Il n'y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent jamais, me direz-vous : on pardonnera donc à l'ancien premier ministre de Jacques Chirac ses nombreux errements entre 2005 et 2007. Mais, au vu de la nature profondément antisociale de ses actions passées (intensification du contrôle des chômeurs, de la précarisation de l'emploi et des cadeaux fiscaux aux plus riches…) et son positionnement actuel (ennemi juré de Nicolas Sarkozy, mais frère tout de même), le candidat — non déclaré, mais c'est tout comme — Galouzeau de Villepin, portant la bannière de sa formation post-gaulliste «République solidaire», ne trompe personne.Dans une tribune lyrique parue dans Libération, au nom de l’«aspiration à la dignité», le voici qui lance le produit d'appel de son projet politique : le Revenu Citoyen.
D'abord, il invente l'eau chaude : «Pendant des siècles l’humanité n’a eu d’autre but que d’assurer sa survie. La révolution industrielle, en deux siècles, a changé la donne. C’est la simple vérité que nous constatons chaque jour : il y a abondance, mais pas pour tous», constate-t-il. «Nous sommes une nation riche d’un long passé et d’un patrimoine accumulé. N’est-il pas naturel que chaque Français ait un droit sur l’héritage national ? N’est-il pas nécessaire de donner au citoyen la liberté de se consacrer aux choses de la cité, comme les jurés aujourd’hui ou les citoyens athéniens hier ? N’est-il pas utile de profiter du libre épanouissement des dons de chacun ?», s'interroge-t-il, osant évoquer l'émancipation de l'individu dans cette société marchande, et braver le tabou de la répartition des richesses.
Là, vous avez le droit de rire : «C’est vrai, hier ce n’était ni possible ni forcément souhaitable.» Vraiment ? On se demande pourquoi. Heureusement que la crise est passée par là ! Et de poursuivre : «En France, c’est devenu possible et souhaitable — à cause du chômage de masse, de l’éducation démocratisée, de l’émancipation des femmes — et tout au long du XXIe siècle, les pays développés se tourneront vers ces solutions simples, modernes, justes.» Wouaaaaah.
«Je propose la création d’un revenu citoyen. Il s’agirait d’un revenu garanti à tous, de l’ordre de 850 euros. Autant dire le strict nécessaire. Aucun luxe, tous ceux qui en vivent vous le diront. Mais un socle pour construire une vie digne et libre : ce revenu serait dégressif jusqu’à un niveau de revenus médian, autour de 1.500 euros. Enfin, ce revenu créerait l’engagement moral de poursuivre une activité — travail, formation, bénévolat associatif, engagement politique ou syndical, création artistique. Couplé à une réforme profonde de l’impôt sur le revenu, fusionné avec la CSG, rendu plus progressif et prélevé à la source, ce revenu pourra être versé en temps réel en cas de baisse de revenus, sans les retards désastreux qui sont la règle de nos allocations sociales. Il sera financé largement par un redéploiement d’aides existantes, par des économies de frais d’administration des aides et par des hausses ciblées d’impôts, TVA et tranches supérieures de l’impôt sur le revenu», dit-il.
Un RSA "de luxe"...
Plusieurs remarques importantes.
Soyons clair : ceci n'a rien à voir avec le revenu ou le salaire "universel", dont le principe fondateur est son versement à tous, sans condition. Le «revenu citoyen» version Dominique de Villepin, c'est juste un «socle» (comme le mot accolé à la nouvelle mouture du RMI…) «fixé autour de 850 euros, pour tous les Français ayant des revenus inférieurs au revenu médian, c'est-à-dire 1.500 euros, qui serait garanti et versé de façon dégressive jusqu'à ce niveau de revenus», a-t-il réitéré dans une interview au Monde. Ce n'est donc qu'un minima social unifié et quasi doublé, qui ne libèrera toujours pas ses bénéficiaires du sceau infamant de l’"assistanat". Sera-t-il individualisé ou, lui aussi, tributaire des revenus du foyer ? Et si, au final, ce misérable «socle» doit être «financé largement par un redéploiement d’aides existantes», c'est-à-dire englober les droits connexes (CMU, tarif de première nécessité, allocation logement…) en virant à l'usine à gaz, quel sera le gain réel ?
Soyons précis : on rappelle qu'en 2008 le revenu mensuel médian s'élevait à 1.580 € — et non «autour de» ou «c'est-à-dire 1.500 euros» — et que le seuil de pauvreté, qui concernait 13% de la population avant la crise, était fixé à 950 €/mois pour une personne seule. Il est à déplorer que ce «revenu citoyen», «de l’ordre de» ou «autour de» 850 €, ne tente même pas de le franchir ! «Autant dire le strict nécessaire. Aucun luxe», précise en toute franchise M. Galouzeau de Villepin, qui n'a jamais connu le dénuement. Néanmoins, c'est sans vergogne qu'il se contredit en avançant que cela suffit «pour construire une vie digne et libre».
Notez aussi que ce revenu sera soumis à obligation. Oh, ce n'est pas bien méchant à côté du "suivi mensuel personnalisé" des chômeurs qu'il a instauré en 2006 : il suffira de justifier son «engagement moral de poursuivre une activité — travail, formation, bénévolat associatif, engagement politique ou syndical, création artistique» — notez que Dominique de Villepin dit "travail" au lieu d’"emploi", ce qui n'est pas la même chose. Or, la plupart des exclus de l'emploi et de la richesse nationale savent très bien s'occuper, travailler, se rendre utiles. Ils ne sont pas tous avachis, à picoler devant leur télé. Leur utilité majeure, à leur corps défendant, c'est de permettre au libéralisme économique mondialisé, au patronat et aux actionnaires de s'enrichir sur leur dos et celui du salariat.
On ne rentrera pas dans le détail du mode de financement, encore trop vague, puisque de toutes façons ce projet faussement ambitieux ne verra pas le jour. On peut juste remarquer qu'après avoir réduit le nombre des tranches d'imposition de 7 à 5 et intégré au barème de l'IR l'abattement de 20% quand il était premier ministre, manœuvre qui a bénéficié aux plus aisés, M. de Villepin évoque des «hausses ciblées d’impôts»… dont la TVA, connue pour pénaliser les plus modestes. M. de Villepin confirme le vieil adage droitier : "T'en fais pas. Ce que je te donne d'un côté, je te le retirerai de l'autre".
SH
L'avis de Yoland Bresson, économiste et président de l'Association pour l'Intauration du Revenu d'Existence (AIRE) :
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Commentaires
perso 850€, faudrait y regarder de + près.
qu'est ce que ça englobe, ou qu'est ce qui se rajoute dans la possibilité d'arriver à 1500€ ..
evidemment que si ça englobe APL, CMUc qu'on devrait payer, etc ..
ça serait foutage de gueule intégral.
sinon, faut voir ..
aujourd'hui une personne seule tourne environs entre 630€ et 700€, apl compris, prime noel compris, tarif energie (70€/an) compris, et donc bénéficie de la CMU.
à minima ça ferait donc 150€ de mieux par mois donc.
certe pas beaucoup par rapport au cout de la vie réel, mais bon perso je cracherai pas dessus hein .. Répondre | Répondre avec citation | Citer
D'autre part, vous dites que ça n' a rien à voir avec le revenu universel.
Or comparer 2 mesures qui n'existent pas c'est un peu absurde. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Alors dans ce cas effectivement, on aurait du parler d'idéologie ou de théorie…
Mais je pense qu'il vaut mieux commencer à se poser des questions avant les campagnes médiatiques…plutôt qu'après, sauf si vous souhaitez un Sarko Bis. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Bah oui, hein : parler de ce qui n'existe pas, ça sert à rien.
Ce que vous dites est idiot.
Désolée mais toute idée, tout concept rendu public, même s'il n'est pas (encore) appliqué, existe de fait. Le vote des femmes ou le droit à l'avortement, par exemple, ont été l'objet de nombreux débats avant d'entrer en vigueur. Répondre | Répondre avec citation | Citer
D'abord il s'agit d'un procès d'intention. Une critique sur l'esprit de la réforme qui resterait selon l'auteur de la charité.
Or, allez savoir ce qui se passe dans la tête de Villepin, parce qu'aujourd'hui, c'est quelque chose qui n'existe que dans sa tête.
Quand au revenu universel, ça ne désigne rien de précis, c'est une idée qui fait son chemin, c'est tout.
Nous opposons donc ici un coup de pub et une piste de réflexion, je trouve ça vain.
Ce n'est pas la même chose quand un parti au pouvoir compare 2 mesures à adopter ou quand le peuple doit choisir entre 2 options qui lui sont proposés.
Les exemples que vous citez droit à l'avortement et droit des femmes sont bien différents.
Vous ne devriez pas dire aux gens que leurs propos sont idiots si vous ne les comprenez pas. C'est vexant. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Nous sommes d'accord : de la part de Dominique de Villepin, c'est un vulgaire coup de pub ! Répondre | Répondre avec citation | Citer
Villepin propose un Revenu citoyen : non suffisant, dégressif, non universel et conditionnel. Ce n’est pas le Revenu d’Existence mais une subvention de l’état aux entreprises !!!
+ d’infos :
http://www.facebook.com/note.php?note_id=150144161712164 Répondre | Répondre avec citation | Citer
donc on aura bien le temps d'en reparler, quand on aura lu.
déjà + interessant comme conversation, que l'islam en france en tout cas. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Décidément, la liste des candidats aux primaires socialistes ne cesse de s'allonger. Alors que la décision de Dominique Strauss-Khan se fait toujours attendre, c'est au tour de Dominique Galouzeau de Villepin de faire acte de candidature !
… Ou presque, car si l'ancien Premier ministre a bien décidé de quitter l'UMP avant la présidentielle, il n'a pas encore annoncé son adhésion au Parti socialiste.
A première vue, il n'y aurait pourtant rien d'étonnant à cela, si on se contente de regarder ses dernières prises de position : création d'un «revenu citoyen», augmentation de la progressivité de l'impôt et des droits de succession… Autant de mesures que l'on imaginerait aisément portées par des candidats de gauche.
Et pourtant… Evidemment, un tel discours prête à sourire de la part de l'inventeur du bouclier fiscal, version 60% des revenus, en 2006.
Ne nous laissons pas enfumer ! N'oublions pas que Dominique de Villepin est l'artisan du CPE et que, lors de son passage à Matignon, il a considérablemen t réduit la progressivité de l'impôt sur le revenu en réduisant à la fois :
- le nombre de tranches d'imposition (de 7 à 5),
- le taux d'imposition marginal de la tranche supérieure (de 48% à 40%),
- le nombre de foyers concernés par cette dernière tranche (revenus supérieurs à 65.000 € par an, et non plus 50.000).
Le candidat Villepin se lance donc en réalité dans une opération de communication politique ayant pour but de tirer vers lui l'électorat de gauche.
Un grand débat sur un revenu social garanti
On aurait préféré que l'audace de ce débat naisse à gauche, mais puisque l'ancien Premier ministre fournit là une nouvelle occasion, profitons-en, débattons ! Pas dans la version, contestable sous maints aspects, de l'ancien Premier ministre, dégressive et financée par la TVA en un joli cadeau fait au patronat, mais dans une version citoyenne et solidaire de transformation sociale et écologique.
Nous, militant(e)s de gauche, nous regroupons en un collectif Pour un revenu social (Pours) afin d'ouvrir un grand débat sur l'instauration d'un revenu inconditionnel, ou revenu social garanti.
Des discussions ont lieu entre nous sur ses modalités, mais nous nous accordons sur le principe d'une somme permettant à chacun(e) d'avoir accès aux droits fondamentaux et de vivre dignement, de disposer de temps libéré et des moyens de s'émanciper, de participer à la vie citoyenne et de développer des activités dites «improductives» qui, pourtant, ont une réelle utilité sociale.
Une telle mesure permettrait d'éradiquer les petits boulots précaires : plus question d'accepter de force des temps partiels mal payés pour pouvoir manger à sa faim, se soigner ou payer son loyer… Sans cette variable d'ajustement du système capitaliste constituée par les chômeurs et précaires prêts-à-tout-pour-deux-francs-six-sous, l'ensemble des conditions de travail seraient revalorisées.
Changer la vie de 8 millions de Français pauvres
Cette alternative est possible. Elle passe par la création d'une prestation forfaitaire universelle, versée à chaque citoyen(ne) sous forme monétaire et/ou de droit de tirage sur les services publics, à titre individuel et durant toute la vie, qui instituerait un socle de revenu inaliénable suffisamment élevé pour garantir à tou(te)s l'accès aux biens et services essentiels.
Elle doit s'accompagner d'une refonte en profondeur du système fiscal et social de notre pays, et du développement de services publics de qualité. C'est un vaste chantier, mais il mérite d'être mené.
Parce qu'elle est susceptible de changer la vie des plus de huit millions de personnes, en France, qui vivent sous le seuil de pauvreté et de toutes celles et ceux qui peuvent y basculer. Parce qu'elle peut nous permettre de changer radicalement ce système dans lequel nous n'en pouvons plus de survivre, cette idée est profondément subversive. Elle est dangereuse pour le système capitaliste et l'idéologie dominante du «travailler plus pour gagner plus». C'est pourquoi la gauche doit se mettre au travail sur cette question, maintenant !
Par Paul Ariès, Elise Aubry, Julien Bayou, Ariane Calvo, Leila Chaibi, Simon Cottin-Marx, Corinne Morel-Darleux, Baptiste Mylondo du nouveau collectif Pours, Pour un revenu social, collectif composé de citoyen(ne)s et de militant(e)s de L'Appel et la Pioche, d'Europe Ecologie - Les Verts, du Parti de gauche, d'Utopia, Sauvons les riches…
www.rue89.com/2011/03/03/ne-laissons-pas-le-revenu-citoyen-a-m-galouzeau-de-villepin-193271 Répondre | Répondre avec citation | Citer
Vous avez confiance en un type qui dans un passé récent voulait faire travailler la jeunesse pour un salaire misérable et a mis un coup d'accélérateur au contrôle social?
Un montant seul ne veut rien dire si on te verse 850 euros et que ton loyer, tes charges pour vivre s'envolent tu es bien avancé.
Ces gens (Boutin aussi me semble-t-il avait proposé un dispositif du même tonneau) ne vont pas permettre aux gens de se soustraire à l'exploitation et à l'aliénation de l'emploi. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Le revenu que propose De Villepin est comme de l'appât pour les poissons , quand les poissons sont à la surface en train de manger on peut les attraper plus facilement. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Un article du Monde de 2006, intitulé "Déréglementatio n sans précédent du marché du travail" fait la liste de toutes ses bonnes intentions pour les Français (CPE, mi-temps des retraités,…)
A lire :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2006/01/16/dereglementation-sans-precedent-du-marche-du-travail_731025_3224.html
Vous trouverez ici une simulation qui démontre les objectifs : la généralisation des mi-temps au profit des entreprises.
http://www.lepost.fr/article/2011/03/03/2422966_le-revenu-citoyen-propose-par-dominique-de-villepin_1_0_1.html
Alors, NON ce n'est pas parcequ'il rend sa carte de l'UMP qu'il part à gauche ! Répondre | Répondre avec citation | Citer
Il n'y a pas de risque de ma part.
Les loups ne deviennent jamais végétariens ( et je ne suis pas un loup) Répondre | Répondre avec citation | Citer
certaines propositions, parlent même d'une possibilité dés la naissance (sur compte bloqué, ou non).
si c'etait donné aux riches, symboliquement donc, car dans l'absolu il n'en auraient pas besoin, ça serait de toutes façons récupéré via l'impot qui finance ce même revenu universel. Répondre | Répondre avec citation | Citer
Contrairement a tous les autres il a reconnu ces erreurs passées,
et son bilan même Jospin n'a pas fait mieux ! Répondre | Répondre avec citation | Citer
voila bien quelques année que des figures de ce courant comme Paul Aries prônent un tel revenu.
DIXIT PAUL ARIES conférence 2008 : Il faut adopter le principe du revenu garanti inconditionnel i.e donner à chacun sans condition un revenu minimum qui lui permet d’exister. Ce revenu ne doit en aucun cas être un « revenu de subsistance « tel que peut l’être le RMI par exemple. Ce revenu peut-être donné tout ou en partie en monnaie « locale » ou en bons à tirer sur des biens indispensables. Ex : des m3 d’eau, des kwh d’électricité, des km de déplacement etc… Répondre | Répondre avec citation | Citer
Il faut parler de "Dividende Universel" parceque cela évoque un droit naturel tandis que le "revenu d'existence" évoque un droit distribué.
On peut ne pas comprendre la différence, cependant le choix des termes par les différents acteurs politiques est significatif de leur état d'esprit, il mérite attention.
Revenu Citoyen ?
Et si j'en veux pas de ton revenu, dominique ? suis-je encore Citoyen ? Répondre | Répondre avec citation | Citer