Actu Chômage

vendredi
19 décembre
Taille du texte
  • Agrandir la taille du texte
  • Taille du texte par defaut
  • Diminuer la taille du texte
Accueil s'informer Social, économie et politique Allemagne : une baisse du chômage… qui inquiète !

Allemagne : une baisse du chômage… qui inquiète !

Envoyer Imprimer
Outre-Rhin, le nombre de demandeurs d'emplois est enfin passé sous la barre des 3 millions. Mais cette bonne nouvelle n'a pas l'air de réjouir le gouvernement et le patronat allemands.

Lisez plutôt cet incroyable article de L'Expansion, qui explique comment ce qui devrait être une excellente chose n'en est, finalement, pas une...

En effet : quand il y a trop de chômage, on fait semblant de le déplorer et on lutte… contre les chômeurs. Mais quand le chômage baisse, soit c'est faux et on fait semblant de se réjouir — comme Christine Lagarde —, soit c'est vrai et on déclare que c'est "inquiétant" ! Visez un peu dans quelle schizophrénie on nous baigne : partout, dans le fonctionnement des entreprises, du politique ou de l'économie, les injonctions contradictoires pullulent et nous gangrènent. La dissonance cognitive, instrument de domination, est le fond de commerce du système ultralibéral.

"Aujourd'hui, écrit L'Expansion, l'Allemagne à peine sortie de la crise s'apprête à enregistrer une croissance de 3,4% pour 2010. Et les économistes prévoient que le chômage devrait continuer à baisser en 2011." Cependant, une fois les spectres de la croissance molle et du chômage éloignés, pour nourrir le fantasme de la guerre économique permanente, il faut en inventer d'autres : ainsi, la pénurie de main d'œuvre qualifiée et l'obligation d'augmenter le temps de travail sont désormais agités.

C'est une voie sans issue. Quoiqu'il arrive, le sacrifice économique revient au salariat, qu'il ait été précarisé, sinon durablement exclu du marché du travail, qu'il ait perdu en "employabilité" ou sombré dans la pauvreté; que, toujours en poste, il soit contraint de se flexibiliser davantage et renoncer à ses derniers acquis afin de, soi-disant, faire repartir la machine !

Le plus scandaleux dans cette histoire est l'irruption de l'ex-chancelier Gerhard Schröder, qui ose la ramener avec son "Agenda de réformes" et son "Plan Hartz" alors qu'il a, en réalité, contribué non seulement à l'appauvrissement mais au déclassement professionnel d'une grande partie de ses concitoyens ! Combien de salariés allemands qualifiés ont été obligés, sous peine de leur couper les vivres, d'accepter des petits boulots n'ayant plus rien à voir avec leurs compétences d'origine ? Tel un boomerang, cette déqualification institutionnalisée leur revient aujourd'hui en pleine face.

D'abord, ne nous leurrons pas sur les bons résultats de l'Allemagne en matière de chômage : L'Expansion précise que "la moitié des emplois créés depuis le début 2010 sont des emplois précaires ou à durée déterminée", grâce à "la libéralisation des règles du travail temporaire et de la fiscalité des petits emplois" (instaurées depuis 2003 par M. Schröder) qui ont, avec la reprise, "favorisé les embauches". Donc, comme c'est le cas chez nous, les chiffres du chômage, qu'ils soient bons ou mauvais, sont indissociables d'une précarisation structurelle de l'emploi.

Ensuite, il faudrait qu'on nous explique pourquoi cette "pénurie de main d'œuvre qualifiée" impliquerait "une sérieuse augmentation du temps de travail pouvant aller jusqu'au retour de la semaine de 45 heures dans certains secteurs" ? Qu'on nous explique comment, avec un taux de chômage de 7%, on ose parler de "rareté de la main d'œuvre" ? Car ce qui emmerde le patronat et le gouvernement allemands, c'est qu'ils vont être obligés de former à nouveau (et fissa) les gens qu'ils ont déclassés, et d'augmenter les salaires de ceux qui ont échappé au massacre.

Tout est bon pour sacrifier le salariat sur l'autel de l'économie triomphante. L'Allemagne inquiète, pourtant si bien portante et sur laquelle on nous dit qu'il faut s'aligner, en est la preuve éclatante.

SH

Lire aussi :
Articles les plus récents :
Articles les plus anciens :

Mis à jour ( Vendredi, 06 Janvier 2012 08:12 )  

Commentaires 

 
# orwell 2020 2010-10-29 17:57 Je travaille en Suisse et Allemagne, je peux donc confirmer le contenu de l'article.
Le patronat allemand reclame du personnel pas cher, selon le schéma: si je remplace un senior j'aurai pour le même salaire deux, voire trois jeunes, pour salaire d'un jeune j'aurai un et demi (voire plus) salariés qualifiés ressortissants d'un pays hors UE (excusez, ce n'est pas du racisme de ma part, mais de la dure réalité). D'où le barratin concernant la "pénurie" en terme de qualifications professionnelle s - le but de tout ça consiste à légitimer vis-à-vis du public le recrutement des étrangers "pas chers" et accommodants.
Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# superuser 2010-10-30 23:17 En Allemagne, on compte 6,5 millions de "hartzis" qui survivent avec une allocation de 364 €/mois.

En France, on compte 1,5 million de personnes au RSA et à l'ASS, qui survivent avec 405 ou 460 €/mois.
Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# orwell 2020 2010-11-01 00:04 Il est vrai que la fameuse loi Hartz4 est devenue un problème de société, car ils sont nombreux (et le resteront). L'ennui est que ca coûte; les agences chargées de l'administration de la misère du chômage font donc leur possible pour limiter les dépenses. Elles recoivent régulièrement des directives de la part du ministère dans ce sens. Peu nombreux sont les employeurs qui recrutent un chômeur "Hartz4". Donc Hartz4 est devenu le symbôle même de exclusion. C'est le prix que le gouv. allemand paye consciemment pour mener une politique économique axée sur l'export. Répondre | Répondre avec citation | Citer
 
 
# Lexpat 2010-11-03 17:24 Il y a bien des domaines ou les employés qualifiés manquent : je le vois dans mon travail dans l aérospatial… Impossible de trouver des personnes ayant le profil recherché, même après plusieurs mois d'attente. Mais je reconnais que le système de chomage pousse au déclassement, contrairement à la France, ou les indemnités durent plus longtemps, ce qui laisse plus d'espoir de retrouver un travail pour lequel on n'est pas surqualifié. Répondre | Répondre avec citation | Citer
 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Votre avis ?

Les salariés de la SNCF auraient été augmentés de 4% par an ces 10 dernières années. Pensez-vous que :
 

Zoom sur…

 

La lutte contre le chômage est une escroquerie intellectuelle

Vous estimez que la lutte contre le chômage n'est, visiblement, pas la priorité de ceux qui nous gouvernent ? Vous vous étonnez qu'il n'y ait, sur ce point et depuis si longtemps, jamais de projet ...

 

Ces associations qui se battent pour les chômeurs

Au nombre de quatre au niveau national, elles méritent la gratitude et l'adhésion de tous les précaires et privés d'emploi. Grâce à elles - il faut le dire -, en 2004, les «Recalculés» n'aura...

 

TPN/TSS : EDF, GDF et le gouvernement arnaquent les plus pauvres

Des centaines de milliers de Français modestes ou pauvres n’ont toujours pas accès aux tarifs sociaux de l’électricité (TPN) et du gaz (TSS). Du côté d’EDF, de GDF et du gouvernement, tout...

 

Pôle Emploi abandonne enfin la rétroactivité des radiations

A partir du 1er janvier, la décision de radiation prendra effet à compter de la date de sa notification au demandeur d'emploi, et non plus à la date du «manquement». Le décryptage de Recours-Rad...