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Désengagement des syndicats vis-à-vis des chômeurs : la réponse de la CFDT

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Le 10 novembre dernier, nous avions contacté les quatre organisations dites «représentatives» des salariés (CFDT, CFTC, FO et CFE-CGC) afin de leur demander pourquoi elles n'intègrent pas ouvertement les chômeurs dans leurs structures, à l'instar de la CGT qui dispose d'un Comité de privés d'emploi. Au nom de l'anti-sectarisme, la célèbre Annie Thomas nous a répondu.

Nos courriers — lire leur contenu en commentaire —, jetés comme autant de bouteilles à la mer, faisaient suite à notre article : Si les syndicats jouaient leur rôle, il n'y aurait pas besoin d'associations de chômeurs !

En effet, depuis 1988, seule la CGT défend sur le terrain et représente les chômeurs et les précaires. D'ailleurs, le secrétaire général de son Comité national des privés d'emploi Jean-François Kiefer assiste, à côté de Maurad Rabhi, aux négociations Unedic tandis que les associations AC!, MNCP ou APEIS, qui pallient chaque jour et quasiment sans moyens au désengagement syndical vis-à-vis de cette population, restent, elles, sur le trottoir de l'avenue Bosquet ! La CGT est la seule grande centrale syndicale à avoir de la considération pour cette armée de réserve que sont les «outsiders» [1] alors que ses homologues ne s'intéressent qu'aux «insiders» [2].

La secrétaire nationale et représentante de la CFDT à l'Unedic s'est donné la peine de nous pondre une lettre de deux pages… en réalité, un ronflant tissu de propagande pour son grand syndicat «réformiste» dont les méthodes ne font plus recette. Dans cette réponse datée du 27 novembre, superbe échantillon de langue de bois que nous publions avec recul, on constate qu'elle n'a pas vu venir la claque que son organisation s'est ramassée aux élections prud'homales du 5 décembre, ni imaginé qu'un mois plus tard elle se retrouverait seule à signer un accord sur l'assurance-chômage une fois de plus au rabais. Et, bien sûr, d'éluder que la CFDT a osé porter plainte contre des chômeurs et des précaires...
Je vous laisse admirer le style.

Bonjour,

En réponse à votre courrier du 10 novembre 2008, je souhaite vous apporter quelques éclairages sur ce que nous sommes, nos valeurs, notre action, nos résultats et lever certaines incompréhensions.

L'histoire de la CFDT s'est construite sur des valeurs : démocratie, égalité, émancipation, indépendance, respect, laïcité, en privilégiant la solidarité entre tous et toutes : salariés, handicapés, précaires, sans qualification, cadres, hors statuts, chômeurs, exclus, jeunes en formation, retraités, hommes ou femmes, immigrés ou non...

Cette forme de syndicalisme qui défend l'intérêt général en dépassant les différents corporatisme (fonctionnaires, privés, CDI, précaires, chômeurs, cadres, statuts atypiques, non salariés…), nous l'avons adapté à nos structures :
• syndicats inter-catégoriels et non pas de métiers ou de statuts,
• fédéralisme au niveau des professions et des territoires.

Cette forme de démocratie nous oblige, chaque jour à nous réinterroger sur les droits et les devoirs de chacun et sur la prise en compte de tous les individus, quel que soit leur origine ou leur statut à un moment de leur existence pour leur permettre de progresser vers un mieux disant social.
Pour être efficace dans une société en mutation, nous nous mobilisons pour construire la sécurisation des parcours professionnels qui prend en compte la diversité des situations, qui inscrit chaque individu dans un parcours et qui, par une politique active, lui permet de progresser dans son cheminement de vie.
C'est pour cela que nous refusons d'enfermer les individus dans des cases, de les étiqueter, de construire des barrières infranchissables.
Construire des SAS c'est bien, en sortir c'est mieux.

Ce syndicalisme de plus de 800.000 adhérents a inventé de nombreux outils, et avec nos fichiers informatiques, chaque syndicat peut identifier les chômeurs adhérents (plus de 10.000 qui, tous les mois, continuent de verser 0,75% de leurs revenus à la CFDT). Mais dans nos permanences, nous accueillons tous les chômeurs qui demandent de l'aide, qu'ils soient adhérents ou non.

Ce syndicalisme confédéré, présent sur tout le territoire, a fait le choix de la lutte contre l'exclusion et pour l'emploi. Des responsables insertion-exclusion, des militants dans chaque union départementale, travaillent à l'accueil et à l'insertion des chômeurs. Des milliers de conseillers du salarié, de défenseurs et de conseillers prud'homme interviennent sur les ruptures, souvent abusives, du contrat de travail.
Ce syndicalisme confédéré met en réseau, des bénévoles, les nombreux salariés professionnels de la CFDT qui interviennent sur le terrain de l'exclusion, de l'insertion sociale et professionnelle du service public de l'emploi, mais aussi nos mandatés CFDT au sein de la protection sociale, de l'assurance-chômage, du 1% logement, du surendettement, de la formation professionnelle, de la santé...

Nous avons contribué, au fil des années, par nos interventions, à faire naître des droits nouveaux pour les chômeurs et les salariés pauvres ou précaires. Citons seulement la couverture maladie universelle, la garantie du risque locatif, l'indemnisation par le chômage d'un complément de revenu pour les activités réduites, l'épargne salariale solidaire qui finance les structures d'insertion par l'activité économique, le guichet unique pour les demandeurs d'emploi ainsi que l'accompagnement renforcé et personnalisé, le revenu de solidarité active et le maintien de la prime pour l'emploi...
Nous organisons régulièrement des journées nationales pour faire le bilan de nos projets. Lors du Grenelle de l'insertion, nous avons réalisé plusieurs documents sur nos expérimentations et nos sites pilotes qui ciblent des populations différentes (intérimaires, femmes en responsabilité monoparentale avec un travail précaire, personnes éloignées de l'emploi, jeunes sans qualification ou issus des zones urbaines sensibles…).
Nous essayons de construire ensemble un parcours de réussite, d'insertion sociale et professionnelle en mettant les personnes concernées au centre de nos démarches.

Les négociations interprofessionnelles en cours et celle au plan européen (où la CFDT représente les syndicats français) ont toutes des objectifs visant la prévention de l'exclusion et l'insertion professionnelle dans le cadre de la sécurisation des parcours professionnels.

C'est en associant la diversité, dans une organisation multiple et solidaire dans ses actions, en impliquant tous nos militants, que nous pouvons construire une force capable de construire une société plus juste.

Vous l'aurez compris, la CFDT ne fait pas preuve de sectarisme et elle accepte de travailler avec d'autres organisations ayant des structures différentes.
Nous travaillons en lien avec le secteur associatif, notamment celui de l'insertion et de l'exclusion, et nous apportons notre soutien à des projets communs.
Nous sommes présents dans de nombreuses structures d'insertion : IAE, PLIE...
Nous sommes prêts à discuter avec vous des intérêts et des carences engendrés par des systèmes d'organisation différents, comparer nos réalisations, nos réussites aux vôtres pour construire des dispositifs plus efficaces, sachant que notre objectif reste la transformation de la société vers plus de justice sociale.

Pour être efficaces, nous vous invitons dans un premier temps à être plus précis dans vos demandes : quels sont les dossiers que vous souhaitez recevoir, quelles sont vos attentes.
De même, nous sommes preneurs du bilan de vos actions, de vos réussites, avec quelles associations travaillez-vous, sur quels projets ?
Jacques Rastoul, responsable du dossier exclusion-insertion ou Séverin Prené, responsable du dossier chômage, pourront répondre à vos demandes.
C'est dans le partenariat constructif entre toutes les forces militantes que nous atteindrons plus vite nos objectifs : une société porteuse de partage des richesses, de transformation sociale et de réduction des inégalités.

Veuillez recevoir, madame, nos cordiales salutations.

Annie THOMAS, secrétaire nationale

.../...

Mme Thomas était récemment invitée sur LCP — "Ça vous regarde" du 12/01, une émission totalement expédiée et sans intérêt — pour parler du nouveau Pôle Emploi et afficher sa vocation de syndicaliste pro-patronale. Voici ce que nous avons retenu de ses propos : «Il faut aussi tenir compte des besoins des entreprises» (clair qu'elle n'est pas sectaire, la CFDT… tellement pas qu'elle signe systématiquement des accords qui lèsent les salariés — qu'elle est censée défendre — et, surtout, les chômeurs). Elle a même ajouté, au sujet de leur indemnisation : «Le payeur doit être très exigeant».

On se souvient qu'en novembre 2005, alors invitée à l'émission "Capital" sur M6, cette fonctionnaire, qui a la sécurité de l'emploi et qui préconise pour les autres ce qu'elle ne tolèrerait pas pour elle-même, a dit : «Les chômeurs s'imaginent qu'ils ont le droit de toucher des allocations parce qu'ils ont cotisé, et qu'ils ont du temps devant eux…» et «Un demandeur d'emploi a le devoir d'accepter un salaire même inférieur à 25 ou 30% de son salaire antérieur, parce qu'il doit faire le deuil de son ancien emploi et se projeter»...

Ceci dit nous attendons toujours, deux mois après, les réponses de FO, de la CFTC et de la CGC.
Si elles doivent être du même tonneau, autant s'en passer !


[1] Les «outsiders» sont une minorité (grandissante) d'actifs peu protégés et utilisés par les entreprises comme variable d'ajustement, qui pèsent peu sur les négociations salariales car leurs intérêts ne sont pas pris en compte par les syndicats.

[2] Les «insiders» sont le «noyau dur» du salariat français, protégés par un CDI et disposant d'une certaine ancienneté, de ce fait moins facilement licenciables et bénéficiant de conventions collectives.

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Mis à jour ( Mercredi, 14 Janvier 2009 08:11 )  

Commentaires 

 
0 # superuser 2009-01-14 07:21 Adressé le 10 novembre 2008 à FO (Jean-Claude Mailly et Stéphane Lardy), à la CFTC (Jacques Voisin et Gabrielle Simon), à la CFDT (François Chérèque, Gaby Bonnand et Annie Thomas) et à la CFE-CGC (B. Van Craeynest et Alain Lecanu).

Les chômeurs et les précaires font partie du salariat, les grandes organisations syndicales doivent les intégrer dans leurs structures.

Bonjour,

Nous souhaitons vous rencontrer prochainement afin de discuter de cette évidence : Pourquoi les grands syndicats de salariés, à l'instar de la CGT qui l’a fait dès 1988, ne créent-ils pas chacun leur comité de chômeurs et de précaires ? Pourquoi s'occupent-ils plus volontiers des salariés en poste - souvent les mieux lotis - ou même des retraités, et négligent-ils ainsi un quart de la population active qui souffre et sert de laboratoire social au patronat (ce qui, vous le savez, a ensuite une incidence sur l'ensemble du salariat), laissant le soin à des associations désargentées et sans pouvoir de se débattre en vain ?

Pourquoi, alors que vous n'intégrez pas les chômeurs dans vos structures officielles et n'accordez aucune représentativit é à leurs associations (qui font le boulot de terrain à votre place), les représentez-vous à l'Unedic pour décider de leur sort ?

Tout cela nous semble aussi aberrant qu’injuste. La crédibilité et l'avenir du syndicalisme passent par la défense de cette catégorie du salariat, qui reste livrée à elle-même.
Il est urgent qu'en 2009 les syndicats dits «représentatifs », «forces vives de la Nation», émettent un signal fort et s'en saisissent.

Dans l'attente de votre réponse et d'un rendez-vous, je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments les meilleurs.

Sophie HANCART,
rédactrice-en-chef d’Actuchomage.org
Association APNÉE
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0 # tristesir 2009-01-14 15:58 Extrait:
Nous avons contribué, au fil des années, par nos interventions, à faire naître des droits nouveaux pour les chômeurs
(…)
le guichet unique pour les demandeurs d'emploi ainsi que l'accompagnement renforcé et personnalisé, le revenu de solidarité active


On les aime, ces droits nouveaux.
Madame de la CFDT, si vous pouviez ne plus nous «aider», je vous en serais gré.

Avec des gens qui vous aident comme cela, vous n'avez plus besoin d'ennemis.
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0 # tristesir 2009-01-14 16:10 Autre extrait:
C'est dans le partenariat constructif entre toutes les forces militantes que nous atteindrons plus vite nos objectifs : une société porteuse de partage des richesses, de transformation sociale et de réduction des inégalités.

C'est avec le RSA et le «guichet unique» qu'ils comptent réduire les inégalités et oeuvrer pour le partage des richesses?
Au contraire, avec les accords qu'ils signent sur la "modernisation du marché du travail" ou sur l'assurance chômage, ils prennent part à l'accroissement de la flexibilité de l'emploi en France.
On est en train de voir le monde du travail se couper en deux. Les «insiders», ceux qui peuvent encore payer leur cotisation aux syndicats, et les «outsiders» avec 700 euros de revenus les bons mois

Où est la sécurisation des parcours?

Ce qui précède me conduit à me demander si les syndicats ne seraient pas en train de sacrifier une partie de la population des gens qui doivent vendre leur force de travail (la "force" de leur cerveau) pour qu'une autre partie des salariés continuent de vivre à peu près correctement en toute insouciance?
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0 # michael 2009-01-14 22:20 Il y aurait 10.000 chômeurs syndiqués à la CFDT ??? mdr

Certainement des chômeurs heureux, qui n'ont pas de problèmes avec l'ANPE ou l'Assedic, qu'on ne voit donc jamais dans les manifs et encore moins devant le Medef au cours des négos Unedic !
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0 # superuser 2009-01-16 08:46 Notre article du 4 Septembre 2007 :

Pour Annie Thomas, la présidente CFDT de l'Unedic, les chômeurs sont bel et bien des profiteurs.

Alors qu'elle exprimait hier sur BFM son opposition à une fusion ANPE-Unedic, son mépris viscéral pour les chômeurs a ressurgi. Interrogée sur des sanctions pour les demandeurs d'emploi refusant plusieurs offres correspondant à leur qualification, Annie Thomas a estimé que «tout système comporte des droits et des devoirs», notamment celui pour le demandeur d'emploi «de se projeter dans une recherche et un retour à l'emploi». Et d'affirmer que «l'assurance chômage n'est pas une rente de situation versée parce qu'on a cotisé toute sa vie. Les demandeurs d'emploi font souvent cette erreur».

Nous l'avions déjà vue à l'œuvre lors de passages télévisés, notamment en novembre 2005 à l'occasion d'un Capital sur M6 consacré au chômage où elle avait déclaré : «Les chômeurs s'imaginent qu'ils ont le droit de toucher des allocations parce qu'ils ont cotisé, et qu'ils ont du temps devant eux. […] Un demandeur d'emploi a le devoir d'accepter un salaire même inférieur à 25 ou 30% de son salaire antérieur, parce qu'il doit faire le deuil de son ancien emploi et se projeter»…

C'est faire fi de la violence d'un licenciement ("faire son deuil"). C'est ignorer que la majorité des chômeurs qui retrouvent du travail subissent déjà le déclassement et la déqualification ("se projeter"). Et parmi les chômeurs de longue durée, il y en a des tonnes qui accepteraient un salaire minimum mais qui, bizarrement, doivent se contenter de misérables contrats aidés ou restent sur le carreau. En les accusant de jouer les difficiles ou de profiter du système, Mme Thomas élude le préjudice social et moral de la perte d'emploi : or, tout préjudice mérite réparation. L'indemnisation versée par l'Assedic est bien peu à la hauteur, puisque le montant moyen des allocations est de 800 € par mois et qu'un privé d'emploi sur deux n'y a pas droit.

Qui sont les vrais profiteurs ?

Mme Thomas oublie qu'en premier lieu ce sont les employeurs qui, non seulement veulent le beurre et l'argent du beurre en exigeant du personnel qualifié qu'ils refusent de payer à sa juste valeur (on ne parlera même pas de ceux qu'ils considèrent trop vieux et trop chers dès l'âge de 35 ou 40 ans, voués à rester durablement sur la touche), mais aussi profitent des nombreux allègements de charges et se lavent les mains des conséquences de leurs choix économiques sur l'assurance chômage et la collectivité. Jamais elle n'évoque de responsabiliser les entreprises sur leurs politiques de l'emploi en taxant, par exemple, la précarité qui grève considérablemen t les finances de l'Unedic.

Cette fonctionnaire préconise pour les autres ce qu'elle ne tolèrerait pas pour elle-même. Estimant que les chômeurs sont responsables de leur situation, Annie Thomas est emblématique d'une caste de planqués qui se prétendent "défenseurs des salariés" et décident du sort des victimes du chômage en les méprisant, réduisant toujours plus leurs droits et scellant leur sort sans concertation aucune (car les associations de chômeurs n'ont pas droit de cité dans les négociations). Son organisation, la CFDT, nous a moult fois prouvé qu'elle était un syndicat pro-patronat. A l'heure où s'annonce une nouvelle réforme de l'assurance chômage et du marché du travail, avec de tels "partenaires sociaux", gageons que les chômeurs - et les salariés ! - seront encore à la fête.
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0 # tristesir 2009-01-16 20:18 Extrait de la lettre de janvier 2009 citée plus haut:

Nous avons contribué, au fil des années, par nos interventions, à faire naître des droits nouveaux pour les chômeurs
(…)le guichet unique pour les demandeurs d'emploi.


extrait de l'article de 2007 cité au dessus:
Alors qu'elle exprimait hier sur BFM son opposition à une fusion ANPE-Unedic

A se demander si on parle de la même personne…

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