenne n'est pas non plus fameuse : 32.000 euros en 2000, 34.450 euros en 2008. Les progressions sont tristement modestes.
2. La France des très riches se porte bien. Plus on est riche, plus les revenus ont progressé depuis 2004 : les 0,1% les plus riches (i.e. qui bénéficient d'un niveau de vie supérieur à de 732.000 euros) ont connu la plus forte progression de revenus du pays depuis 2004 (+18,8%), et même sur la seule année 2008 (+2,6%). On applaudit ! Pour les 0,01% les plus riches, la progression a été encore plus importante : +3,3% en 2008 (versus 2007), et +32,6% par rapport à 2004.
3. Les très riches tirent près d'un tiers de leurs revenus de leur patrimoine. Les revenus du patrimoine représentent 12,5% des revenus moyens des ménages français. Mais pour les 10% plus riches, cette proportion est de… 29%. On mesure mieux l'importance politique et sociale de la récente réforme de la fiscalité du patrimoine promise par Nicolas Sarkozy d'ici la fin de l'année. L'ampleur du cadeau n'en est que plus choquante.
Dans leur document de défense publié à l'occasion du 4ème anniversaire du Monarque à l'Elysée, ses services de communication expliquent que «les principales mesures fiscales adoptées depuis quatre ans ont été ciblées sur les classes moyennes et populaires». Vraiment ? Le bilan de l'INSEE s'arrête, pour l'essentiel, aux années 2008 ou 2009. Pour preuve, les droits de succession «n'ont été conservés que pour les 5% des Français les plus fortunés», et l'imposition des plus riches ou des revenus du patrimoine a été augmenté à l'occasion de la réforme des retraites. On se souvient de l'effort : quelques centaines de millions d'euros. Jeudi, on apprenait d'ailleurs que 560 millions d'euros du bouclier fiscal avaient d'ores et déjà été remboursés en 2011.
4. La rente des 10% de Français les plus riches, c'est-à-dire leurs revenus du patrimoine, a progressé de… +11% par an en moyenne entre 2004 et 2008. Rien que ça !
Cette étude fournit aussi quelques indicateurs d'une précarité croissante depuis 10 ans, mais aussi depuis 2007 :
1. La pauvreté reste massive : en 2008, 13% de la population, soit 7,8 millions de personnes, vivaient avec moins de 949 euros par mois, et 7% avec moins de 791 euros par mois (soit 50% de la médiane). Sur ces 7,8 millions, quelque 2,3 millions sont des enfants (dont 776.000 de moins de 6 ans), et 1 million sont âgés de plus de 64 ans.
2. Les seniors sont sur-représentés dans les 5% des Français les plus riches… et dans les 50% les plus modestes : «Bien que moins fréquemment pauvres que la moyenne, les personnes âgées sont relativement plus nombreuses dans la moitié de population la plus modeste en termes de niveau de vie». La pauvreté progresse aussi avec l'âge.
3. La pauvreté est stable globalement, mais les très pauvres sont plus nombreux. L'INSEE rappelle qu’«entre 1970 et 1984, le taux de pauvreté décroît fortement, de l’ordre de 25%». Mais, après une période de stabilité jusqu'en 1996, la pauvreté est repartie à la baisse jusqu'en 2004, d'environ 800.000 personnes. Depuis, la pauvreté s'est stabilisée : «Le niveau de vie médian des personnes pauvres a augmenté plus vite que le seuil de pauvreté». En revanche, la part des «très pauvres» (i.e. vivant avec moins de 40% de la médiane) a cru de 2,5% en 2004 à 3,2% en 2008.
4. Plus d'une famille sur dix souffre de privations basiques. L'iNSEE relève que 12% des ménages sont soumis à «au moins 8 privations ou difficultés parmi un ensemble de 27 pris comme référence et sont ainsi considérés comme pauvres en conditions de vie». Ce niveau a baissé depuis 2004 (14,6%) ou 2007 (12,4%). Mais pas pour tout le monde : les familles ont davantage souffert. En 2009, 17,4% des couples avec au moins 3 enfants sont pauvres en conditions de vie, contre 15% en 2007.
5. Les chômeurs sont plus pauvres que les actifs. A celles et ceux qui, régulièrement, critiquent le niveau prétendument trop élevé des allocations, et notamment chômage, l'INSEE rappelle qu'en 2008, «le niveau de vie moyen d’un chômeur est ainsi inférieur de 34,8% à celui d’un actif occupé et de 27% à celui d’un inactif». Mais 9,5% des actifs ont quand même un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté.
6. Certaines prestations sociales sont forfaitaires et sans lien avec le niveau de revenus des bénéficiaires : cherchez l'erreur... Ainsi, le décile le plus riche des ménages français tire 0,4% de ses revenus d'allocations sociales. Au total, 41% des ménages perçoivent au moins une prestation sociale en 2008. Ces dernières représentent 35% des revenus des 10% des Français les moins riches. 7 millions de ménages touchent une prestation familiale, d’un montant moyen de 3.180 euros annuels.
7. Quelque 2,2 millions de ménages vivent avec les minima sociaux. Ils perçoivent, en 2008, au moins l'un des 4 minima sociaux, pour 4.700 euros par an en moyenne et par ménage (revenu minimum d’insertion, allocation de parent isolé, allocation aux adultes handicapés, minimum vieillesse ou allocation de solidarité aux personnes âgées). [...]
(Source : Sarkofrance)
Pour compléter : Voir cette vue d'ensemble sur les «Inégalités de niveau de vie et pauvreté de 1996 à 2008», plus simple à lire que la publication du site de l'Insee, et très instructive.
Articles les plus récents :
- 10/05/2011 21:59 - Intérim : des missions de + en + courtes
- 10/05/2011 01:40 - La lettre de motivation n'a plus la cote
- 06/05/2011 11:29 - La Seine-Saint-Denis, troisième recruteur d'Ile-de-France
- 04/05/2011 19:31 - Scandaleux : Le CAE préconise de baisser les salaires pour sortir de la crise !
- 04/05/2011 10:52 - Emploi, salaires, contrats de travail : Les principaux chiffres de 2008
Articles les plus anciens :
- 28/04/2011 01:50 - Les présidentielles ne connaissent pas la crise
- 27/04/2011 16:51 - 900.000 ménages dans la spirale du surendettement
- 27/04/2011 11:32 - On trouve tout à la SNCF...
- 26/04/2011 12:54 - La France, un «pays d'assistés» ?
- 26/04/2011 08:16 - Des contrats aidés, en veux-tu en voilà






Commentaires
Plus de 9 ménages sur 10 ont un patrimoine privé
Les deux tiers possèdent à la fois des actifs financiers et des biens immobiliers. Parmi les ménages détenteurs d'un patrimoine financier, 94% possèdent un livret d'épargne et 46% un produit d'assurance-vie. Parmi les ménages possédant un bien immobilier, 94% sont propriétaires de leur résidence principale et 30% possèdent une résidence secondaire ou de l'immobilier locatif.
La moitié des ménages sans patrimoine ne boucle pas ses fins de mois
Seuls 6% des ménages français ne disposent d'aucun actif financier ou immobilier. La moitié d'entre eux a des revenus très faibles et a des difficultés à faire face à ses échéances. Plus d'un tiers de ces ménages ont connu une ou plusieurs périodes de chômage de longue durée au cours de leur carrière. Ces ménages ne sont pas issus de milieux aisés : neuf sur dix n'ont bénéficié d'aucun héritage ni de donation. Le risque de ne pas détenir de patrimoine est deux fois plus important pour les ménages habitant à Paris.
Un ménage sur deux est endetté
Un ménage sur deux remboursait un emprunt ou un crédit en 2008. Parmi eux, un tiers est endetté pour un achat immobilier et un tiers pour un crédit à la consommation. Le surendettement concerne 3% des ménages et touche davantage les plus pauvres. Selon les chiffres publiés hier par la Banque de France, 900.000 ménages étaient surendettés en février 2011. La plupart d'entre eux ont entre 35 et 54 ans. Mais les personnes plus âgées sont de plus en plus touchées.
Un ménage sur dix dépense plus de 44% de son revenu en logement
Le taux d'effort en logement (rapport entre les dépenses engagées pour l'habitation principale et le revenu) dépasse 44% pour 8% des ménages français, contre 20% en moyenne pour l'ensemble des ménages. C'est parmi les personnes vivant seules, les familles monoparentales et les personnes résidant à Paris ou dans une grande ville de plus de 100.000 habitants que se retrouve cette charge particulièremen t lourde du logement. A profil socio-démographique comparable, l'effort consenti au logement est plus élevé pour les locataires du secteur privé que pour les propriétaires et les locataires du parc social.
La pauvreté touche un tiers des chômeurs
7,8 millions de Français vivaient sous le seuil de pauvreté en 2008, c'est-à-dire avec moins de 949 euros par mois pour une personne seule et 2.000 euros pour un couple. Le taux de pauvreté monétaire s'élève ainsi à 13%, en recul de 1,5 point par rapport à 1996. La baisse porte surtout sur la période 1997-2001 en raison de la décrue du chômage. De fait, le taux de pauvreté des chômeurs est 2,8 fois plus élevé que celui de l'ensemble de la population, à 35% contre 7,4% pour les personnes en emploi.
Le niveau de vie des Français a doublé en 40 ans
En 1970, le niveau de vie médian des Français s'élevait à 9.290 euros par an. Depuis, le niveau de vie a régulièrement augmenté, surtout dans les années 1970 (+5% en moyenne par an) et entre 1997 et 2001 (+2,5%). Depuis 2002, la hausse est plus modérée (+1,6%). En 2008, le niveau de vie médian des Français s'élevait à 19.000 euros par an. Les 10% de personnes les plus aisées disposent d'un niveau de vie supérieur à 35.550 euros par an, les 10% les plus modestes ont un niveau de vie inférieur à 10.520 euros annuels.
Les ouvriers ont vu leur niveau de vie croître de 20% en 10 ans
Entre 1996 et 2008, le niveau de vie médian des cadres supérieurs et des professions intermédiaires a faiblement progressé (+0,5% et +0,7% en moyenne par an). Parmi les salariés, seuls les ouvriers, et dans une moindre mesure les employés, ont bénéficié de gains de niveau de vie relativement significatifs entre 1996 et 2008 (respectivement +1,6% et +1,2% en moyenne par an), grâce notamment à la revalorisation du Smic. Reste que ce sont les non salariés (professions libérales, artisans, commerçants, etc.) qui ont vu leur niveau de vie progresser le plus fortement (+2% en moyenne par an).
Le patrimoine des plus riches progresse de 11% par an depuis 2004
Entre 1996 et 2008, les inégalités de niveaux de vie entre les Français les plus riches et les Français les plus pauvres évoluent peu. Néanmoins, jusqu'en 2004, ces inégalités se sont réduites sous l'effet d'une hausse du niveau de vie des plus modestes. A partir de 2004, en revanche, le niveau de vie des plus modestes stagne tandis que celui des plus aisés progresse sous l'effet de la hausse des revenus du patrimoine. C'est ce que l'Insee appelle un accroissement des inégalités "par le haut".
La naissance d'un enfant entraîne une perte de niveau de vie de 11%
L'arrivée d'un nouveau-né dans un ménage entraîne en moyenne une baisse du niveau de vie de 2 à 11% entre l'année précédant et celle suivant la naissance. Le système socialo-fiscal (prestation d'accueil du jeune enfant, aides au logement, allocation parent isolé, allocations familiales, diminution de l'impôt sur le revenu avec le quotient familial, etc.) compense presque totalement le surcoût de la naissance (un personne de plus à nourrir dans le foyer) mais pas la baisse de l'activité, donc des revenus d'activité, de l'un des deux parents. Ainsi, les ménages avec enfant(s) ont un niveau de vie mois élevé que ceux sans enfants (22.370 euros par an pour un couple avec 2 enfants contre 25.850 euros pour un couple sans enfants).
Les enfants d'immigrés ont un niveau de vie inférieur de 14% à celui des Français
Avec 19.570 euros annuels pour vivre, les descendants d'immigrés (personnes nés en France dont au moins un des deux parents est immigré) ont un niveau de vie inférieur de 14% à celui des Français nés de parents français (22.810 euros par an). Cet écart de niveau de vie est quasi nul (-1%) pour les descendants d'immigrés européens, mais atteint 30% pour les descendants d'immigrés africains. Une partie de cet écart s'explique par le fait que les descendants d'immigrés africains sont plus jeunes que ceux des immigrés européens, dont la vague d'immigration en France est plus ancienne. Toutefois, deux descendants d'immigrés sur 10 sont vivaient en 2008 sous le seuil de pauvreté, contre 10% des Français nés de parents français.
lexpansion.lexpress.fr/economie/10-chiffres-meconnus-sur-la-richesse-des-francais_254258.html Répondre | Répondre avec citation | Citer
Ce que je pressens :
De plus en plus de très pauvres, et les très riches de plus en plus riches. Répondre | Répondre avec citation | Citer
J'ai un doute sur les chiffres du seuil de la pauvreté du couple : 2000€ ???? Il doit s'agir d'une erreur, ils ont oublié les enfants ou bien ? Répondre | Répondre avec citation | Citer