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Accueil Mobilisations, luttes et solidarités Enric Durán, le «Robin des Banques»

Enric Durán, le «Robin des Banques»

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«J’ai volé 492.000 € à trente-neuf organismes bancaires à travers soixante-huit opérations de crédit. Si on y ajoute les intérêts, la dette dépasse aujourd’hui les 500.000 €. Je ne la paierai pas. Si les banques portent plainte, je veux transformer mon procès en procès du système financier.»

Au moment où les États socialisent les pertes de la haute finance spéculative pour la sauver d’une crise mondiale sans précédent, un jeune Catalan tire sur l’ambulance et se vante d’avoir détourné un joli paquet de fric. Pour l’injecter dans «des mouvements sociaux qui construisent des alternatives» et dans la publication d’un journal éphémère, «Crisi», dont 200.000 exemplaires ont été distribués gratuitement le 17 septembre dernier dans toute la Catalogne. Gros titre du canard sauvage : «Tu penses que les banques te volent ? Rends-leur la monnaie de la pièce.» Enric Durán, Robin des banques en cavale, risque jusqu’à dix ans de prison. Il a répondu en exclusivité aux questions de CQFD.

D’où vient l’idée de demander tous ces crédits sans intention de les rembourser ?

Un ami m’avait expliqué que les banques n’ont pas les moyens de vérifier les fiches de paie d’un client qui sollicite un crédit. Elles vérifient juste que son employeur existe bien. Il y a trois ans, après m’être intéressé à la crise énergétique et à sa relation avec un système économique qui, en poursuivant une croissance exponentielle, est condamné à aller de crise en crise, j’ai voulu mettre en pratique ce savoir. Après quelques coups d’essai, je me suis lancé. Jusqu’à engranger 492.000 €, extorqués à travers soixante-huit opérations de crédit à trente-neuf organismes financiers [1]. Ça m’a coûté quinze heures de boulot hebdomadaire pendant deux ans et demi d’activité intense. J’ai abusé ceux qui abusent de nous avec le crédit à la consommation. J’ai emprunté de l’argent sous prétexte d’acheter une voiture, de réhabiliter mon appartement. J’ai aussi monté des boîtes fictives pour obtenir des prêts plus importants. L’avantage, dans ce cas-là, c’est que ton nom n’apparaît même pas dans le fichier des mauvais payeurs de la Banque d’Espagne !

Tu pensais depuis le début revendiquer ton action à visage découvert ?

Oui, bien sûr. Sinon, on perd le côté exemplaire de cet acte de désobéissance civile. Il fallait le faire sous mon vrai nom. Le rendre public fait la force de mon action.

Dans quelles conditions imagines-tu pouvoir revenir à une existence publique ?

Peut-être que je ne pourrai jamais retrouver ma vie antérieure… J’espère retourner en Catalogne mais avant, il faut que je gagne mon combat contre l’appareil judiciaire. Si les banques portent plainte, je veux transformer mon procès en procès du système financier.

Quel type de projets collectifs te paraissent aller dans le même sens ?

Il y a des expériences comme celle des squats qui nous permettent à la fois de dénoncer la spéculation immobilière et d’ouvrir des espaces physiques où pouvoir vivre et développer nos activités. Tout projet qui se convertit en expérience vivante, en une autre forme d’organisation sociale, même à petite échelle, est intéressant.

La référence aux braquages des Solidarios [2] des années 20 est clairement libertaire.
Te définis-tu ainsi ?


Nous les avons cités en tant que précurseurs de l’action directe contre les banques. Je sympathise avec pas mal d’idées libertaires mais je n’aime pas me définir, encore moins m’accrocher à une idéologie fermée. Je crois que ce monde nouveau, il faut le construire avec une interaction entre théorie et pratique. Il n’y a pas de meilleure théorie que celle qui s’appuie sur des pratiques réelles, permettant ainsi d’en inventer de nouvelles. Nous avons beaucoup à apprendre des idées anticapitalistes du XIXe et XXe siècles, mais en les situant dans le contexte actuel.

Comment survivre à la crise financière et au nouvel autoritarisme globalisé ?

Au-delà de la bulle spéculative, il y a une question centrale : les limites de la planète ne permettent pas la croissance infinie qui est la base du système capitaliste. Cette croissance touche à sa fin. Le futur va se construire en gérant la rareté. D’en haut, par un fascisme new-look, ou alors d’en bas. Ça signifie mettre en place des alternatives autour de l’idée de décroissance, par exemple. Nous devons nous organiser et rejeter les solutions imposées, pour que la solution vienne d’en bas. Mon insoumission bancaire fait partie de cette recherche.

=> Lire la suite de l'interview sur CQFD

[1] La plupart des établissements affectés sont espagnols, mais en parcourant la liste on découvre aussi avec un certain plaisir des noms célèbres tels que Barclay’s, American Express, Cofidis, Cetelem, Deutsche Bank, Carrefour, Volkswagen…

[2] Los Solidarios : ce groupe anarchiste, fondé par Ascaso et Durruti pour mettre hors d’état de nuire les pistoleros du patronat catalan, déroba un demi-million de pesetas à la Banque d’Espagne le 30 août 1923 à Gijón.

Le 17 mars, Enric Durán a finalement été arrêté par la police à Barcelone => LIRE ICI


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Mis à jour ( Lundi, 18 Février 2013 14:06 )  

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