Le Comité des Sages sur les abus des rémunérations des grands patrons, mandaté par le Medef et l'AFEP, va commencer à travailler. On se souvient que ledit Comité avait été créé après la grosse colère de Nicolas Sarkozy contre la rémunération des dirigeants de la Société Générale. Mais, comme beaucoup de coups de gueules présidentiels, on sait déjà que celui-ci ne sera guère suivi d'effets. D'abord, parce que le Comité a limité son champ d'intervention aux entreprises qui recourent «massivement» au chômage partiel ou à des plans sociaux «d'ampleur». Ensuite, parce que le «sage» désigné pour présider le Comité, Claude Bébéar, dispose de plusieurs jetons de présence dans des grands groupes (Axa, mais aussi Schneider, Vivendi et BNP-Paribas). Même le quotidien fort peu gauchiste Les Echos se demande s'il est le mieux placé pour aider les grands patrons à prendre conscience de ce que peuvent avoir de choquant leurs pratiques dans ce domaine.Il faut donc nous occuper nous-même de lancer le débat public. C'est l'objet de cette appel, que nous appelons à signer et faire signer. La limitation de la rémunération des dirigeants ne résoudra pas à elle seule la crise, mais sa valeur symbolique est forte. Et il n'y a aucune raison pour que les sacrifices et les efforts ne soient concentrés que sur les salariés sous prétexte qu'ils sont les plus nombreux. Ce n'est pas une question de morale mais de société : le système hyper-inégalitaire que nous connaissons vient d'exploser, il nous faut inventer autre chose.
Salaire maximum ? Ça s'impose !
Avec la crise économique a surgi le débat sur le salaire maximum, qui aurait été jugé totalement ringard voici encore quelques mois. Pourtant, cette proposition est de bon sens. Elle est même un symbole indispensable si les dirigeants veulent montrer qu’ils ont compris quelque chose au marasme actuel et qu’ils ne souhaitent pas que tout revienne «comme avant».
Le salaire maximum, ou mieux, la rémunération maximale, intégrant bonus et primes, est presque une nécessité : le salarié le mieux payé d’une entreprise vit dans la même société que celui qui est le plus mal payé. Si le premier gagne, comme c’est le cas aujourd’hui, 300 ou 400 fois, voire 500 ou 600 fois plus que le second, il n’a aucune chance de comprendre son univers et donc de prendre des décisions raisonnables qui le concernent.
Conscient du problème, l’écrivain George Orwell avait proposé que le salaire du chef d’entreprise ne puisse jamais être plus de dix fois celui de l’ouvrier le plus mal payé. Pour Henry Ford, qui avait deviné qu'il vaudrait mieux fabriquer des 2 CV que des Jaguar, la bonne proportion était 40 fois.
Dans la France de 2009, cela représente environ 500.000 € de rémunération annuelle, ce qui est déjà une somme motivante. Le plafond pourrait être instauré par la loi ou par une mesure fiscale comme aux Etats-Unis, taxant à 80 ou 90% les revenus au-delà d’un certain niveau. Bref, la méthode se discute, mais le principe doit s’imposer au législateur le plus vite possible.
Premiers signataires : Samir Amin (économiste), Philippe Cohen (journaliste), Eric Conan (journaliste), Laurent Cordonnier (économiste), Liêm Hoang-Ngoc (économiste), Frédéric Lordon (économiste), Bernard Maris (économiste), Hervé Nathan (journaliste), Dominique Plihon (économiste), Christophe Ramaux (économiste), Gilles Raveaud (économiste), Bertrand Rothé (économiste), Maurice Szafran (journaliste), Jacques Sapir (économiste), Henri Sterdyniak (économiste), Bruno Tinel (économiste), Michel Le Net (président d'honneur du Cercle d'Ethique des Affaires), Guillaume Duval (journaliste).
Soutenus par : Jean-Pierre Chevènement, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Glavany, Jean-François Kahn, Marie-Noëlle Lienemann, Jean-Luc Mélenchon, Alain Liepietz.
=> Pour signer cet Appel
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Commentaires
Roosevelt n’a toutefois pas pris une décision du type «au-dessus de 25.000 dollars, je prends tout». Il a mis en place une fiscalité sur le revenu avec un taux d’imposition de 88% pour la tranche la plus élevée, puis 94% en 1944-45. De 1951 à 1964, la tranche supérieure à 400.000 dollars actuels a été imposée à 91%, puis autour de 70-75% jusque 1981. C’est ensuite la plongée néolibérale, l’idéologie des «baisses-d’impôts-pour-la-croissance-et-l’emploi-et-contre-le- trop-d’état» avec des taux maximaux de 50%, puis entre 28% et 39% depuis 1987 (actuellement 35%).
[…] Depuis 1981, la spectaculaire remontée des inégalités s’explique largement par les baisses d’impôt dont bénéficient essentiellement les plus riches, et elle trouve une seconde explication dans les rémunérations brutes de plus en plus extravagantes des dirigeants et hauts cadres des grandes entreprises du capitalisme actionnarial.
Cette courte histoire montre en tout cas que :
- l’idée d’un revenu maximum n’est pas une utopie,
- elle peut apparaître non seulement comme une exigence morale, mais aussi comme l’une des voies de sortie des crises majeures.
Il y a trois grandes façons de réduire les inégalités de revenu. La première, en bas de l’échelle, consiste à défendre des salaires décents et des minima sociaux qui fassent (au moins) sortir les gens de la pauvreté. La seconde repose sur une fiscalité très progressive. Et la troisième porte sur les «revenus primaires» avant impôt. Actuellement, elle reviendrait à s’en prendre d’abord aux revenus financiers, boursiers, dividendes et stock-options, et aux «salaires» indécents.
Mais tout cela a peu de chances de se produire si la société civile ne met pas les pieds dans le plat mal réparti de la richesse, entre autres plats socialement et écologiquement toxiques que le néolibéralisme a produits depuis les années 80.
Jean GADREY pour Alternatives Economiques Répondre | Répondre avec citation | Citer
Tant que les paradis fiscaux et l'opacité des circuits financiers existeront, ce programme est voué à l'échec.
Que les entreprises publient toutes leurs comptes, et que le secret bancaire soit levé partout. Répondre | Répondre avec citation | Citer