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Accueil s'informer Mobilisations, luttes et solidarités C'est le chômage qui engendre l'oisiveté, et non l'inverse

C'est le chômage qui engendre l'oisiveté, et non l'inverse

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L’assertion est vieille comme l’Etat providence. Au moins. Et sans frontière. Pour de nombreux conservateurs, les chômeurs sont des fainéants qui ne font que profiter des grasses indemnités qui leur sont accordées.

La rengaine est bien connue en France, et aux Etats-Unis, comme le rappelle le magazine Salon dans les mêmes termes. Le sénateur Judd Gregg estime ainsi que les allocations chômage encouragent les gens à ne pas rechercher de travail. L’éditorialiste conservateur Ben Stein ajoute même que les personnes qui ont été licenciées et ne retrouvent pas de travail étaient des gens qui avaient des mauvaises habitudes et mauvais caractère.

Si l’on applique ces critères au nombre de chômeurs aux Etats-Unis, cela voudrait dire que les «15 millions de sans emploi américains sont comme George Costanzas — un des amis de Seinfeld particulièrement inapte au monde du travail : des flâneurs parasites qui font semblant de chercher un boulot de testeur de matelas».

Bien sûr, conteste l’auteur de ce billet, ces affirmations sont démenties par les économistes sérieux, du prix Nobel d’économie de centre droit Paul Krugman au conservateur et ancien patron de la FED Alan Greenspan. Avec pour argument, un chiffre : aux Etats-Unis, il y a cinq demandeurs d’emploi pour une offre. Le problème principal vient d’un manque de postes disponibles — pas d’un manque d'initiative personnelle.

Pourquoi le mythe du chômeur fainéant perdure-t-il, s’interroge l’auteur ? Parce qu’il est logique, pour ceux qui pensent que le monde est fondamentalement juste et que tout le monde peut devenir millionnaire (la force du poignet faisant la différence), pour ceux qui, arrogants, pensent que si vous conservez votre travail, c’est parce que vous êtes meilleurs que les autres. Et enfin, estime Salon, parce que les nouvelles en provenance du marché de l’emploi — chaque jour plus effrayantes, avec des raisons complexes — introduisent chez ceux qui ont toujours un boulot une sensation apaisante de contrôle...

Ces idées de responsabilité personnelle des chômeurs ont connu une traduction récente dans la nouvelle politique sociale britannique, avec la décision du gouvernement de «casser le cycle de la dépendance», selon les mots du ministère du Travail et des Pensions rapportés par L’Expansion : «Le ministre Iain Duncan Smith veut que les chômeurs se réhabituent à se “présenter le matin à 9h et repartir l'après-midi à cinq heures”.»

Ceux qui sont au chômage depuis longtemps «ne sont pas là parce qu'ils sont mauvais, stupides ou paresseux, mais parce que les circonstances leur ont été défavorables», a réagi l'archevêque de Cantorbéry Rowan Williams. «Obliger un chômeur à faire des tâches qui n'ont aucun rapport avec ses qualifications, ses compétences et son projet ne va pas l'aider à se rapprocher d'un emploi», dit Yannick L'Horty, professeur d'économie à l'Université Paris Est.

Selon les experts du BIT, il y aurait désormais un phénomène de «découragement et d'inactivité prolongée» où les jeunes, notamment, perdent tout espoir de trouver un emploi. Cette oisiveté de la jeunesse engendre l'apparition de nouveaux coûts, auxquels les économies ont encore du mal à faire face : des coûts administratifs (allocations, investissement dans l'Education), mais aussi moraux (soins contre les dépressions, par exemple). Ce serait donc le chômage qui engendrerait l'oisiveté, pas l'inverse.

(Source : Slate)

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Mis à jour ( Vendredi, 31 Décembre 2010 05:43 )  

Commentaires 

 
# hervé85 2010-12-24 13:09 parler de grasses indemnités en étant au chômage relève du rêve éveillé et de la bêtise. Ceux qui voient comme cela sont deconnectés d'une réalité qu'ils ne vivent pas personnellement . De plus , juger les gens de fainéants est insultant pour les gens en difficulté financière ainsi qu'à leur famille. Cette vision réductrice des êtres humains est le reflet d'un malaise intérieur, d'une dureté et non d'un épanouissement personnel, Ceci il faut le savoir , je ne dis pas cela pour les excuser, leur manoeuvre ne trompe que ceux qui regardent les apparences ! a bon entendeur salut ! Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# conundrum 2010-12-25 15:15 Ceux qui tiennent ce genre de discours sur les chômeurs sont souvent des gens grassement indemnisés par l'Etat, et qui n'ont surtout pas envie, ni intérêt à ce qu'on s'intéresse de près à leur propre cas… Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# cristof94 2010-12-27 12:18 Je me souviendrais toujours d'une phrase encadrée dans le cabinet d'un médecin du travail : "Le meilleur moyen de tuer quelqu'un est de le payer à rien faire". Personnellement j'ai vécu 3 ans de chomage à cause d'un licenciement économique puis de gros soucis qui se sont enchaînés. Durant cette période je n'ai manqué de rien, sauf d'un travail, et je me suis découragé puis isolé du reste de la société. J'ai fini par retrouver du travail, et ma principale motivation a été de prouver que je valais quelque chose, que je n'étais pas une m… de bon à rien. Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# hervé85 2010-12-27 13:28 Quand je lis ma principale motivation a été de prouver que je valais quelque chose, prouver à qui ? la suite du commentaire en dit long sur la vision de la personne concernée sur les personnes sans travail . C'est une vision insultante et grossière. De plus être humain est indépendant d'une quelconque fonction. Je n'ai pas d'activité professionnelle cela ne m'empêche pas de réfléchir, de prendre du recul sur la sté. On dirait que parfois le travail est pris pour un Dieu, plutôt une idole qu'il faudrait vénérer. Non , ce n'est qu'un moyen de gagner sa vie , certains auraient tendance à l'oublier ainsi que la plus élémentaire politesse d'ailleurs ! Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# tristesir 2010-12-27 20:53 cristof94:
C'est bien triste que vous ayez eu besoin d'un emploi pour vous enlever l'idée de la tête que vous ne valez rien.
C'est même encore plus triste de se demander ce qu'on vaut.
Pour le capital, on ne vaut que notre poids en viande.

Par ailleurs, c'est assez malhonnête d'utiliser l'expression "être payé à rien faire" quand on parle de quelqu'un qui est au chômage.
Ce qui induit l'idée chez ceux (de moins en moins nombreux) qui n'ont jamais connu le chômage que lorsque tu n'as pas d'emploi on te donne un revenu mirifique.
J'ai 400 euros par mois comme "filet social". Un salaire de pdg sans aucun doute.
Affirmer que c'est un salaire est tout simplement inepte.
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