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Accueil Mobilisations, luttes et solidarités Ras-le-bol du syndicalisme «réformiste» et des promenades digestives !

Ras-le-bol du syndicalisme «réformiste» et des promenades digestives !

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Lettre ouverte à Bernard THIBAULT, Secrétaire Général de la CGT.

Marcillé, le 2 mai 2009

Camarade THIBAULT, entends-tu la colère qui gronde dans les manifs et les usines ?

Je viens d’écouter ta déclaration sur France Inter ainsi que celle de J.C. MAILLY de FO et celle de F. CHÉRÈQUE de la CFDT. Je ne suis pas surpris, ce n’est pas la première fois que tu tiens des propos démobilisateurs qui permettent de t’attirer les compliments du MEDEF et des ministres de SARKO.

Par cette lettre, je veux te faire part du grave mécontentement qu’éprouve un grand nombre de militants qui sont scandalisés par les conséquences du virage réformiste de notre CGT depuis quinze ans (pour la plupart des membres du Bureau Confédéral et des secrétaires de Fédérations, «réformisme» est devenu synonyme de «collaboration»). Je reviendrai un peu plus loin sur ta déclaration de ce jour...

Hier, je participais à ma 42ème manifestation du 1er mai (interdite de 1954 à 1967). C’est la 3ème qui connait un tel succès. En 1968, nous étions environ 100.000 dans les rues de Paris. Le succès de cette manif nous aida considérablement au cours des semaines suivantes à développer les luttes qui permirent des résultats importants. Puis 2002 fut également un grand 1er mai dirigé contre les dangers de l’extrême-droite (LE PEN en particulier).
En conséquence, mis à part 2002, le 1er mai 2009 est le plus important depuis plus d’un demi-siècle.

Hier à Laval, selon les infos de France Bleue Mayenne, nous étions près de 4.000, c’est quinze à vingt fois plus que les années précédentes (y compris en 1968 où il y avait moins de 300 participants). Ce succès est le résultat de l’action unitaire mais également et surtout du mécontentement qui touche l’ensemble des travailleurs, retraités, chômeurs, lycéens, étudiants, etc.

Quelques mots sur des propos que tu tenais à la radio, début avril : «Il est souhaitable que le 1er mai nous soyons encore plus nombreux que le 19 mars». S’exprimer ainsi, penser que le premier jour d’un long week-end on va mobiliser autant qu’un jour travaillé, c’est vraiment irresponsable. Ceci démontre à quel point les membres du Bureau Confédéral sont coupés de la base.

Maintenant, j’arrive aux déclarations de ce jour (ce matin 2 mai sur France Inter) dans l’ordre de l’émission : J.C. MAILLY, B. THIBAULT, F. CHÉRÈQUE. Déclaration correcte du Secrétaire Général de FO qui propose qu’après le succès du 1er mai, il faille organiser une grève nationale interprofessionnelle. Ensuite — j’ai vraiment l’impression qu’avec CHÉRÈQUE vous vous êtes partagé le sale boulot —, tu es le deuxième intervenant pour dire qu’il n’est pas possible de demander aux travailleurs de faire grève vu qu’ils ont de grosses difficultés financières : quel mépris pour les salariés les plus pauvres ! CHÉRÈQUE ferme le ban en affirmant que le gouvernement devra tenir compte de la mobilisation du 1er mai. Il n’est pas interdit de rêver, penser que l’on peut faire reculer les requins de la finance avec deux manifs par trimestre, c’est vraiment dans le domaine du fantasme.

Je te rappelle qu’en 1968, nous étions plus de 9 millions en grève avec occupations des entreprises, quelques millions d’autres salariés n’étaient pas dans le mouvement. Beaucoup d’entre eux nous ont rejoint par la suite. Parmi les grévistes, des millions étaient payés au Smic, quelquefois moins, notamment les jeunes qui subissaient un abattement et les salariés de l’agriculture.
Dans la ville où je travaillais, à Argenteuil dans le Val d’Oise, sur environ 10.000 grévistes, de nombreux Smicards, notamment les femmes et les immigrés, étaient très engagés dans le mouvement. Sur les fiches de paie du mois de juin, un bon en avant : 35% de plus pour le Smic et 55% sur le Smag (Salaire Minimum Agricole Garanti). L’action commune des O.S. avec les ouvriers qualifiés, les employés, les techniciens et une partie des cadres avait été positive pour tous.

Deux exemples récents démontrent que les travailleurs les plus pauvres n’hésitent pas à s’engager dans l’action. Nos camarades de Guadeloupe et de Martinique, encore plus mal payés qu’en métropole, se sont engagés dans une lutte difficile et ils ont imposé les résultats que l’on connait (44 jours de grève en Guadeloupe). Et, depuis plus d’un an, les sans papiers ont aussi démontré que des travailleurs mal payés et pauvres peuvent faire reculer le patronat et le gouvernement. Il est vrai qu’ils ont le soutien de nombreux militants de la base, si bien que le Bureau Confédéral a du prendre le train en marche et soutenir leur combat.

Avant de conclure, je veux ajouter quelques mots sur les dizaines de milliers de salariés qui luttent, quelquefois depuis plusieurs mois, notamment dans la métallurgie, la chimie, l’enseignement, EDF, la santé, la Poste, etc. J’ai une pensée particulière pour les camarades d’EDF (l’ERDF) qui vont recevoir pour le mois d’avril des fiches de paie amputées de 40 à 60%. Je pense aussi aux enseignants qui, depuis cinq ans, ont perdu la valeur de plusieurs semaines de salaires sans obtenir des résultats suffisants. Les directions confédérales portent une partie de la responsabilité de cette situation car, jusqu’à présent, elles n’ont pas pris les dispositions nécessaires pour réaliser le TOUS ENSEMBLE, EN MÊME TEMPS.

En 1968, dans un contexte ayant des points communs avec celui que nous connaissons cette année, la CGT n’a pas appelé à la grève générale mais nous avons distribué des millions de tracts appelant à la généralisation des grèves : le résultat fut concluant.

Il est grand temps que la direction confédérale entende cette volonté d’agir TOUS ENSEMBLE. A de nombreuses occasions nous avons imposé des acquis considérables, notamment en 1953, en 1968, en 1995. C’est possible, dès maintenant, à condition que la CGT retrouve ses couleurs.

J’ose espérer que ces aspirations qui grandissent partout à la base seront entendues.

Marcel COLLET, militant CGT depuis 1955

Post scriptum : Depuis 1995, j’ai adressé une demi-douzaine de courrier à la Direction Confédérale et je n’ai jamais reçu de réponse… Vu la dégradation de la situation actuelle, cette lettre sera donc rendue publique.

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